fbpx
FL 2 3060

J.S. Bach: L'Intégrale des sonates pour clavecin obligé et un instrument mélodique, vol.1

Date de sortie 30 novembre 1996
Numéro de l'album FL 2 3060
Periodes Baroque
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

Nous vous présentons, en trois volumes, l’intégrale des sonates que J.S. Bach composa pour clavecin obligé et un instrument mélodique (trois collections, c’est-à-dire six sonates avec violon, trois sonates avec viole de gambe et deux sonates avec flûte).

L’originalité de notre approche réside dans le fait que, sur chacun des disques, les sonates ne sont pas regroupées par instrumentation. De la même façon les interprètes, sauf pour la partie de clavecin, varient dans chacune des collections.

La sonate en trio

La sonate en trio est la forme de musique de chambre la plus populaire du haut baroque: environ 8000 œuvres du genre ont été produites à cette époque! L’idée principale qui régit la sonate en trio est l’unité des voix supérieures qui discourent sur une voix basse.
La production de J.S. Bach dans ce domaine est cependant pratiquement inexistante (seulement deux œuvres originales) et son utilisation de l’écriture en trio est tout à fait atypique: il l’utilise pour accroître les possibilités virtuoses des organistes (les six sonates en trio pour orgue) ou pour accroître les possibilités du clavecin comme instrument obligé (les onze sonates qui font l’objet de la présente intégrale).

En fait, le corpus des onze sonates pour clavecin obligé et un instrument mélodique est une porte ouverte sur le répertoire des sonates classiques et romantiques (pour piano et violon par exemple): nous assistons ici à la fin d’une grande tradition musicale et à la naissance d’une nouvelle forme. Laissant de côté le traditionnel rôle d’accompagnement harmonique normalement dévolu au clavecin (continuo, basse continue ou basse chiffrée), J.S. Bach lui réserve un rôle d’instrument mélodique de dessus: la main droite du clavecin joue donc une partie notée (par opposition au continuo dans lequel la main droite réalise des accords notés sténographiquement en chiffres sous la voix de basse), d’où l’appellation de « clavecin obligé » ou « clavecin concertant » que l’on retrouve en premier dans le titre des sonates dans toutes les sources.

Mais ce qu’il y a de véritablement novateur dans ces œuvres (45 mouvements en tout) c’est que, non content de dépasser une forme pour en créer une nouvelle, Bach se surpasse en richesses d’invention dans cette écriture « obligée » et délaisse plus d’une fois l’écriture en trio formelle pour créer des pièces n’ayant aucun autre modèle. Cette étonnante variété de structure n’a d’égale que l’inépuisable expression musicale personnelle, approfondie et intime que l’on y retrouve, particu-lièrement dans les mouvements lents.

Sonate V en sol majeur, pour clavecin obligé et violon (BWV 1019)

La majorité des sonates de l’œuvre de Bach et toutes celles avec violon datent de la période de Köthen (1717-1723). La genèse de celle en sol majeur est cependant plus complexe. Bach la remania à Leipzig vers 1730 et y ajoutant un mouvement pour violon et continuo, portant ainsi à six le nombre de ses mouvements. Cette sonate fait exception car elle comportait cinq mouvements à l’origine (avec prédominance des allegros). Une troisième version tardive, vers 1749 (une source note « il composa ce trio juste avant la fin »), retourne à la disposition originale symétrique des cinq mouvements (le premier et le dernier vifs, le deuxième et le quatrième lent et un solo de clavecin comme mouvement central). Bach recomposa pour cette dernière version les trois derniers mouvements qui n’existaient dans aucune des versions antérieures. C’est cette version tardive qui est généralement jouée et que l’on retrouve sur le présent enregistrement.

Nous avons ajouté à la suite de la sonate les 4e et 3e mouvements de la première version de Köthen (l’Adagio en si mineur et le Cantabile en sol majeur).

