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AN 2 9933

Haydn: Six sonates pour piano

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 01 avril 2008
Numéro de l'album AN 2 9933
Periodes Classique
Genres Piano

Informations sur l'album

Les nombreuses sonates de Haydn sont subtiles et originales. Leur composition a occupé Haydn pendant une bonne partie de sa carrière, soit du début des années 1760 à 1794. Il est intéressant de noter que cette période ne chevauche pas tout à fait la période pendant laquelle Beethoven écrivait ses 32 sonates et que les deux compositeurs ont cessé d’écrire des sonates pour piano longtemps avant la fin de leurs vies créatives respectives. Les sonates de Haydn sont multiples par leurs tournures et leurs formats, des premières œuvres qui évitent presque entièrement les accords – essentiellement des inventions à deux voix –, jusqu’aux célèbres dernières sonates, robustes, virtuoses et souvent plutôt saisissantes.

Pourtant, même dans les œuvres tardives, la majeure partie de l’écriture de Haydn demeure inscrite à l’intérieur de deux voix remarquables, ce qui rend leur sonorité beaucoup moins pianistique que celle des sonates de Beethoven. Ceci leur confère une personnalité très différente, toute en clarté, en authenticité et en économie de moyens. Cette économie de moyens est renforcée par le fait que dans les dernières sonates, Haydn utilise souvent le même matériel ou sinon un matériel similaire pour les deux thèmes principaux de ses premiers mouvements de sonate. Néanmoins, à l’intérieur de ces limites, Haydn est capable de créer des sentiments merveilleusement uniques et contrastés.

Le drame n’est jamais absent mais il se résout habituellement de façon amicale et charmante ; on ne peut qu’imaginer le compositeur souriant fréquemment lors de la composition et l’interprétation de ces œuvres. Même les contrastes extrêmes de tonalité privilégiés ont tendance à être plaisamment joyeux plutôt que discordant et combatif.

Toutes les sonates ne se prêtent pas à une interprétation en public et il est probable que peu d’entre elles aient de fait été conçues pour l’être. J’ai choisi un groupe de sonates de différentes époques de la vie du compositeur, que je considère éminemment appropriées à la salle de concert.

La Sonate no 13 en sol majeur, Hob. XVI/6, essentiellement joviale, est l’une des rares œuvres en quatre mouvements de Haydn. Mais le troisième mouvement, un merveilleusement plaintif Adagio en sol mineur, confère à l’œuvre entière une tristesse et une importance inattendues. (Les points d’orgue ont été ornés par l’interprète.) Le contraste majeur/mineur est aussi présent dans le suprêmement élégant menuet du deuxième mouvement, avec son trio en mineur, mais de façon moins évidente que dans le troisième mouvement, en si bémol majeur pour la majeure partie de sa brève existence. L’allegro molto finale disparaît avec une charmante virtuosité.

La Sonate no 32, Hob. XVI/44, en deux mouvements, également en sol, exploite elle aussi les contrastes de teintes entre sol majeur et sol mineur. Dans ce cas-ci, Haydn amorce l’œuvre dans le registre majestueux et sombre mais, après cinq mesures à peine, module en si bémol majeur et y reste pour la reste de l’exposition, ponctuée de quelques ornements descendants brillamment pétillants. Le développement traite le matériel de façon un peu plus sérieuse et la réexposition demeure résolument en mineur. Ici, l’ornementation improvisée du point d’orgue, élaborée et très expressive, est du compositeur.

Le deuxième mouvement évoque le caractère du menuet mais n’en porte pas le nom. Lui aussi s’échappe rapidement du mode mineur et nous mène vers une nouvelle section en sol majeur. Ici, le compositeur préfigure son orientation plus tardive qui vise à unifier les éléments à l’intérieur d’un même mouvement, le rythme et la forme du thème demeurant très semblables au thème principal du mouvement, sauf lorsqu’il se mue en majeur. Le scénario se reproduit deux fois dans son entier, jusqu’à ce que l’œuvre se termine plutôt nonchalamment, toujours en majeur.

