fbpx
AN 2 9913

Strauss: Lieder

Compositeurs
Date de sortie 19 septembre 2006
Numéro de l'album AN 2 9913
Periodes Romantique
Genres Récit vocal

Informations sur l'album

Richard Strauss vint au monde en 1864, un an avant la création du Tristan et Isolde de Richard Wagner, et fut actif jusqu’à sa mort à 85 ans en 1949, un an après la création du Soleil des eaux de Pierre Boulez. Il s’est donc trouvé à traverser une longue époque de bouleversements, tant sociaux qu’artistiques. Il fut le témoin des deux guerres mondiales et, en musique, de la remise en question radicale de la tradition tonale par le triumvirat de Schoenberg, Berg et Webern. Strauss résista au désenchantement en développant, dans des poèmes symphoniques et des opéras monumentaux, un style d’une volupté lyrique et d’une luxuriance orchestrale qui en fit le dernier des grands romantiques.

Mais en marge des grandes fresques, Richard Strauss cultiva toute sa vie le lied. Sa toute première œuvre, Weihnachtslied, composée à l’âge de 6 ans, et sa toute dernière, Malvern, près de 80 ans plus tard, sont toutes deux des lieder pour voix et piano. Entre les deux, un corpus substantiel de quelque deux cents mélodies du même genre peut être divisé en trois époques.

Avant d’atteindre la vingtaine, Strauss en avait déjà achevé une quarantaine. Outrepassant à peine les balises esthétiques délimitées par son père, musicien et mentor qui ne jurait que par les classiques, tout au plus les premiers romantiques comme Schubert ou Mendelssohn, l’influence d’un Brahms y est tout de même perceptible. Mais lorsque, au début des années 1880, le fils découvre en Wagner son véritable père spirituel, une profonde métamorphose se produit. Comme le papillon se libérant de sa chrysalide, l’irrésistible style mélodique qui allait faire la renommée de Strauss prend son envol en des arabesques d’une sinuosité enivrante, déployant ses ailes sur des harmonies questionnant sans cesse les possibilités expressives du langage tonal. Datant de 1883, Rote Rosen témoigne de la fin de cette première époque.

En parallèle avec la série des grands poèmes symphoniques qui commence en 1885 par Aus Italian, Strauss sèmera en deux décennies une centaine d’autres mélodies, la plupart publiées en une vingtaine de recueils dont le premier fut l’opus 10, huit poèmes tirés des Letzte Blätter d’un certain von Glim. On a souvent reproché au musicien de ne pas choisir les meilleurs poètes.  » Un poème de Goethe n’a pas besoin de musique « , devait-il répliquer.  » Justement, dans le cas de Goethe, la musique affaiblit et affadit le mot.  » Des œuvres considérées comme mineures, mais non sans charmes, lui semblaient au contraire appeler une musique qui puisse les magnifier. Dans les quatre poèmes de l’opus 22, Felix Dahn, un historien et universitaire de renom qui publia en marge de ses grands travaux d’érudits une vingtaine de recueils de poésies, fait l’éloge de quatre jeune filles en multipliant, avec un sentimentalisme assumé, les métaphores florales. Strauss aura peut-être reconnu dans ce petit cycle intitulé Mädchenblumen un écho des mythiques  » filles-fleurs  » du Parsifal de Wagner.

Mais cette prédilection pour les œuvres mineures ne devait pas empêcher Strauss de s’attaquer à l’occasion à des poètes classiques comme Klopstock (opus 36, n°1) et Bürger (opus 43 n°2) ou, à l’instar de son ami Gustav Mahler, aux comptines populaires du célèbre recueil Das Knaben Wunderhorn (Le cor magique de l’enfant) (opus 36, n°2 et n°3). Il s’intéressait aussi à ses contemporains et, parmi eux, l’auteur du Wiegenlied (opus 41, n°1), Richard Dehmel, est aujourd’hui considéré comme un important précurseur de l’Expressionisme. C’est d’ailleurs en paraphrasant l’un de ses poèmes majeurs que Schoenberg donna en 1899 à ce courant esthétique l’un de ses chefs-d’œuvre musicaux, La nuit transfigurée.

Après le succès de Salomé en 1905, Strauss devait consacrer le meilleur de ses énergies à l’opéra. De plus, il se brouille en 1906 avec l’éditeur de ses lieder. Ces deux événements vont concourir à le tenir éloigné du genre pendant une douzaine d’années.

Lorsqu’en 1918 il revient au lied, c’est avec une toute autre expérience du texte, celle que donne l’expérience de la scène lyrique, la fréquentation de littérateurs de premier plan comme son librettiste Hoffmansthal, qui l’amènent à questionner en profondeur les motivations avouées ou secrètes des personnages dont il avait à mettre en musique les paroles et les gestes. Dans les trois décennies qui vont suivre jusqu’à sa mort, Strauss donnera au lied une autre cinquantaine de joyaux, sur des textes de poètes plus substantiels, en commençant par Goethe, mais aussi von Arnim (opus 69) et Brentano (opus 68). Il osera même toucher à Shakespeare en proposant sa version des célèbres ballades que chante Ophélie lorsqu’elle sombre dans la folie après avoir été rudoyée par Hamlet et appris qu’il a de plus tué son père (opus 67, n°1, n°2 et n°3).

En plus des quelque 200 lieder pour voix et piano, Richard Strauss en a laissé une soixantaine avec de somptueux accompagnements orchestraux, en partie œuvres originales, en partie arrangements de ses mélodies avec piano. C’est ainsi que, jusqu’au milieu du 20e siècle, il mena le genre popularisé par Schubert à un magnifique chant du cygne.

© Guy Marchand

Lire la suite

À propos

AN 6 1028
AN 6 1028
AN 6 1028

Start typing and press Enter to search