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AN 2 9964

Chopin

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 03 mars 2009
Numéro de l'album AN 2 9964

Informations sur l'album

André Laplante, grand magicien du piano, utilise toute sa science pour nous faire redécouvrir Chopin, le grand compositeur romantique. André Laplante interprète ici des œuvres majeures du répertoire pour piano, dont la Sonate no 2 en si bémol mineur op. 35 et la Fantaisie en fa mineur op. 49.

Chopin, pianiste et poète

Pour Chopin, la musique demeure essentiellement un langage, capable de tout exprimer : pensées, sentiments, sensations.  » La parole indéfinie (indéterminée) de l’homme, c’est le son « , explique-t-il d’ailleurs dans son projet de méthode pour pianistes.  » Le génie de Chopin est le plus profond et le plus plein de sentiments et d’émotions qui ait existé. Il a fait parler à un seul instrument la langue de l’infini; il a pu souvent résumer en dix lignes qu’un enfant pourrait jouer, des poèmes d’une élévation immense, des drames d’une énergie sans égale. Il n’a jamais eu besoin de grands moyens matériels pour donner le mot de son génie « , raconte George Sand, l’amour le plus marquant du compositeur, dans Histoire de ma vie.

Le chantre du piano

Dans un geste sublimé d’une apparente simplicité, mais qui confond par la profondeur des sentiments qu’il suscite, Chopin emboîte phrases, périodes, incises, respirations, accentuations, articulations.  » Il n’est pas seulement virtuose, il est aussi poète, il peut nous donner la perception de la poésie qui vit dans son âme, il est compositeur, et rien ne ressemble à la jouissance qu’il nous procure quand il s’assied au piano et qu’il improvise. Il n’est ni polonais, ni français, ni allemand ; il descend du pays de Mozart, de Raphaël, de Goethe : sa vraie patrie est le royaume enchanté de la poésie « , écrit le poète Heinrich Heine.  » Il épanche son âme dans ses compositions comme d’autres l’épanchent dans la prière : y versant toutes ces effusions du cœur, ces tristesses inexprimées, ces regrets indicibles, que les âmes pieuses versent dans leurs entretiens avec Dieu. Il dit dans ses œuvres ce qu’elles ne disent qu’à genoux : ces mystères de passion et de douleur qu’il a été permis à l’homme de comprendre sans paroles, parce qu’il ne lui a pas été donné de les exprimer en paroles « , évoque quant à lui Franz Liszt dans l’ouvrage consacré à son ami.

Cette poésie s’intègre avec naturel au jeu de Chopin. Le piano perd tout statut d’instrument de percussion pour devenir pure cantilène.  » Sous ses doigts, chaque phrase musicale sonnait comme du chant, et avec une clarté telle que chaque note prenait la signification d’une syllabe, chaque mesure celle d’un mot, chaque phrase celle d’une pensée. C’était une déclamation exempte de tout pathos mais à la fois simple et noble « , précisent ses élèves Mikuli et Koczalski.

Nocturnes, Mazurkas : La nostalgie de la patrie

 » J’ai le pressentiment que si je quitte Varsovie, je ne reverrai plus jamais ma maison. Je m’imagine que je pars pour mourir. Ah! Quelle tristesse ce doit être de ne pas mourir où l’on a toujours vécu (…) L’homme est rarement heureux. S’il ne lui est destiné que de courtes heures de félicité, pourquoi renoncerait-il à ses illusions qui sont, elles aussi, fugitives ?  » Ces quelques phrases, tirées d’une lettre de Chopin à son ami Titus Woyciechowski, datée du 4 septembre 1830, moins de deux mois avant son exil, contiennent l’essence même de la nostalgie qui le hantera tout au long de sa vie créatrice. Telle cette coupe d’argent remplie de sa terre natale qui suivra Chopin jusqu’au tombeau, cette douleur furtive se niche au cœur de nombre de ses œuvres, que ce soit son Nocturne opus 15 no 1, son Nocturne opus posthume en do dièse mineur ou ses Mazurkas, authentique journal intime. Con anima, avec âme, comme Chopin l’exprime à plusieurs reprises dans ces pages, elles nous ouvrent à son intimité. En quelques mesures esquissées à peine, l’émotion nous saisit, de la joie la plus exubérante à la tristesse la plus dense, de l’hier rêvé à l’aujourd’hui douloureux.

Composé en 1846, l’opus 63 comprend les trois dernières mazurkas publiées du vivant de Chopin. Il semble faire fi de sa santé devenue chancelante et y insuffle une vitalité et une fraîcheur presque juvéniles. Réalise-t-il qu’il doit jeter un ultime regard vers l’arrière? On pourrait le croire, la dernière de la série pouvant être considérée l’épitome de sa vie créatrice.  » L’ombre du souvenir danse ici avec l’ombre du regret, au son d’une lointaine mélodie. Et le rythme heureux des enchaînements du passé, le voile d’indécise mélancolie, devient symbole immatériel, émanation, fumée. Et dans l’effleurement des sonorités adoucies, semble passer, fugitive et mystérieuse, la frêle image du bonheur évanoui « , résume à merveille Alfred Cortot.

Accepter la finitude de la vie

Émotif, passionné, l’essence même de l’artiste romantique, Chopin doit aimer pour comprendre, ressentir pour agir. Sa vulnérabilité latente le pousse à se questionner continuellement, à apprivoiser la brièveté de la vie terrestre. En transcendant ses interrogations, Chopin repousse les limites des genres musicaux qu’il aborde.

Fantaisie en fa mineur op. 49

La Fantaisie en fa mineur op. 49, composée en 1841, prolonge à plusieurs niveaux l’atmosphère de la Sonate en si bémol mineur op. 35. Dans ces pages magnifiques et graves pour piano, Chopin expérimente tant avec les tonalités que les atmosphères, qui passent du solennel du motif d’ouverture à l’exaltation du passage agitato, au thème raffiné qui semble fragment d’un duo opératique ou à l’épisode central en si majeur, presque mystique.

Sonate no 2 en si bémol mineur op. 35

La Sonate en si bémol mineur op. 35, terminée en 1839, déconcertera ses contemporains à plusieurs égards. Schumann y voit un assemblage improbable de quatre des  » plus extravagants enfants  » de Chopin alors que le presto halluciné soulève la réprobation de Mendelssohn. Quand on s’y attarde pourtant, le déroulement de la pensée musicale se révèle d’une implacable logique, les quatre mouvements étant tirés d’une même trame expressive. Le dernier se veut prolongement direct de la marche qui le précède tandis que l’énergie brute du scherzo, sur un rythme de mazurka, chargé de chromatismes, découle de la furie du premier. L’angoisse, le tourment, la douleur, y sont à peine balayés par une section centrale d’une luminosité éthérée, presque bellinienne. La célèbre marche funèbre, pierre angulaire de la sonate, jouée pour la première fois devant public aux obsèques de Chopin en 1849, mérite d’être écoutée avec des oreilles vierges.  » Cette mélopée si funèbre et si lamentable est néanmoins d’une si pénétrante douceur, qu’elle semble ne plus venir de cette terre, évoque Liszt. Ces sons qu’on dirait attiédis par la distance, imposent un suprême recueillement, comme s’ils étaient chantés par les anges eux-mêmes et flottaient déjà dans le ciel, aux alentours du trône divin. « 

© Lucie Renaud

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AN 6 1037
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