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Graupner: Cantate, Sonate, Ouverture: Musique instrumentale et vocale, vol.2

Informations sur l'album

Christoph Graupner (1683-1760)

Né à Kirchberg, en Saxe en janvier 1683, Christoph Graupner fut l’un des compositeurs les plus importants de son temps; reconnu comme tel par ses contemporains, il était aussi estimé que Haendel ou Telemann. Après avoir fait des études de droit et des études musicales à Leipzig avec Kuhnau, prédécesseur de J.S. Bach à la Thomasschule, Graupner quitta cette ville en 1705 pour devenir claveciniste à l’orchestre de l’Opéra de Hambourg, dirigé par Reinhard Keiser.

Graupner composa à cette époque plusieurs opéras qui eurent un grand succès auprès du public. Le landgrave de Hesse-Darmstadt les entendit lors de ses séjours à Hambourg et offrit à Graupner un poste à la cour de Hesse-Darmstadt en 1709; celui-ci en devint le maître de chapelle (Hofkapellmeister) en 1711. Il cessa ses activités de compositeur en 1754, à cause d’une cécité totale. Il resta à la cour de Darmstadt jusqu’à sa mort, le 10 mai 1760. Compositeur prolifique et infatigable, la production de Graupner comporte 41 Partitas et quelques pièces isolées pour le clavecin, une dizaine d’opéras (dont plusieurs furent perdus), 1418 cantates religieuses et 24 profanes, 44 concertos pour un à quatre instruments, 86 ouvertures-suites pour orchestre et 37 sonates (en trio, a quattro et a sei).

Die Krankheit, so mich drückt
Cantate pour le 4e dimanche après la Trinité (août 1709)

Comme suite à la cantate Ach Gott und Herr enregistrée sur le premier volume de la série, voici une seconde cantate pour soprano solo, l’une des toutes premières composées par Graupner à son arrivée à Darmstadt en 1709. L’auteur du texte, probablement un poète de Hambourg, nous est inconnu; son style est ampoulé et les paroles, peu signifiantes.

Sur le plan musical, cette œuvre démontre la forte influence qu’ont eue sur Graupner ses années d’apprentissage à Leipzig et la musique de l’opéra de Hambourg, d’où il arrive. Leipzig et Hambourg sont deux des centres culturels les plus importants d’Allemagne au début du XVIIIe siècle, et l’une comme l’autre verra d’ailleurs se former une école.

Graupner retirera et intégrera dans son développement musical les qualités de chacune. La « Sonata » d’ouverture — il s’agit de l’une des rares fois où Graupner utilise un mouvement instrumental solo dans ses cantates — fait penser à des mouvements instrumentaux de son opéra Dido. Cette forme d’ouverture de cantate était pratique courante à Leipzig. Le choral figuré suit une tradition classique de composition: la soprano expose la mélodie du choral et est accompagnée d’une ligne en contre-chant fort agile, exprimée par l’orchestre. Les récitatifs comprennent plusieurs éléments ariosos. Le texte de la deuxième aria est une parodie de la première. Celle-ci est tout simplement délectable avec son solo de violon à la thématique différente de la partie vocale.

Sonate pour clavecin obligé et violon en sol majeur, GWV 708 (vers 1741)

Dans le registre de la musique de chambre, nous poursuivons notre exploration des quatre sonates pour clavecin obligé et violon entamée dans le premier volume.

L’œuvre enregistrée ici est hautement originale. C’est dans ce type de composition, a priori anodin, que l’on trouve un Graupner toujours en éveil et en recherche. La partie de clavecin comporte en certains endroits, comme c’était aussi le cas dans la sonate enregistrée sur le volume 1, un continuo entièrement noté par le compositeur, surprenant par la place qu’il occupe malgré son rôle d’accompagnement. L’adagio central, avec son atmosphère mystérieuse que lui donnent les notes répétées vers la fin et sa profondeur établie dès le début par le thème sombre, rivalise avec n’importe quel mouvement expressif de l’époque, en plus de surprendre harmoniquement. Il n’est pas possible en l’entendant de ne pas songer à l’adagio de la Sonate en sol mineur pour clavecin obligé et viole de gambe de J.S. Bach.