La Sonate no 38, Hob. XVI/42, en fa majeur, démontre une fois de plus cette même trame majeur/mineur, les mouvement extérieurs allègres, presque frivoles, entourant la profonde complainte du deuxième mouvement, qui représente éloquemment un mariage entre la douleur austère de l’époque baroque et les sentiments ardemment tragiques de l’ère classique. Encore une fois, la première moitié s’égare rapidement vers la chaleur de la bémol majeur, alors que la seconde plonge totalement dans le désespoir de la tonalité mineure. Le folâtre premier mouvement porte tour à tour son attention sur des plaisanteries galantes et une série d’arabesques ainsi que d’effervescents et bouillonnants passages rapides. Le finale est un presto en 2/4, pratiquement devenu la norme des sonates de Haydn. Joyeux, contrapuntique et chargé, le mouvement se termine comme si le mouvement se sauvait subitement par la fenêtre.

Les Sonates nos 56 et 58 peuvent facilement passer pour des jumelles, mais pas tout à fait identiques. Toutes les deux en deux mouvements, elles s’amorcent par une série assez étendue de variations en 3/4 qui, typiquement, une fois de plus, sont séparées entre modes majeur et mineur et se terminent toutes deux par un fougueux mouvement en 2/4, empreint de vitalité et d’humour. Dans les deux cas, les premiers mouvements sont remplis de suspense, un important nombre de pauses subites les ponctuant.

La Sonate no 56, Hob. XVI/42, est en ré majeur. Dans le premier mouvement, un passage au centre de la variation en mineur est particulièrement intéressant, de par sa ressemblance avec le rythme pointé, la forme et le geste d’un passage de la Sonate  » Hammerklavier  » de Beethoven – probablement une coïncidence. Remarquez comment le sobre thème s’orne de façon toujours plus extravagante au fur et à mesure que le mouvement progresse. Le finale est grisant et nous coupe le souffle avec son contrepoint.

Si on la compare à sa jumelle, la Sonate no 58, Hob. XVI/48, en do majeur, est plus ronde et plus chaleureuse thématiquement. Toutefois, son humour et son côté spirituel nous démontrent sa légèreté. Seuls les deux interludes en mineur sont plus sérieux et expressifs ; le deuxième digresse brillamment vers la bémol majeur, avant que n’intervienne la réaffirmation du thème principal dans l’octave aiguë du piano de Haydn, deux octaves plus haut que lors de l’exposition. Ici, les pauses sont entièrement remplies d’un accompagnement gazouillant. Le finale réserve de nombreuses surprises, notamment un épisode central folichon en mineur qui rappelle les interludes  » turcs  » de Beethoven.

La Sonate en mi bémol majeur, Hob. XVI/52, écrite en 1794, est la plus jouée de toutes les sonates de Haydn, parce qu’elle est pianistiquement plus brillante et harmoniquement plus audacieuse que la plupart de ses autres sonates. L’ouverture, avec ses accords pleins et massifs, nous mène vers un paysage musical entièrement différent. Le thème principal est immédiatement réutilisé, de façon légèrement moins massive, dans le ton de la dominante. Malgré tout, un autre thème est présenté, beaucoup plus léger, gambadant délicatement avec un rythme pointé contagieux, avant d’être entendu dans deux tonalités éloignées pendant le développement. Après une pause, vers la fin du mouvement, on retrouve une courte digression harmonique, délibérément déroutante, qui pourtant nous ramène aussitôt à la tonique.

Le lien de tonalité au mouvement lent, en mi majeur, un demi-ton plus haut que les mouvements extérieurs, est réellement exotique. Ce saisissant déplacement balaie d’un coup tout souvenir du premier mouvement et nous fait pénétrer dans un nouveau monde vertigineux. Il débute par un geste expressif chaleureux mais rapidement nous indique que de subtiles pitreries seront disséminées dans l’adagio. Seule la courte coda nous apporte une tendresse pure et douce.

Quand le finale s’amorce, avec ses sol répétés, il semble, momentanément, que nous puissions être en train de migrer vers mi mineur, mais dès l’entrée de la main gauche, nous nous éveillons de ce rêve en mi majeur et nous revient alors la tonalité du premier mouvement. La plus grande partie de l’ample finale exploite les six notes répétées entendues au début, parfois en tant que notes solitaires, parfois en tant qu’accords pleins et triomphants.

La musique de piano de Haydn est saine, divertissante, souvent lunatique et débordante de personnalité. Elle comprend aussi des moments et même des mouvements complets d’une grande profondeur, mais de façon générale, comme c’est le cas chez Mozart, les émotions plus profondes, déchirantes et pénétrantes du compositeur sont révélées de façon beaucoup plus limpide dans ses messes, ses opéras, ses symphonies et ses quatuors à cordes.

© Anton Kuerti
Traduction : Lucie Renaud

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AN 2 9927-8
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