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FL 2 3061

J.S. Bach: L'Intégrale des sonates pour clavecin obligé et un instrument mélodique, vol.2

Date de sortie 31 octobre 1996
Numéro de l'album FL 2 3061
Periodes Baroque
Genres Piano et autres claviers

Informations sur l'album

Nous vous présentons, en trois volumes, l’intégrale des sonates que J.S. Bach composa pour clavecin obligé et un instrument mélo-dique (trois collections, c’est-à-dire six sonates avec violon, trois sonates avec viole de gambe et deux sonates avec flûte).

L’originalité de notre approche réside dans le fait que, sur chacun des disques, les sonates ne sont pas regroupées par instrumentation. De la même façon les interprètes, sauf pour la partie de clavecin, varient dans chacune des collections.

Cette intégrale a été présentée en concert à Montréal à l’automne 1995 dans le cadre de la 9e saison des Idées heureuses.

La sonate en trio

La sonate en trio est la forme de musique de chambre la plus populaire du haut baroque: environ 8000 œuvres du genre ont été produites à cette époque. L’idée principale qui régit la sonate en trio est l’unité des voix supérieures qui discourent sur une voix basse. La production de J.S. Bach dans ce domaine est cependant pratiquement inexistante (seulement deux œuvres originales) et son utilisation de l’écri-ture en trio est tout à fait atypique: il l’utilise pour accroître les possibilités virtuoses des organistes (les six sonates en trio pour orgue) ou pour accroître les possibilités du clavecin comme instrument obligé (les onze sonates qui font l’objet de la présente intégrale).

En fait, le corpus des onze sonates pour clavecin obligé et un instrument mélodique est une porte ouverte sur le répertoire des sonates classiques et romantiques (pour piano et violon par exemple): nous assistons ici à la fin d’une grande tradition musicale et à la naissance d’une nouvelle forme. Laissant de côté le traditionnel rôle d’accompagnement harmonique normalement dévolu au clavecin (continuo, basse continue ou basse chiffrée), J.S. Bach lui réserve un rôle d’instrument mélodique de dessus: la main droite du clave-cin joue donc une partie notée (par opposition au continuo dans lequel la main droite réalise des accords notés sténographiquement en chiffres sous la voix de basse), d’où l’appellation de « clavecin obligé » ou « clavecin concertant » que l’on retrouve en premier dans le titre des sonates dans toutes les sources.

Mais ce qu’il y a de véritablement novateur dans ces œuvres (45 mouvements en tout) c’est que, non content de dépasser une forme pour en créer une nouvelle, Bach se surpasse en richesses d’invention dans cette écriture « obligée » et délaisse plus d’une fois l’écriture en trio formelle pour créer des pièces n’ayant aucun autre modèle. Cette étonnante variété de structure n’a d’égale que l’inépuisable expression musicale personnelle, approfondie et intime que l’on y retrouve, particulièrement dans les mouvements lents.

Les trois aspects de l’œuvre de Bach qui nous ont particulièrement frappé lors du travail d’élaboration de cette intégrale, sont la rigueur de sa construction musicale, la profondeur de son expression musicale et les inépuisables ressources inventives de son génie.

En général, les sonates de J.S. Bach sont sur le modèle de la sonata da chiesa a Tre d’après Corelli, c’est-à-dire des sonates en quatre mouvements (lent-vif-lent-vif) sans danses sty-lisées, dans lesquelles le premier mouvement est de coupe unitaire (une seule section), le deuxième fugué, le troisième cantabile, dans la relative, et le dernier brillant, de type concerto ou fugué.

Les sonates pour clavecin obligé et flûte

Des neuf compositions pour Querflöte (flûte traversière) de J.S. Bach, quatre contiennent une partie de clavecin obligé. Si nous n’en avons enregistré que deux dans cette intégrale, c’est que les sonates BWV 1020 en sol mineur et BWV 1031 en mi bémol majeur sont apocryphes. Il s’agit très vraisemblablement de compositions de Carl Philipp Emanuel: galantes, indéniablement jolies, ces sonates ne correspondent pas au style de Johann Sebastian, principalement en ce qui a trait à la construction harmonique et au développement des idées.