1. Allegro: Il s’agit d’une fugue concertante à deux voix de forme ABA. C’est le violon qui concerte avec la main droite du clavecin, la basse étant harmonique. Ce type d’écriture contraste avec les autres allegros fugués de la collection qui sont à trois voix. Dans les cinq premières mesures de la section B, Bach a chiffré la basse du clavecin qui retrouve donc son rôle traditionnel d’accompa-gnement.

2. Largo (dans la relative de mi mineur): Cette courte page de 21 mesures comporte des rythmes à la française qui rappellent les ouvertures d’or-chestre. D’une écriture tout à fait inusitée et sans modèle antérieur; Bach ajoute à la partie de clavecin une troisième voix, sorte de contre-chant orchestral, pour en faire une pièce à quatre voix.

3. Allegro (Cembalo solo, dans la relative de mi mineur): C’est une pièce très énergique de forme bipartite (AABB).

4. Adagio (dans la dominante de la relative, si mineur): Ce trio rigoureux de bloc unitaire est une pièce douloureuse avec un motif syncopé qui utilise le chromatisme. Elle se termine sur la dominante se sol majeur pour préparer le dernier mouvement.

5. Allegro: Ce trio concertant très énergique rappelle la gigue. Il est de forme ABA.

Adagio (si mineur) (BWV 1019 b)

Cette très courte pièce de 18 mesures est à la fois douloureuse (motif chromatique de trois croches, intervalles étendus) et sereine (motif des quatre double-croches liées par quatre).

Cantabile, ma un poco Adagio (sol majeur) (BWV 1019 a)

Cette pièce est un arrangement de l’aria « Heil und Segen » de la Cantate BWV 120. Bach a confié la partie originelle du soprano à la main droite du clavecin. Lorsque le violon joue seul, sans la voix (dans les douze premières mesures par exemple), le clavecin reprend son rôle d’accompagnement.

Sonate IV en do mineur pour clavecin obligé et violon (BWV 1017)

1. Largo: C’est la seule pièce du corpus qui soit une danse stylisée, une sicilienne. Elle est construi-te en deux sections reprises (AABB). L’écriture n’est pas un trio typique car la partie de clavecin est ce que l’on pourrait appeler « un accompagnement mélodique » (ou un continuo élaboré) noté en arpèges brisés de double-croches sur une basse harmonique en croche. Le thème du violon est apparenté à l’aria « Erbarme dich » de la Passion selon saint Mathieu. L’écriture en trio et les exigences de la polyphonie cèdent leur place à la mélodie cantabile accompagnée.

2. Allegro: Il s’agit d’une véritable fugue à trois voix: la basse se voit chargée d’autant d’activités contrapuntiques que les parties supérieures. Le long thème est d’abord exposé au clavecin.

3. Adagio (dans la relative de mi bémol majeur): Il s’agit ici d’une partie de clavecin qui « accompagne mélodiquement ». Le mouvement comporte plusieurs particularités:
-l’utilisation de nuances (p et f) dans la partie de violon, par blocs de quatre mesures. Nous avons choisi de coordonner la partie de clavecin à celle de violon pour ces nuances (en passant au 8 pied supérieur lors des indications piano).
-l’utilisation de trois rythmes différents à chacune des voix. Nous avons choisi d’harmoniser les rythmes pointés du violon aux triolets du clavecin et de garder l’opposition du deux contre trois entre les parties de dessus et de basse.

La structure de la pièce est bâtie sur un ostinato rythmique à la basse de quatre mesures (tout comme pour les nuances). Le mouvement ne recourt à aucun thème mélodique vraiment chantant: la partie de violon semble plus harmonique que mélodique et les intervalles utilisés sont étendus. La pièce se termine par quatre mesures de transition d’un style récitatif qui mènent à la dominante du dernier mouvement.

