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AN 2 2015

Beethoven: Sonates pour piano Nos. 30, 31, 32

Interprètes
Date de sortie 16 septembre 2008
Numéro de l'album AN 2 2015
Periodes Classique
Genres Piano

Informations sur l'album

Les dernières sonates de Beethoven

Sonate no 30 en mi majeur, opus 109

Peu d’œuvres laissent une impression aussi forte dans un temps aussi court que l’opus 109. Chaque mouvement est comme un haïku finement ciselé dans lequel chaque mot est porteur de sens. Dans le premier mouvement, Beethoven a peut-être atteint le plus haut degré de fusion entre forme et improvisation, en conservant dans une forme-sonate d’une rare densité une étonnante souplesse. Le résultat est une étrange sensation d’une extrême liberté superposée à un ordre et une organisation absolus, quelque chose que l’on aimerait ardemment voir s’accomplir aussi dans la sphère politique. Le sauvage et tumultueux Prestissimo est aussi un précis de forme-sonate dont chaque élément a été réduit au strict minimum. Ici, sa fureur originale s’est dissipée et cette ligne est utilisée dans une veine plus lyrique; mais elle conserve néanmoins un caractère sombre et menaçant. Après cet orage, quelle merveilleuse sensation que d’entendre, au début du dernier mouvement, le chant céleste qui servira de thème à une série de variations. Et lorsque cette lumière diminue graduellement, alors que le thème est répété une dernière fois, le sens subsiste et gagne même en intensité.

Sonate no 31 en la bémol majeur, opus 110

L’opus 110 est la plus accessible et donc la plus populaire des dernières sonates. Son ouverture, indéfectiblement mélodique, chante tendrement deux mélodies bien définies, phénomène unique dans les sonates de Beethoven qui, sauf de rares exceptions, commencent par des idées brèves, courts motifs ou figures, plutôt que par des mélodies aussi lyriques. L’Allegro molto est un mouvement court et dramatique, servant de scherzo bien que sa mesure soit en 2/4. C’est dans le Trio que l’on entre pour la première fois dans ces lieux mystérieux et éthérés que l’on rencontre si souvent dans les dernières œuvres. Un trait en cascade qui, à travers son accompagnement pointilliste, s’égare dans un chromatisme étrange et imprévisible, laisse une impression pénétrante d’anxiété et de confusion surréalistes. Le finale, d’une facture unique en son genre, commence par un récitatif improvisé, d’un caractère clairement introductif, ses harmonies et son tempo errant librement. L’Arioso débouche sur une fugue, et si la première était de nature vocale, cette dernière devrait être vue comme chorale. Après un second sommet massif, l’harmonie s’affaisse soudainement d’un demi-ton vers sol mineur et l’on se retrouve à nouveau dans l’Arioso,  » exténué et affaibli  » (selon les propres termes de Beethoven). Jusqu’à la conclusion, la musique s’intensifie et s’étend héroïquement, son expression d’une largesse et d’une chaleur désarmantes invitant tous les cœurs à se réjouir et à résonner de la même ferveur.

Sonate no 32 en do mineur, opus 111

Le contraste entre les deux mouvements de l’opus 111 ne pourrait être plus grand. Le premier, dans la sombre tonalité de do mineur, est passionné, strident, angulaire et complexe; le dernier, en do majeur, est paisible, résigné et d’une douceur transcendante. Certains voient dans le premier l’illustration des terreurs et des conflits de ce monde et, dans le second, celle de la béatitude spirituelle de l’au-delà. La courte introduction commence par trois éclairs suivis d’un long reflux, toujours dans le même rythme doublement pointé, mais dont l’énergie semble avoir été sapée par les trois éclairs du début. L’Allegro con brio débute avec un élan bref, orageux, qui ne devient réellement thème que lorsqu’il est prolongé. Le caractère résolu du mouvement naît de ce début: ce qu’il y a d’essentiel et de fondamental est immédiatement proclamé, et le reste n’est qu’un écho, une extension dans laquelle se perd le thème. Le thème de l’Arietta, qui sera suivi de cinq variations, est l’un des plus simples et plus sublimes jamais composés. La première moitié du thème est radieuse, charmante et paisible, alors que la seconde, qui débute en la mineur, contient un soupçon d’inquiétude, comme l’ombre passagère d’un nuage.

© Anton Kuerti

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AN 2 9785
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