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AN 2 9954

Tchaïkovski: Souvenir de Florence, Quatuor no 1

Date de sortie 22 septembre 2009
Numéro de l'album AN 2 9954
Periodes Classique

Informations sur l'album

I Musici de Montréal nous présente un nouvel album mettant en vedette leur répertoire de prédilection : l’univers du compositeur russe Tchaïkovski. Souvenir de Florence et le Premier quatuor, des œuvres jouées par cet orchestre de chambre à d’innombrables reprises sont enfin gravées dans des orchestrations de maestro Yuli Turovsky. Voici un nouvel opus attendu qui s’ajoute à une discographie d’une cinquantaine d’albums salués par la critique.

Tchaïkovski : Souvenir de Florence

 » Comme Florence est une ville chère à mon cœur. Plus vous y habitez et plus vous vous y attachez. Elle n’est pas une capitale bruyante dans laquelle vos yeux ne savent plus où se poser et qui vous épuise par son agitation. En même temps, il y a tant de choses d’intérêt artistique et historique qu’il n’y a aucune chance de s’y ennuyer.  »

Piotr Ilitch Tchaïkovski (1840-1893) met les pieds à Florence pour la première fois en 1878, grâce à la générosité de madame von Meck, à qui il transmet ses impressions au jour le jour. D’emblée, il est séduit par les musées, les églises, les galeries d’art, mais les apprivoise en douceur, avec une certaine tendresse. Il s’y promène en début de matinée pour mieux retrouver sa table de travail vers onze heures.  » Je ne puis commencer à vous dire combien glorieuse est la paix parfaite des soirées, quand tout ce que vous pouvez entendre est l’écho lointain des eaux de l’Arno se bousculant ou coulant doucement en pente. On ne pourrait imaginer un lieu plus confortable ou plus propice au travail.  »

Jamais Tchaïkovski n’oubliera Florence et au début 1890, après le triomphe de la création de La Belle au bois dormant, il retrouve sa  » ville de rêve « . Il y compose la plus grande partie de La dame de Pique et amorce son Sextuor à cordes, partition promise quatre ans auparavant au président de la Société impériale de musique de chambre de Saint-Pétersbourg. Après avoir conçu son opéra dans l’urgence, Tchaïkovski avance avec difficulté. Il écrit au pianiste Alexandre Siloti en juin 1890 :  » J’ai tout le temps l’impression de ne pas avoir six voix, mais d’écrire pour orchestre dans une transcription pour six instruments.  » À son frère, il précise :  » Il faut six voix indépendantes et homogènes. C’est incroyablement difficile ! « 

Une première audition privée a lieu à Moscou en novembre 1891, à laquelle assistent Alexandre Glazounov et Anatoli Liadov , qui émettent quelques réserves envers les deux derniers mouvements du sextuor. Avec conviction, Tchaïkovski s’attèle aux révisions. Enfin satisfait du résultat, il confie sa partition à son éditeur en juin et, six mois plus tard, l’œuvre est créée sous sa forme définitive à Saint-Pétersbourg.

Entre quatuor et symphonie pour cordes (ce qui justifie sans peine le choix de présenter la pièce en version augmentée, comme ici dans une transcription orchestrale de Yuli Turovsky), Souvenir de Florence baigne dans une contagieuse joie de vivre, malgré sa tonalité mineure. Dans une lettre datée de 1892, Tchaïkovski évoque en ces termes l’œuvre :  » Le premier mouvement doit être joué avec beaucoup de passion et d’entrain, le second chantant et le troisième facétieux; le quatrième, gai et décidé. « 

Le premier mouvement, un rondo sur un rythme de valse, semble puiser son inspiration dans diverses chansons populaires. Le deuxième s’ouvre par un choral qui s’efface devant un thème qu’on croirait tiré de l’univers shakespearien qui a inspiré nombre de pages parmi les plus réussies du compositeur. L’Allegro moderato transmet ensuite admirablement un spleen associé à l’âme russe, les cordes allant jusqu’à imiter le son des balalaïkas. Le finale comprend un fugato dont Tchaïkovski se voulait particulièrement fier.

Tchaïkovski : Quatuor no 1 en ré, opus 11

Si Souvenir de Florence s’avèrera l’ultime œuvre de musique de chambre de Tchaïkovski, son Quatuor en ré, opus 11 témoigne plutôt de ses premiers essais, fort convaincants. Dans cette œuvre datée de 1871 – et tout premier quatuor à cordes signé par un compositeur russe –, Tchaïkovski s’approche aussi près que possible de la musique pure et atteint un équilibre structural remarquable, mis en valeur sur cet enregistrement par une transcription de Yuli Turovsky.

Tributaire de Schubert, le Moderato e semplice entretient des proportions classiques, contrebalancées par une asymétrie des détails, que ce soit la syncope du premier thème ou les chiffres indicateurs fluctuants du second, qui donne une impression de grande liberté. La richesse des textures est obtenue à travers un traitement contrapuntique du matériau.

Le deuxième, inspiré d’un chant folklorique traité librement, reste l’une des pages les plus célèbres de Tchaïkovski. De multiples arrangements verront le jour, dont un signé par Tchaïkovski lui-même, pour violoncelle et orchestre à cordes, réalisé quinze ans après. Si la popularité du mouvement exaspérait à l’occasion le compositeur –  » Ils ne veulent connaître rien d’autre!  » –, c’est pourtant une interprétation de ce mouvement qui devait devenir l’un des moments les plus mémorables de sa carrière.  » De toute mon existence, je n’ai peut-être jamais été aussi flatté et ma fierté de compositeur aussi touchée que lorsque Léon Tolstoï, assis à côté de moi, fondit en larmes à l’écoute de l’Andante de mon Premier Quatuor « , confiait-il à son journal dix ans plus tard.

L’attrayant scherzo fait alterner rythmes binaires et ternaires, alors qu’en totale opposition, le trio privilégie une certaine rigidité rythmique, atteinte notamment par la superposition.

Le finale dénoue et retisse deux thèmes, un premier, brillant et festif, le second, lyrique et typiquement russe. Tchaïkovski devait écrire deux autres quatuors à cordes mais, pour la plupart des amateurs, le premier demeure  » le  » quatuor du compositeur.

© Lucie Renaud

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