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FL 2 3093

J.S. Bach: Inventions & Sinfonias, Fugue sur un thème d'Albinoni

Interprètes
Date de sortie 21 septembre 1999
Numéro de l'album FL 2 3093
Periodes Baroque
Genres Piano et autres claviers

Informations sur l'album

Jean-Sébastien Bach rédigea en 1720 à Cöthen — il avait donc alors 35 ans et était déjà depuis plusieurs années en pleine possession de son immense métier de compositeur — un Clavierbüchlein, ou « Petit Livre de Clavier », pour l’éducation de son fils aîné Wilhelm Friedemann, alors âgé de 10 ans. Notons ici qu’il avait déjà composé quelques années plus tôt 45 Chorals d’une collection à laquelle il donna l’appellation de Orgelbüchlein, ou « Petit Livre d’Orgue ». La deuxième partie de ce Clavierbüchlein est constituée de quinze pièces brèves appelées Preambula et de quatorze autres, également assez brèves, portant l’appellation de Fantasias. Ce sont là les mêmes œuvres qu’on retrouve dans un manuscrit autographe daté par Bach en 1623, complété par une quinzième pièce qui manquait dans le Clavierbüchlein, avec des appellations modifiées pour Inventions et Sinfonias. C’est là le cycle complet de ce qu’on appelle communément aujourd’hui les Inventions à 2 et à 3 voix. Cet autographe porte de la main de Bach un titre élaboré qu’il vaut certes la peine de citer ici complètement: « Guide honnête qui exposera à ceux qui aiment le clavier, et particulièrement à ceux qui désirent s’instruire, une méthode simple pour jouer clairement à deux voix, mais aussi, à mesure qu’ils progressent pour exécuter proprement et de belle manière trois parties obligées; en même temps, ce guide leur apprendra à trouver de bons thèmes [c.à.d. Inventions], à les élaborer convenablement, et surtout à jouer dans un style chantant [« Cantabile » est le terme utilisé par Bach] et ainsi obtenir un solide avant-goût de l’art de la composition. » Donc, Bach veut proposer ici à la fois des études d’exécution et des modèles de composition, deux facettes indissociables pour lui du métier de musicien. Mais il ne faudrait pas que cette intention didactique explicite nous fasse considérer ces œuvres, de même que les 45 Chorals pour orgue, ou les 48 Préludes et Fugues du Clavier bien tempéré, ou à la fin de sa vie, les Contrepoints de l’Art de la Fugue, comme des compositions scolaires, abstraites ou académiques; au contraire, pour l’auteur, cette intention pédagogique lui imposait encore davantage l’obligation d’une perfection plus absolue, l’exigence d’une beauté encore plus haute. On peut et l’on doit se demander quels conseils Bach aurait donnés aux interprètes de ses œuvres. Eh bien, on trouve ici dans ces quelques lignes introductives de Bach deux mots clefs pour nous guider: clairement (ou proprement: « reine » dans l’allemand d’origine) et chantant (ou Cantabile), autrement dit, jouer le texte avec la plus grande fidélité, transparence, lisibilité, et d’une façon chantante, c.à.d. avec expression, sensibilité et émotion. On ne saurait exagérer l’importance, la science, la richesse d’invention thématique et contrapuntique, l’art et la variété extrême de ces courtes pièces. Comme l’écrit Karl Geiringer dans son beau livre « Johann Sebastian Bach: the Culmination of an Era », publié en 1966, puis en français en 1970 aux Éditions du Seuil, et auquel je renvoie les mélomanes pour une analyse et une description excellentes de ces Inventions: « Aucun compositeur avant lui n’avait empli des œuvres de clavier si courtes d’un contenu si important »; et « Quand nous considérons les Sinfonias comme un tout, nous voyons de nouveau la variété frappante dans l’expression et la structure des différents morceaux. En chacun semblent s’ouvrir de nouvelles perspectives d’art. » En autant que je sache, les Inventions n’ont jamais été enregistrées sur disque à l’orgue; moi-même n’avais pas pensé initialement les intégrer au présent projet d’enregistrement. Les raisons pour lesquelles j’ai finalement décidé de les y inclure — clarté et lisibilité de la polyphonie et de l’écriture contrapuntique; meilleure perception fréquente des dissonances, en particulier dans le cas des retards harmoniques; variété des couleurs permettant par la registration une individuation et une caractérisation plus grandes de chaque pièce; et enfin, l’occasion d’en renouveler l’écoute et de leur conférer une fraîcheur nouvelle — ne valent certes pas moins pour cette collection que pour les autres œuvres pour clavier déjà ajoutées à cette Intégrale des œuvres d’orgue (Clavier bien tempéré, Art de la Fugue, et Variations Goldberg). Et puis, j’y ai vu une belle occasion de donner de l’orgue une image qui s’éloigne notablement de celle de l’instrument qui subjugue l’auditeur par sa puissance, par ses basses qui fassent vibrer les murs, et par ses mixtures et anches qui produisent certes des masses de son brillantes et impressionnantes, mais pas toujours très transparentes. On trouvera ici, du moins c’est ce que j’ai recherché, un caractère de musique de chambre, d’intimité même, et aussi le raffinement et la délicatesse des couleurs et du toucher pouvant rivaliser avec ces qualités d’un beau clavecin. Et j’ai cherché surtout à démontrer avec ces sublimes miniatures la capacité de l’orgue de l’articulation et des inflexions agogiques et rythmiques. L’espace disponible sur ce disque me permettrait d’ajouter une autre œuvre pour clavier, la Fugue sur un thème d’Albinoni BWV 951, composée sans doute à Weimar autour de 1710, qui convient aussi admirablement à l’orgue, et qui possède du reste une atmosphère et une écriture très semblables à deux autres fugues, celles-ci explicitement pour orgue, également sur des thèmes de compositeurs italiens: la Fugue sur un thème de Legrenzi BWV 574, et celle sur un thème de Corelli BWV 579 dans ce même ton de si mineur qui inspira à Bach tant de grandes œuvres: la Sonate pour flûte BWV 1030, le grand Prélude et Fugue BWV 5, la Partita BWV 831, et bien sur, la Messe en si. Bach appréciait sans doute particulièrement ce beau thème expressif, qui inclut un tétracorde chromatique descendant, et la composition qu’il en avait tirée, puisqu’il reprit celle-ci dans une seconde version beaucoup plus élaborée qui, pour citer de nouveau Geiringer, « épuise les possibilités contrapuntiques du thème bien au-delà des intentions de l’auteur original, pleine d’une émotion intense, bien éloignée de la sérénité de la musique d’Albinoni ».

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FL 2 3096
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