Sonate en la majeur (BWV 1032) (Sonata a cembalo obligato e traverso)

L’unique source de cette sonate est un autographe datant de l’époque de Leipzig (vers 1736) et dont le premier mouvement est tronqué. La fin de ce premier mouvement a été reconstituée dans les éditions modernes avec le matériel musical de J.S. Bach exclusivement. Le style général et le caractère de cette sonate sont de type concertant et virtuose. Le troisième mouvement, un allegro de concerto typique, comporte une audace harmonique digne du XXe siècle: Bach emploie la « polytonalité » pendant une mesure et demie (mes. 215-216), la partie de clavecin étant en la majeur et celle de flûte en mi majeur!

Sonate en si mineur (BWV 1030)
(Sonata a 1 traversa e cembalo obligato)

Cette sonate nous est parvenue par un autographe datant de la période de Leipzig, ainsi que par quatre manuscrits dont l’un fut réalisé par le gendre de J.S. Bach, Johann Christoph Altnikol, entre 1748 et 1758, dans un recueil comportant également les six sonates pour clavecin obligé et violon. Il existe également une version en sol mineur dantant de la période de Köthen, mais nous n’en possédons que la partie de clavecin. L’instrument mélodique utilisé était peut-être alors un hautbois.

J.S. Bach utilise la tonalité de si mineur pour des pièces particulièrement élaborées, souvent profondes et douloureuses, en tous cas pour des compositions derrières lesquelles on sent le plus Bach « l’homme ».

Cette sonate confirme ces dires. Le premier mouvement est d’une longueur inacoutumée, riche en imitiations canoniques. Le second mouvement est consacré à l’expressivité de la partie de flûte, véritablement soliste. La partie de clavecin n’a rien à voir avec l’écriture en trio telle que décrite dans l’introduction. Il s’agit d’un « continuo mélodique » très élaboré, avec de courts passages chantants entre les mesures, dans lequel Bach note précisément des rythmes syncopés pour les accords brisés. Les deux derniers mouvements, un presto qui s’enchaîne avec une gigue (bien que ce titre ne soit pas indiqué par Bach) sont, comme il se doit, d’une grande virtuosité.

Sonate V en fa mineur pour clavecin obligé et violon (BWV 1018)

Le premier mouvement de cette sonate est à mon avis le plus beau et le plus grand de toute la collection. Il y règne une atmosphère d’intemporalité dûe en partie à l’écriture en style archaïque à quatre voix (trois au clavecin, une au violon) selon le modèle des Sonata a quadro, ce qui le rapproche de l’esprit des motets. Une des sources intitule ce mouvement Lamento. L’Allegro qui suit est construit comme une véritable fugue à trois voix, mais Bach revient à l’écriture à quatre voix dans le grand Adagio qui suit, en réservant au violon une écriture en doubles-cordes. Seul le Vivace final contraste avec les autres mouvements de cette sonate par sa brièveté et son caractère légèrement cahotique!

Sonate II en la majeur pour clavecin obligé et violon (BWV 1015)

Dans toute la collection, c’est cette sonate qui utilise le plus l’écriture en canon. Présente dans le premier mouvement (voir par exemple les deux premières mesures en canon à l’unisson) et dans le dernier mouvement (à des entrées d’une demie-mesure de distance), elle est omniprésente dans l’Andante un poco (3e mouvement). Cela explique l’étrangeté de cette pièce unique, en fa dièse mineur: sur une basse continue de doubles-croches, Bach construit un canon strict et absolument parfait à l’unisson entre le violon et la main droite du clavecin. Notons également dans l’Allegro fugué (2e mouvement) les échos marqués ƒorte, piano par Bach, ainsi que l’arpeggio qui précède la récapitulation, également noté par le compositeur.

© Geneviève Soly

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