fbpx
FL 2 3112-3

J.S. Bach: Les Chorals de Leipzig et autres oeuvres de maturité

Interprètes
Date de sortie 09 mars 1998
Numéro de l'album FL 2 3112-3
Periodes Baroque

Informations sur l'album

« Tu m’as affirmé toi-même que si la vie devait t’ôter la foi et l’espérance, ce choral à lui seul te les rendrait »
[Schumann à Mendelssohn après une exécution par celui-ci du choral BWV 654 à l’orgue de Saint-Thomas de Leipzig en 1840]

Un des manuscrits les plus précieux qui nous soient parvenus de la musique d’orgue de Bach se présente sous la forme d’un volume (identifié comme P 271) dont les composantes n’ont peut-être pas été reliées au même moment. Ce manus-crit contient, dans l’ordre, les sonates pour orgue, quinze chorals pour orgue, BWV 651-665 (tous de la main de Bach, ou autographes), deux chorals, BWV 666-667 copiés par J.C. Altnikol (élève de Bach), une version autographe des Variations canoniques, BWV 769a, et pour terminer, un choral, BWV 668 tronqué à la mesure 26, d’une main inconnue. Les dix-neuf dernières pièces furent consignées sur papier à Leipzig durant les dernières années de la vie du Cantor, vraisemblablement entre 1744 et 1748 ou plus tard encore.

On a longtemps considéré comme faisant partie du recueil dit des Chorals de Leipzig, les dix-huit chorals pour orgue de ce manuscrit, qui, par ailleurs, existent tous dans des versions antérieures non autographes datant de l’époque de Weimar (vers 1710-1714). Pourtant, seuls les dix-sept premiers constituent un véritable recueil, puisqu’ils se présentent de façon consécutive dans le manuscrit. De plus, selon Bernard Lagacé, le premier et le dernier chorals semblent encadrer les autres, étant tous deux des invocations à l’Esprit Saint marquées « in organo pleno », et comportant à la fin la signature musicale B-A-C-H (si bémol, la, do, si bécarre). Aussi, dans le manuscrit P 271, le choral BWV 668 Vor deinen Thron tret’ ich [Devant ton Trône je vais paraître] est incomplet.

Ce choral est le même que celui, complet, imprimé à la fin de la première édition de l’Art de la fugue, et qui aurait été dicté « à un ami » par un Bach mourant et aveugle, selon la préface de l’édition (Dans cette Intégrale, on trouvera ce choral à la suite de l’Art de la fugue.

L’intérêt du recueil réside principalement, outre la beauté et la profondeur de la musique, dans sa grande variété de formes. Sans être pour autant innovateurs à cet égard, ces chorals n’en représentent pas moins chez Bach une manière achevée et personnelle. On y retrouve, entre autres, des chorals paraphrasés dont chaque ligne est issue du thème (BWV 651, 655, 656, 657, 664, 665), des chorals ornés avec le thème au soprano ou au ténor (BWV 653, 654, 659, 660, 662, 663), des fantaisies avec le thème à la basse (BWV 651, 661) et des trios (BWV 655, 664).

Il peut sembler étonnant que Bach, à la fin de sa vie, se soit tant occupé à retravailler et à réviser des œuvres plus anciennes, comme il le fit avec les Chorals de Leipzig, ou à explorer en profondeur la science archaïque du contrepoint, dans l’Offrande musicale et l’Art de la Fugue par exemple. Dans les deux cas, il traitait des techniques d’écriture déjà anciennes. Peut-être Bach a-t-il voulu en bon péda-gogue, fournir à la génération montante un vaste répertoire des genres qui firent la grandeur d’une époque désormais révolue.

© Jacques-André Houle

______________________________________

À cette excellente introduction au merveilleux recueil des Chorals de Leipzig, j’aimerais simplement ajouter une hypothèse personnelle selon laquelle, si Bach, déjà malade et presque aveugle, se donna la peine de réviser et de recopier lui-même ces grands chorals déjà anciens (plus de trente ans séparent leur composition de cette révision), alors même qu’il s’efforçait de terminer la composition de l’Art de la fugue et d’en préparer l’édition, c’est sans doute qu’il les admirait assez pour souhaiter les léguer à la postérité sous une forme la plus parfaite possible, et il est très vraisemblable même qu’il ait eu l’intention de les faire publier. Cette collection serait donc devenue la cinquième partie des Exercices pour clavier (Clavierübung), dont l’Art de la fugue aurait alors constitué la sixième et dernière partie, correspondant ainsi aux six jours de la Création… Bach, émule du Dieu Créateur…

Deux chorals et deux grands préludes et fugues viennent compléter cet album. D’abord, une autre version (provenant de la Collection Kirnberger), ornée celle-là, du cinquième choral de Leipzig en Trio, qui ressemble aux Chorals de l’Orgelbüchlein et ne serait pas indigne de cette collection. Puis, la version à cinq voix et double pédale du troisième choral de Leipzig, et où la mélodie, à peine ornée cette fois, se trouve au Soprano plutôt qu’au Ténor; autrement, cette version, très probablement antérieure à celle du recueil de Leipzig, en est très proche par son harmonie et par le mouvement mélodique et contrapuntique des voix, et l’on peut certes ne pas la trouver moins émouvante. Enfin, les Préludes et fugues en si et en mi mineurs BWV 544 et 548 comptent parmi les plus grandes œuvres de Bach. L’un et l’autre datent sans doute de la période de Leipzig, probablement autour de 1730, et démontrent une capacité d’invention de même qu’une richesse et une variété d’écriture vraiment extraordinaires. D’allure quasi symphonique et hautement « baroque », ils dégagent tous deux une énergie inépuisable, un caractère très dramatique, et une atmosphère de grandeur.

© Bernard Lagacé

Lire la suite

À propos

FL 2 3093
FL 2 3093

Start typing and press Enter to search