4. Allegro: Ce mouvement fugué au rythme robuste est bipartite (AABB). Dans la deuxième partie des jeux rythmiques très intéressants sont obtenus grâce à une articulation par trois des groupes de quatre double-croches montant « en escalier » sur deux mesures (mesures 59-60, 85-86 et 104-105 au violon ainsi que mesures 73-74 et 98-99 au clavecin).

Sonates pour clavecin obligé et viole de gambe

Nous datons traditionnellement ces sonates de l’époque de Köthen mais cette hypothèse, tel que l’a démontré Laurence Dreyfus dans son excellente édition publiée en 1985 chez Peters, est hautement improbable. Les seuls faits connus (analyse stylistique et analyse des sources) tendent plutôt à prouver qu’elles datent de la période de Leipzig, à partir de 1735. Plusieurs éléments laissent croire qu’elles auraient été composées pour le gambiste qui participa à la 2ème exécution de la Passion selon saint Mathieu vers 1740. Laurence Dreyfus fait également remarquer que la sonate BWV 1028 requiert une grande gambe à sept cordes comme dans les solos de cette passion. D’autres détails tels le papier utilisé, l’encre et la calligraphie des rares autographes existants, renforcent cette hypothèse. Le destinataire de ces pièces pourrait être Carl Friedrich Abel (1723-1787) qui vivait à Leipzig vers 1743. Il est le fils du gambiste Christian Ferdinand Abel (1683-1737), ami et collègue de J.S. Bach à Köthen.

Laurence Dreyfus nous fait également remarquer que Bach a composé des suites pour violoncelle seul et des sonates pour viole de gambe, alors que la suite est un genre ancien et que le violoncelle un instrument nouveau et qu’à l’inverse, la sonate est un genre nouveau et la viole de gambe un instrument ancien.

Sonate III en sol mineur, pour clavecin obligé et viole de gambe (BWV 1029)

Cette sonate est en trois mouvements (vif-lent-vif), en accord avec la description de Adolph Sheibe (1745) des Sonate auf Concertenart (sonates en style concerto).

1. Allegro: Ce mouvement rassemble certains éléments du concerto italien. Le thème à la Vivaldi annonce une ritournelle semblable à plusieurs utilisées dans les Concertos Brandebourgeois. La première « ritournelle orchestrale » est accompa-gnée du continuo. À l’entrée du thème au clavecin, l’écriture deviendra plus typique du trio polyphonique. La couleur nettement orchestrale de la pièce (remarquez les unissons à deux et même à trois voix vers la fin du mouvement) m’a fait opter pour des changements de régistration, bien que ce concept ne soit pas idiomatique au clavecin pour l’exécution d’un même mouvement.

2. Adagio: De forme bipartite (AABB), cette pièce très particulière mêle le lyrisme de l’adagio italien, avec son abondante ornementation écrite par Bach en toutes notes, à une sarabande à la française, avec son ornementation élégante et ca-ractéristique (appoggiatures, coulés de tierce, pincés).

C’est à la viole de gambe que Bach réserve le lyrisme de l’Adagio en première partie de la pièce pour le transférer au clavecin en deuxième partie. À l’inverse, la sarabande se retrouve dans la partie de clavecin au début pour passer à la viole de gambe en seconde. L’atmosphère ainsi créée souligne la grandiloquence de la rhétorique. Certains passages (mesures 25 à 29 par exemple) ne sont pas sans rappeler des chorals ornés pour orgue de la Clavierübung.

3. Allegro: Ce trio fugué brillant et concertant allie robustesse (notes répétées du thème) et viva-cité (figures rythmiques de triolets de double-croches).

Une mélodie d’un grand lyrisme, marquée cantabile par Bach, se retrouve d’abord à la viole de gambe (mesure 19) avec un « accompagnement mélodique » au clavecin (qui rappelle celui du largo de la sonate en do mineur de violon) puis au clavecin (mesure 24) avec le même accompagnement joué à la viole de gambe.

© Geneviève Soly

Lire la suite

À propos

AN 2 9765-6
AN 2 9765-6
AN 2 9765-6

Start typing and press Enter to search