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FL 2 3144

Solos virtuoses pour viole de gambe

Interprètes
Date de sortie 02 septembre 2003
Numéro de l'album FL 2 3144
Periodes Baroque | Classique

Informations sur l'album

Au premier coup d’œil, la viole de gambe peut certes faire penser au violoncelle. Leurs formes sont relativement semblables et, dans les deux cas, on tient l’instrument entre les genoux pour frotter les cordes avec un archet. Mais là s’arrête la ressemblance. En fait, la viole de gambe est peut-être plus près du luth. Comme ce dernier, son manche comporte des frettes et elle est montée de six ou sept cordes accordées en quartes et une tierce plutôt qu’en quintes comme le violoncelle. Cela donne à la viole des possibilités sur le plan harmonique et contrapuntique semblables au luth et qui échappent au violoncelle qui n’a que quatre cordes.

C’est pourquoi on dit souvent de la viole qu’il s’agit d’un « luth à archet » et son histoire suit en parallèle celle du luth, se développant en écoles nationales successives du début de la Renaissance à la fin du Baroque. Il y eut d’abord, au début du XVIe siècle, une école italo-espagnole avec Silvestro di Ganassi et Diego Ortiz; puis au siècle suivant, une importante école anglaise avec Tobias Hume, John Jenkins et Christopher Simpson. Ensuite, au tournant des XVIIe et XVIIIe siècles, domine la grande école française marquée par Marin Marais et Antoine Forqueray, dont le jeu de caractère diamétralement opposé fit qu’on les surnommait « l’ange et le diable ».

Au cœur du baroque, cette école ajouta à la partie soliste une ligne de continuo, souvent soutenue par une seconde viole. Ce n’est qu’en fin de parcours, alors que le violoncelle était en voie de supplanter la viole, qu’émergent les virtuoses et compositeurs allemands dont le présent enregistrement propose parmi les plus belles pages solos, chants du cygne de cet instrument dont on disait que, plus que tout autre, il savait rendre toutes les inflexions de la voix humaine.

Abel: 27 pièces solos pour viole de gambe

Carl Friedrich Abel (1723-1787) appartient à la génération des fils Bach et, après avoir cherché à s’établir en Allemagne, c’est à Londres qu’à partir de 1758, il devait faire l’essentiel de sa carrière en y rejoignant le plus jeune d’entre eux, Jean-Chrétien. Ils s’associèrent pour produire les « Concerts Bach-Abel », série annuelle de 10 à 15 événements qui pendant près de 25 ans, firent les beaux jours de la vie musicale anglaise jusqu’à la mort de Jean-Chrétien en 1782. Abel passa alors la main à des plus jeunes, se contentant de composer et de jouer jusqu’à sa mort, cinq ans plus tard. Son œuvre, essentiellement instrumentale mais relativement diversifiée, comporte symphonies, concertos et sonates en tout genres de style galant.

Le plus important de son œuvre pour viole de gambe se trouve dans deux recueils, l’un de 34 sonates avec ou sans continuo, l’autre de 27 pièces solos d’où sont tirées les deux sélections présentées sur cet enregistrement. Quoiqu’il ait su épater la galerie dans les mouvements rapides, il semble qu’Abel ait surtout été apprécié pour sa capacité d’émouvoir jusqu’aux larmes dans les mouvements lents. Issu d’une lignée de gambistes de plusieurs générations, Abel fut paradoxalement le dernier des grands virtuoses dans l’histoire de l’instrument.

Schenk: Deux sonates pour viole de gambe, extraites de L’écho du Danube, op. 9

Né à Amsterdam, en Hollande, Johannes Schenk (1660-1712) fit cependant carrière en Allemagne où de nombreux témoignages, dont plusieurs poèmes, louent sa virtuosité. Il finit par obtenir en 1696 un poste de musicien à la cour du Prince Électeur Palatin Johann Wilhelm I, à Düsseldorf. On ne connaît rien de son apprentissage, mais certains traits de virtuosité semblent indiquer une filière anglaise. Cependant, comme pour la plupart des allemands de la fin du Baroque, son écriture est caractérisée par une fusion des styles nationaux dans laquelle les influences française et italienne deviennent de plus en plus marquantes.

Son œuvre comprend 10 opus, tous publiés de son vivant, dont certains aux titres poétiques pittoresques. Cinq sont consacrés à la viole de gambe: l’opus 2 comporte 15 suites avec continuo; l’opus 6, 14 suites avec continuo facultatif; l’opus 8, dont le titre italien Le nymphe di Rheno veut dire « les nymphes du Rhin », 12 suites pour 2 violes de gambe sans continuo; l’opus 9, intitulé en français L’écho du Danube; 6 sonates, 4 avec et 2 sans continuo; et enfin, l’opus 10, Les fantaisies bisarres de la goutte, pour viole de gambe et continuo, dont il ne reste malheureusement que le manuscrit du continuo.

Le présent enregistrement propose les deux sonates solo de L’écho du Danube, op. 9. Dans les deux œuvres on retrouve à peu près la même structure: une ouverture dans le style des toccatas des organistes allemands précédant Bach, suivi d’un mélange d' »arias », de mouvements de sonates et, vers la fin, d’une « giga » à l’italienne. Dans la quatrième sonate, on retrouve de plus une « gavotte » à la française.

Telemann: Sonate en ré majeur pour viole de gambe seule

Georg Philipp Telemann (1681-1767), qui forme avec J.S. Bach et Haendel une sorte de « sainte trinité » du Haut Baroque allemand, ne semble pas avoir jamais joué de la viole, bien que dès l’âge de 10 ans, il arrivait à se débrouiller tout aussi bien au violon, à la flûte qu’aux divers claviers. Il fit l’essentiel de sa carrière comme Cantor à Hambourg où, de 1721 à sa mort 45 ans plus tard, il écrivit plus de 2000 cantates.

Mais en marge de cette fonction, il participa au renouveau de l’opéra, à d’innombrables concerts et créa ce qui fut le premier magazine de musique allemande, Der getreue Music-Meister. C’est dans ce périodique, dont il ne reste que vingt-cinq numéros des années 1728 et 1729, qu’il publia cette sonate en ré majeur pour viole de gambe seule. Encore une fois, on y retrouve cette fusion des styles nationaux chère aux compositeurs de la fin du Baroque. L' »Andante » est un pastiche des « mixt divisions » anglais; le « Vivace » suivant s’inspire du style violonistique italien; l' »Andante » on ne peut plus allemand, commence par un « Récitatif » des plus expressifs suivi d’une « Aria » fuguée. Le second « Vivace » conclut avec un rythme de danse et un style rappelant la grande école des gambistes français.

© 2003 Guy Marchand pour Traçantes, le service de recherche, de rédaction et de traduction de la Société québécoise de recherche en musique.

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