Ouverture pour viole d’amour, cordes, clavecin et basson en ré mineur, GWV 426

Le titre Ouverture, que Graupner utilise pour nommer ses suites orchestrales, désignait à l’origine le mouvement d’introduction d’une musique de scène et est la forme raccourcie de Ouverture avec tous les airs et mouvements de danses. Les termes Partita, Suite, Entrata et même Pièces sont alors aussi en usage en Allemagne.

Au début du XVIIIe siècle, l’ouverture française — caractérisée par une première partie lente et grave qui utilise le majestueux rythme pointé, suivie d’un allegro fugué ou en imitation avec un retour, à la troisième partie, au grave initial — s’émancipe pour devenir une forme instrumentale à part entière, formée, après le mouvement d’ouverture proprement dit, de plusieurs mouvements de danses. Dès le début du XVIIIe siècle, la mode française influence tous les arts européens. Les maîtres à danser français, partout présents, n’enseignent pas seulement la danse, mais aussi les manières, ce qui suscite une ouverture d’esprit à la culture et au style musical français.

La cour de Darmstadt, dont le dirigeant, le landgrave Ernst-Ludwig, fera publier en 1718 une collection de 12 suites, n’échappe pas à la règle. Darmstadt est d’ailleurs, avec Dresde, la ville la plus importante pour la transmission à notre époque des suites allemandes pour orchestre du XVIIIe siècle, principalement celles de Telemann, de Fasch et de Graupner, c’est-à-dire les trois compositeurs allemands qui ont écrit le plus d’ouvertures.

Dans son autobiographie, Fasch affirme que les ouvertures de Telemann étaient extrêmement populaires à Leipzig au début du XVIIIe siècle, alors que lui-même et Graupner y étudiaient et que Telemann dirigeait le Collegium Musicum qu’il avait fondé. Graupner a d’ailleurs participé activement à ce Collegium pendant ses années d’université. Fasch, qui dirigea l’ensemble comme successeur de Telemann, se félicite d’avoir imité son style dans ses propres œuvres qui eurent autant de succès, dit-il, que celles de Telemann. Avec ces prémisses en toile de fond, il n’est pas étonnant de constater le très grand nombre d’ouvertures écrites par Graupner pour la cour de Darmstadt, soit 86.

La mort de Graupner marquera la fin de la popularité de ce genre orchestral en Allemagne. Dans ses ouvertures, Graupner utilise un traitement orchestral non pas à cinq voix comme les Français, mais plutôt à quatre voix. Par ailleurs, on n’y retrouve pas la virtuosité italienne caractéristique de la partie de violon, instrument que de toute façon Graupner choisit rarement pour les solos, lui préférant la viole d’amour dans la majorité des cas (elle occupe en effet le premier plan dans 14 de ses suites).

Dans l’ouverture enregistrée sur ce disque, l’accompagnement de l’air (troisième mouvement) par les cordes en pizzicato convient parfaitement au son mélancolique de la viole d’amour. Notons aussi l’inventivité harmonique du premier menuet et la grandeur de la chaconne.

La viole d’amour

La viole d’amour possède sept cordes vibrantes et sept cordes sympathiques, faites de métal ou de boyau filé de métal. De taille légèrement plus grande qu’un alto, cet instrument de chambre à la sonorité très douce a été particulièrement populaire en Allemagne, en Autriche, dans l’ancienne Tchécoslovaquie et en Italie.

La viole d’amour était l’instrument préféré du landgrave Ernst-Ludwig von Hesse-Darmstadt, le premier employeur de Graupner, lequel en jouait d’ailleurs lui-même. C’est la raison principale pour laquelle Graupner est l’un des plus importants compositeurs pour cet instrument (avec 9 concertos, 14 ouvertures, une sinfonia, 6 sonates en trio et 14 cantates).

Sprich, mein Herz
Aria pour soprano, extraite de la cantate Lass dir wohlgefallen die Rede meines Mundes (1753)

En contraste avec la cantate précédente, celle-ci, l’une des dernières du compositeur, écrite alors qu’il était âgé de 70 ans, est parfaitement dépouillée et montre dans l’air Sprich, mein Herz un Graupner serein, magnifique artisan de l’expression en musique des mots religieux poétiques.

© Geneviève Soly, 7 juin 2003

L’Ouverture, l’air Sprich, mein Herz et la Sonate sont enregistrés avec la permission de la Hessische Landes- und Hochschulbibliothek.

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AN 2 2014
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