fbpx
FL 2 3162

Graupner: Musique instrumentale et vocale, vol.1

Informations sur l'album

Musique à la cour du landgrave Ernst-Ludwig (1667-1739), prince de Hesse-Darmstadt

Le prince régnant, qui engagera Christoph Graupner (1683-1760) après avoir entendu ses opéras à Hambourg entre 1706 et 1709, est un mélomane averti. Il est lui-même compositeur, et ses affinités francophiles sont connues. Le prince ne lésinera pas pour faire de sa résidence un des lieux culturels les plus vivants de l’époque. Ses musiciens de cour seront réputés comme étant parmi les meilleurs d’Allemagne, surtout après l’arrivée de Graupner en 1709.

En 1781, un chroniqueur anonyme dans l’Almanach de Darmstadt nous renseigne sur la personnalité du compositeur et sur la qualité de l’orchestre de la cour dirigé par Graupner: « Au grand plaisir de son prince, mélomane averti et enthousiaste, Graupner fit rapidement accéder à une telle réputation la musique religieuse et théâtrale qu’il composa pour Darmstadt que la musique de cette cour fut considérée comme l’une des meilleures d’Allemagne. Même le réputé Telemann mentionne en 1718, comme recommandation d’une de ses sérénades, l’incomparable exécution ainsi que l’appréciation qu’en fit l’orchestre de Darmstadt ».

Musique religieuse de Graupner

Dès son arrivée à Darmstadt, Graupner compose des cantates pour l’église du château de la cour. Ces cantates sont divisées, selon l’usage, en cycles annuels. Il s’acquitte de cette tâche d’abord en alternance avec le maître de chapelle d’alors, Wolfgang Carl Briegel, jusqu’à la mort de ce dernier en 1712, puis en alternance avec Gottfried Grünewald, son ami et ancien collègue à Leipzig et à Hambourg. Grünewald, qui possède une remarquable voix de basse, sera vice-maître de chapelle de la cour de Darmstadt de 1713 à sa mort en 1739.

Par la suite, Graupner s’occupera seul de la production religieuse de la cour. Selon le chroniqueur déjà cité, Graupner « tenait la musique religieuse en si haute estime, vénérable et sainte, qu’il distinguait fondamentalement le style religieux de celui des opéras et de la musique de chambre.

Les étrangers qui entendaient pour la première fois ses cantates se croyaient transportés dans un autre monde. Dans cette forme de composition, il travaillait avec dévotion, ponctualité, sérénité discrète et douce joie du cœur; il faisait naître édification et plaisir; il n’était pas un imitateur servile des compositeurs de son temps, mais plutôt un génie avec sa propre empreinte ».

Le nombre total des cantates de Graupner, conservées principalement en autographe à Darmstadt, est de 1418. Elles ont été recensées par le musicologue Friedrich Noack qui en a publié un choix de 17 dans la collection Denkmäler Deutscher Tonkunst.

Sa production comporte 47 cantates pour basse – destinées au vice-maître de chapelle, Gottfried Grünewald, pour qui Kuhnau à Leipzig et Keiser à Hambourg ont aussi écrit des cantates et des rôles d’opéra – et 47 cantates pour soprano. Celles-ci étaient destinées à Johanna Elisabeth Döbricht (1692-1786), l’épouse du gambiste Ernst Christian Hesse (1676-1762), qui était réputée comme étant la meilleure soprano d’Allemagne. Elle fut engagée à la cour de Darmstadt pour l’opéra et la chapelle en 1711. Darmstadt était un des seuls lieux d’Allemagne, avec Hambourg, où il était permis aux femmes de chanter à l’église.

Cantate Ach Gott und Herr (1711)

La cantate Ach Gott und Herr est impressionnante. Le choral d’ouverture est un des seuls exemples de ce type de composition chez Graupner dans lesquels la mélodie de choral est confiée à un instrument obligé (à l’origine le hautbois, remplacé par la flûte à bec sur cet enregistrement). Le contre-chant confié au premier violon est insistant mais serein, et il dépeint le texte ayant pour thème le poids des péchés.

Dans la deuxième partie de la pièce, la mélodie de choral passe à la voix de soprano et l’instrument obligé reprend le contre-chant confié au violon au début de la pièce. Dans le récitatif accompagné suivant entrecoupé de sections secco, la soprano répète le lancinant O Gott, o Gott, was hab ich doch getan à trois reprises, ce qui confère à la pièce un caractère dramatique. Le stylus fantasticus utilisé ici nous est connu par d’autres exemples chez Bach. L’élaboration de passaggio sur le mot Schmerzen (douleurs) à la fin de la pièce est une des caractéristiques du style vocal de Graupner (que nous réentendrons dans le Récit de Didon Armeseelige plus loin sur ce disque).

Dans l’aria suivante, Seufzt und weint, la mélodie confiée au hautbois (jouée ici à la flûte à bec) est poignante. Les deux violons et l’alto ponctuent toute la pièce avec un rythme perpétuel de croches. La ligne de basse, habituellement jouée au violoncelle, est ici confiée à l’alto. Cette partie de basse aiguë se nomme bassetto ou petite basse. Celle-ci se joue alors sans la réalisation du continuo.

