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AN 2 8793 Impressions intimes pour 2 guitares

Impressions intimes pour deux guitares

Compositeurs
Date de sortie 26 mars 2021
Numéro de l'album AN 2 8793
Periodes XXe siècle

Informations sur l'album

Impressions Intimes

Œuvres du XXe siècle composées à Paris, pour deux guitares

Cet enregistrement est composé de musiques originellement écrites pour piano, harpe ou guitare par des compositeurs renommés du XXe siècle qui ont passé l’essentiel de leur carrière à Paris. Les arrangements, dont la majorité sont du duo Cicchillitti et Cowan, illustrent de manière éloquente que les couleurs sonores, l’intimité et le lyrisme des styles des compositeurs choisis sont parfaitement adaptés à la guitare, et que le langage harmonique se transpose magnifiquement au duo de guitares.

L’enregistrement témoigne également des contrastes saisissants des styles de composition de l’époque et des compositeurs individuels. On remarque que les tendances dites impressionnistes, néoclassiques, néo-romantiques ou sur- réalistes avaient toutes leurs adeptes. Comparez le lyrisme sensoriel de Claude Debussy au style néoclassique très personnel de Maurice Ravel, ou les miniatures improvisées et intimes de Federico Mompou à l’esprit délicieusement parfumé de la musique de Germaine Tailleferre, ou la dissonance et la polytonalité de la Sérénade d’André Jolivet – la seule œuvre originale pour deux guitares incluse dans cet enregistrement.

En 1903, la revue franco-anglaise Weekly Critical Review lance un concours de composition pour le premier mouvement d’une sonate pour piano. Ravel commence à composer ce qui allait devenir le premier mouvement, Modéré, de sa Sonatine, œuvre qu’il achève par la suite en lui ajoutant deux mouvements supplémentaires après la faillite de

la revue. L’œuvre est typiquement écrite de façon serrée, lumineuse et transparente avec une coloration claire qui la rend idéale pour la transcription pour deux guitares. Le premier mouvement – Modéré-doux et espressif – se présente sous une forme sonate bien structurée malgré son emploi des couleurs harmoniques très personnelles de Ravel. Le deuxième mouvement – Mouvement de menuet – est un menuet simple qui s’épanouit magnifiquement à sa conclusion. L’œuvre se termine par le mouvement virtuose et ondulant marqué Animé.

Le compositeur catalan Federico Mompou est né à Barcelone en 1893 puis étudie, vit et compose à Paris pendant une longue période entre les deux guerres. La musique de Mompou est introspective et fort personnelle, inspirée de chansons folkloriques ou de danses populaires. Souvent teintée d’un soupçon de mélancolie, sa musique est onirique et impressionniste, mais toujours mélodique et remplie de couleurs. Música callada (littéralement musique silencieuse) est un cycle de 28 miniatures exquises pour piano que Mompou a composées en l’espace de seize ans, de 1951 à 1967, et qui ont été publiées dans quatre cahiers entre 1959 et 1976. En plus d’être la plus ambitieuse de ses œuvres pour piano solo, l’œuvre est considérée comme son chef-d’œuvre et il a lui-même cru qu’elle contenait «l’essence de ma conception esthétique». Le premier livre contient neuf pièces composées en 1951 et créées en 1952 mais seulement publiées en 1959. Le mouvement d’ouverture, Angelico, est une évocation raffinée et nostalgique d’un temps passé. Mompou la décrit ainsi: «Cette musique des anges est la première musique de Música callada, la musique du premier Sonic Solitude qui oscille rêveusement entre la terre et le ciel. » La cinquième des pièces s’intitule simplement Legato metallico et porte l’inscription suivante: «La cloche lointaine qui […] frappe ses notes obsédantes semble venir d’un autre monde». De son côté, le deuxième livre (paru en 1962) contient une pièce vivante et évocatrice simplement appelée Allegretto, tandis que la dernière pièce du cahier est l’émouvante et nostalgique Calme.

Composées en 1911, les Quatro Quejas (Quatre plaintes) qui forment les premiers mouvements des Impresiones intimas (Impressions intimes) représentent l’une des premières compositions achevées de Mompou. Quatre autres mouve- ments, dont le touchant et obsédant Secreto (Secret), datent de 1914. L’œuvre dans son ensemble, et Secreto en particulier, illustre le style que Mompou lui-même appelle le « primitivisme ».

