fbpx
FL 2 3002-3

J.S. Bach: Le petit livre d'orgue

Interprètes
Date de sortie 14 août 1995
Numéro de l'album FL 2 3002-3
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Orgelbüchlein, c’est-à-dire Petit Livre d’Orgue, voilà le titre que Jean-Sébastien Bach donna lui-même à une collection de chorals pour orgue devant illustrer le texte et la mélodie de 164 cantiques luthériens pour toute l’année liturgique; en fait, pris par d’autres tâches urgentes, Bach n’en compléta que 45 (si le catalogue Smieder et certaines éditions donnent le chiffre 46, c’est qu’ils comptent pour deux pièces deux versions très peu différentes du même choral, le no. 35).

Dans le manuscrit autographe de l’œuvre, conservé à la Bibliothèque de Berlin, ce titre est suivi des lignes suivantes, de la main de Bach: « … dans lequel l’organiste débutant est initié à toutes les manières d’exécuter un choral, et aussi à l’étude de la pédale, du fait que, dans les chorals qui s’y trouvent, la partie de pédale est entièrement obligée. Pour la seule gloire du Très-Haut, pour l’instruction du prochain ».

Notons ici que, à l’époque de Bach, un organiste débutant jouait déjà très bien du clavecin et était sérieusement initié à l’harmonie et à l’écriture musicale… Ce recueil, de même que les Inventions ou le Clavier bien tempéré, avait donc une fonction pédagogique double: fournir des modèles de composition, et, en même temps, des études de technique instrumentale. Ajoutons que, dans l’esprit de Bach, cette intention pédagogique, loin de diminuer le caractère esthétique des œuvres, lui impose au contraire de leur conférer une perfection encore plus haute.

À la suite de ce titre élaboré, Bach signe son nom en y ajoutant (en latin!) la mention « Maître de Chapelle du Prince d’Anhalt-Cöthen ». Ceci semble impliquer que ces chorals auraient été composés entre 1717 et 1723. Or, les recherches musicologiques récentes les plus autorisées démontrent que la majorité d’entre-eux — car au moins le no. 15 daterait d’environ 1740, ce qui prouve que Bach conservait un vif intérêt pour cette collection, et considérait même de la compléter — ont été écrits à Weimar autour de 1714, c’est-à-dire pendant la période la plus fertile de ses compositions pour orgue, au début de sa jeune et déjà entière maturité.

La plupart de ces pièces sont très brèves (entre une ou deux minutes en général), mais sont néanmoins d’une densité, d’une variété et d’une richesse d’expression extraordinaires; et elles illustrent à merveille la justesse de la remarque souvent faite que c’est la marque des plus grands compositeurs de pouvoir créer tout un univers dans une seule page. Albert Schweitzer a été le premier à l’épo-que moderne, dans son beau livre « Jean-Sébastien Bach, le musicien-poète » (1905), à attirer l’attention sur l’importance et la richesse de cette collection qui, selon lui, constitue un véritable dictionnaire du langage symbolique de Bach.

Qu’il me suffise d’en donner ici quelques exemples. Ce symbolisme peut d’abord être simplement d’ordre descriptif, comme dans le no. 9, où les gammes ascendantes et descendantes dépeignent le mouvement des anges entre ciel et terre; ou comme dans le no. 38, où les intervalles descendants de septième diminuée illustrent la chute d’Adam. Mais il est plus souvent d’un ordre plus spirituel, traduisant par exemple la joie par une formule rythmique (une croche suivie de deux double-croches comme dans les nos. 7 et 18), ou la nostalgie et la souffrance par le chromatisme (nos. 16 et 22).

Ce symbolisme a fréquemment des implications théologiques très nettes, telles les figures des-cendantes, surtout à la basse, de nombreux chorals pour le temps de Noël (nos. 1, 4, 5, 6 ou 13), indiquant que Dieu même descend sur terre en prenant la nature humaine. Ajoutons enfin sur ce sujet que même un procédé d’écriture ausi technique que le canon prend ici valeur de symbole, illustrant parfois littéralement des mots comme « entraîne-moi vers toi » du no. 10, ou encore « que nos cœurs soient attirés vers toi » du no. 35; ou, plus souvent, traduisant l’idée de filiation (no. 2) ou d’obligation et de soumission à la volonté du Père, comme dans plusieurs chorals de la Passion (nos. 20, 21 et 22).

Mais avant tout, ces 45 chorals de l’Orgelbüchlein sont autant de poèmes, chargés d’émotion et de lyrisme, en particulier, bien sûr, les trois admirables chorals ornés, les nos. 16, 43 et 24; de ce dernier, « Homme, pleure tes lourds péchés », l’organiste-compositeur Charles-Marie Widor disait que c’était « peut-être la plus belle pièce instrumentale jamais écrite… ». Ainsi, de même que les 14 lignes d’un sonnet peuvent être des sommets de poésie chez Ronsard, Shakespeare ou Mallarmé, les quelques lignes de beaucoup de ces pièces se situent au plus haut sommet de l’expression musicale.

Depuis plus de 40 ans, j’ai vécu dans la familiarité et l’intimité de ces 45 chorals, les étudiant, les enseignant, et, bien sûr, les interprétant moi-même; et je peux dire qu’au cours de ces années, leur pouvoir d’évocation et d’émotion n’a cessé de croître pour moi. Ayant leur source dans le cœur même de Bach, et passant par celui de l’interprète, puissent-ils rejoindre le cœur des auditeurs. En tous cas, je les invite fraternellement à partager avec moi la joie et l’enrichissement que ces chorals m’ont apporté au cours de ma vie. Comme la durée possible de ces deux disques le permettait, j’ai pensé à encadrer les 45 chorals par deux des grandes œuvres libres de Bach.

D’abord, le Prélude et Fugue en do majeur, BWV 547, sans doute écrit à Leipzig assez tardivement, et qui prélude idéalement aux Chorals du Cycle de Noël par son association évidente à la fête de la Nativité; motifs rythmiques, carillon de la pédale, parenté avec le motif initial de la Cantate pour l’Épiphanie BWV 65, pour ce qui est du Prélude, et similitude avec le Choral « Gloire à Dieu seul au plus haut des cieux » du thème de la Fugue, dont l’entrée par augmentation de la cinquième voix à la pédale vers la fin de l’œuvre faisait l’admiration de Richard Wagner, auquel ce Prélude et Fugue aurait inspiré l’Ouverture des Maîtres-Chanteurs. Et puis, pour terminer, la grande et très justement célèbre Passacaille en do mineur, BWV 582, sans doute à peu près contemporaine de l’Orgelbüchlein, et dont les 20 variations sont couronnées par une superbe fugue à deux contre-sujets qui s’enchaîne comme une dernière et 21ème variation agrandie et magnifiée.

© Bernard Lagacé, Montréal, ce 7 septembre 1993

Lire la suite

À propos

FL 2 3068
FL 2 3068

Start typing and press Enter to search