Une deuxième ligne de basse, cette fois-ci dans le registre grave et dont le continuo est réalisée (jouée ici par le violoncelle, la contrebasse, le basson, l’orgue et le clavecin) intervient périodiquement avec un rythme de doubles croches pointées et de triples croches, ce qui produit un effet dramatique saisissant. Cette aria da capo est encadrée de deux récitatifs.

L’aria finale, Stelle dich zufrieden, précédée d’un court recitativo secco, fait penser à Keiser et à Handel.

Les concertos de chambre

Nous possédons 50 concertos conservés à Darmstadt dans le codex Mus. ms. 411, dont 44 sont des autographes de Graupner. De ceux-là, il y en a dix-huit pour un instrument solo, dix-neuf pour deux instruments, six pour trois et un pour quatre. Dix-huit sont disponibles en édition moderne. Ces concertos, inconnus en dehors des interprétations qui en ont été faites à la cour de Darmstadt, adoptent le modèle formel élaboré par la tradition vivaldienne.

Les deux masses du grosso et du concertino se distinguent tant par leur fonction (l’alternance ritournelles-épisodes)que par leur substance musicale et thématique. S’il se caractérise par un effort de simplicité qui annonce les styles galant et préclassique, le style de Graupner garde néanmoins une saveur allemande à plusieurs égards Par exemple, certains mouvements, tel le troisième du Concerto de flûte à bec (GWV 323), sont totalement contrapuntiques.

Par ailleurs, Graupner se détache du style italien en ne mettant pas l’accent sur la virtuosité instrumentale dans les parties pour soliste et en utilisant souvent des instruments peu associés à ce style. En effet, alors que les Italiens ont une prédilection pour le violon, Graupner favorise plutôt les flûtes traversières, hautbois d’amour, bassons et chalumeaux.

Concerto pour basson (GWV 340)

Le Concerto pour basson (GWV 340) enregistré ici en première d’après l’autographe est en si bémol majeur, une tonalité pastorale rarement utilisée par Graupner. Le thème du premier mouvement est d’une rare élégance et introduit des éléments d’ornementation française. Le troisième mouvement a une forte saveur de danse rustique et réjouit par son aspect ludique. Ce mouvement est de forme ABA, et le da capo a été réduit à la reprise du premier tutti dans le présent enregistrement.

La musique de chambre

Le corpus de musique de chambre de Graupner conservé à la bibliothèque de Darmstadt comporte 37 titres. Outre les 20 sonates en trio pour deux violons et continuo, nous retrouvons deux sonates a quattro et quatre sonates pour clavecin obligé et violon ou flûte traversière. Les œuvres enregistrées ici, écrites selon le modèle de la sonata da chiesa (quatre mouvements alternant un tempo lent et un tempo rapide), montrent une symbiose couramment utilisée par Graupner entre la forme de la sonate d’église et celle de la suite composée de mouvements de danse. En effet, le dernier mouvement de la Sonata per Cembalo e Violino (GWV 711) est un menuet, et celui de la Sonata a quattro GWV 212 est en fait une gigue. Dans cette sonate, le deuxième mouvement a la structure d’une fugue complètement développée, forme chère à Graupner.

Peu de compositeurs ont été capables d’écrire avec autant de bonheur que lui des sonates à quatre, genre précurseur du quatuor à cordes classique et dont la forme est mentionnée dans les traités de composition de l’époque.

Dans les deux Largo de la Sonata per Cembalo e Violino, la réalisation du continuo est écrite par Graupner avec des accords de huit notes dont le registre monte jusqu’au do aigu. Il y a là matière à réviser les notions de la réalisation de la basse continue telles qu’en usage de nos jours… Le Presto de cette sonate, également d’écriture contrapuntique, possède cet élément ludique très caractéristique de Graupner.

Les opéras

Entre 1707 et 1719, Graupner écrit huit opéras pour les maisons d’opéra de Hambourg et de Darmstadt. À Hambourg, où il occupe le poste de claveciniste à l’opéra am Gänsemarkt, il en écrit trois autres en collaboration avec son chef, Reinhardt Keiser, figure dominante de l’opéra allemand au XVIIIe siècle. Seule la musique complète de trois de ses opéras nous est parvenue. Avec ses collègues Handel, Mattheson et Keiser, Graupner explore les nouvelles possibilités dramatiques de l’époque. Il fera preuve d’autant de créativité qu’eux, bien qu’étant moins prolifique dans ce domaine. C’est d’ailleurs comme compositeur d’opéra qu’il obtiendra, à 25 ans, ses premiers succès. Il se montrera capable d’une grande sensibilité pour saisir les caractères dramatiques. C’est pour illustrer ses dons en musique de théâtre que nous avons choisi de présenter sur ce disque des extraits de l’opéra Dido, Königin von Carthago, composé en 1707.

© Geneviève Soly, 27 juin 2002

Lire la suite

À propos

AN 2 2014
AN 2 2014
AN 2 2014

Start typing and press Enter to search