Germaine Tailleferre était la seule femme membre du groupe de compositeurs avant-gardistes connu sous le nom de Les Six. Tailleferre avait une affinité particulière pour la harpe et le légendaire harpiste Nicanor Zabaleta lui a commandé une sonate. Cette œuvre, qui met en valeur les multiples possibilités expressives de l’instrument, est conçue en trois mouvements et est devenue l’une des œuvres les plus appréciées de Tailleferre. Le premier mouvement, l’exubérant Allegretto, est suivi d’un Lento nostalgique à la fois mélancolique et raffiné qui prépare le Perpetuum mobile / Allegro. Ce mouvement final flamboyant utilise une impressionnante palette musicale révélant une variété d’harmonies d’une grande sensualité. On entend aussi de nombreuses influences, dont la danse espagnole la Habanera, le jazz américain et même le Concerto pour piano en sol de Ravel.

Les pièces du deuxième livre de Claude Debussy de Préludes, composées entre 1910 et 1913 pour piano, sont similaires en intention à celles du premier livre. Le cinquième de ces Préludes, Bruyères, est imbibé d’un caractère essentiellement pastoral qui nous emmène dans les landes des hauts plateaux écossais, avec une mélodie nostalgique teintée de mélancolie solitaire. Ce prélude, magnifiquement équilibré, a une ambiance de chanson folklorique qui rappelle La fille aux cheveux de lin du premier livre.

Debussy a composé ses Deux arabesques entre 1888 et 1891, alors qu’il était encore dans la vingtaine. Debussy a écrit sur l’arabesque dans la musique baroque que « c’était l’âge de la “merveilleuse arabesque”, où la musique était soumise aux lois de la beauté inscrites dans les mouvements de la nature elle-même. » Par conséquent, Debussy semble errer à travers les modes et les tonalités et réalise des impressions hautement évocatrices de la nature à travers la musique. Cette célèbre et délicieuse Arabesque no 1 a inspiré ici un arrange- ment tout aussi délicieux pour guitare solo.

Intimement liée à la pièce Bruyères, La fille aux cheveux de lin est le plus simple et peut-être le plus connu de tous les Préludes de Debussy. Il retrace son titre et son atmosphère à un vers des Poèmes antiques: Chansons écossaises, de l’écrivain français Charles Marie Leconte de Lisle. Sa mélodie pentatonique rappelle la musique de gamelans javanais qui a tant intrigué Debussy. La musique rayonnante de ce dernier capture l’esprit émotionnel et sensuel du poème de de Lisle, qui raconte le chant d’une jeune écossaise exprimant son amour simple et vrai sous le soleil du matin.

Le compositeur André Jolivet est souvent considéré comme le primitiviste le plus sophistiqué de la musique française. Il est membre du mouvement Jeune France avec Olivier Messiaen et Daniel Lesur, qui ont voulu «créer une musique vivante dans un esprit de sincérité, de générosité et de conscience artistique». Dans les années 1950, Jolivet se tourne vers la guitare, ou plutôt deux guitares. De façon personnelle, Jolivet a entrepris de changer la façon dont la musique pour guitare était écrite: «Il est bien évident que même si j’apprécie la guitare, je n’ai jamais essayé de composer dans un certain style sui generis. Au contraire, mon objectif était d’introduire de nouvelles harmonies et expressions de la syntaxe contemporaine jusqu’alors inconnue de la gui- tare. » Sa première œuvre pour guitare, Sérénade, est une œuvre séduisante en quatre mouvements, essentiellement néoclassique en forme et en inspiration, particulièrement dans le noble Praeludio e canzone et le poétique et touchant Andante malinconico. La Sérénade est dédiée à Ida Presti et Alexandre Lagoya, qui ont créé l’œuvre en 1959.

Maurice Ravel a décrit la Pavane pour une infante défunte comme «une évocation d’une pavane qu’une petite princesse [Infante] aurait pu, jadis, danser à la cour d’Espagne ». La pavane était une danse processionnelle lente qui jouissait d’une grande popularité dans les cours d’Europe aux XVIe et XVIIe siècles. À bien des égards, la pièce exprime un enthousiasme nostalgique pour les coutumes et les sensibilités espagnoles. Ravel a suggéré qu’«en même temps que l’accompagnement est secondaire par rapport à l’air, il faut insister sur l’aspect légèrement mécanique de ce dernier ».

Ravel commence à composer une suite pour piano en octobre 1914, un mois après le début de la Grande Guerre. Il achève l’ouvrage désormais intitulé Le tombeau de Couperin en 1917. Chacun de ses six mouvements était dédié à un ami décédé au front. Ce qui avait commencé comme un hommage à un âge d’or de la musique française rend désormais un doux salut aux victimes de la Première Guerre mondiale. Le tombeau de Couperin parle de mémoire, pas de combat. Il évoque ceux qu’il honore et non les circonstances tragiques de leur mort. Ravel emprunte les formes de la suite de danse baroque, à commencer par un Prélude qui donne le ton avec grâce, noblesse, élégance et simplicité.

© Richard Turp novembre, 2020

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À propos

Adam Cicchillitti
Steve Cowan
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