fbpx
AN 2 9282

César Franck, Guillaume Lekeu - Sonates; André Mathieu - Ballade-Fantaisie

Date de sortie 10 mars 2009
Numéro de l'album AN 2 9282

Informations sur l'album

Les Sonates pour piano et violon de César Franck et de Guillaume Lekeu : deux sommets de la musique de chambre, défendus ici par deux frères, David Lefèvre et Alain Lefèvre qui, dans l’intimité d’un studio d’enregistrement, se retrouvent, soudés par une même soif inextinguible de la musique. Post-scriptum idéal à ce programme, la Ballade-Fantaisie de André Mathieu est enregistré ici en première mondiale.

César Franck : Sonate en la majeur pour piano et violon

 » La musique de Franck est le démenti au statique. Rythmique, elle l’est comme le sang qui coule dans les artères, c’est-à-dire d’une vie naturelle, assujettie aux pulsations même du cœur.  »
?Maurice Kunel, César Franck, l’homme et son œuvre

La Sonate pour piano et violon de César Franck a été écrite en 1886, par un compositeur de 64 ans, au zénith de son inspiration, pour être déposée dans la corbeille de mariage du violoniste Eugène Ysaÿe. Le pianiste Alfred Cortot raconte :  » J’ai su par Ysaÿe lui-même, avec quelle hâte fiévreuse, avec quel enthousiasme émerveillé avait été déchiffré le manuscrit dont l’encre était encore toute fraîche… Il est émouvant de se figurer le jeune artiste passant fébrilement du violon au piano, questionnant d’une attention passionnée les secrets de ces pages dont les sublimes émanations semblaient peupler d’une vie miraculeuse et quasi prophétique un logis presque vierge de meubles, mais déjà tout empli de l’attente de la gloire.  » Dédicataire de la partition, Ysaÿe en assurera la création le 16 décembre de cette même année à Bruxelles.

Le premier mouvement, allegretto ben moderato, une douce rêverie, exige poésie et mystère. Le piano propose une introduction tendre, à laquelle le violon répond avec chaleur. Tout d’abord simple ligne à peine esquissée, presque aérienne, la mélodie se fait de plus en plus dense au fil des reprises, jusqu’à devenir un chant poignant et luxuriant. Le deuxième thème, particulièrement expressif, est dédié au piano. Un foisonnement d’arpèges soutient cette ardeur romantique avant que le violon n’énonce de nouveau le matériel du premier thème, avec sobriété et subtilité.

Le piano ouvre la danse une fois encore dans l’allegro qui suit, tumultueux et profondément rhapsodique. Le violon se glisse dans les flots turbulents de cet océan sonore, résistant à la déferlante d’accords brisés du piano. La tempête s’apaise quelques instants avant que le premier thème rageur ne reprenne ses droits, de façon moins dramatique toutefois, se dissolvant une nouvelle fois dans une fausse douceur rehaussée d’expectative qui se jette enfin dans le tourbillon.

Le mouvement lent, presque improvisé, est empreint d’une beauté douloureuse. Fil fragile tendu entre rêve et réalité, dialogue entre deux êtres qui se sont promis l’un à l’autre, moment de répit doublé d’une nostalgie de plus en plus présente,  » le ciel et l’enfer selon César Franck  » dixit Alain Lefèvre, ce mouvement fait la part belle au violon. Celui-ci ponctue son discours de trilles fébriles, d’arabesques délicatement ébauchées et de phrases suspendues, obligeamment soutenues par la rondeur du piano.

Le mouvement final exulte la confiance en la vie, à travers un énoncé du motif initial lumineux, mais teinté d’une ferveur contenue. Franck présente ensuite le thème en un geste fugué, repris quatre fois, le piano assumant une fois de plus le rôle de guide, le violon récupérant la même mélodie peu après. Entre ces passages, le motif initial est repris de façon toujours plus insistante, le violon s’élevant de plus en plus urgemment au-dessus du piano qui s’emporte.

Guillaume Lekeu : Sonate en sol majeur pour piano et violon

 » Je me tue à mettre dans ma musique toute mon âme.  »
?Guillaume Lekeu

Guillaume Lekeu était perçu comme l’un des plus grands espoirs de la musique belge avant d’être emporté par la fièvre typhoïde à l’âge de 24 ans en 1894. Compositeur largement autodidacte, il s’est d’abord imprégné des pages de Beethoven et de Wagner. (Les derniers quatuors du premier lui serviront de lecture de chevet et il s’évanouira après avoir entendu le Prélude de Tristan und Isolde à Bayreuth du second.) En 1888, Lekeu s’établit à Paris où il étudie avec César Franck dont il devient disciple et ami. Le renommé musicologue belge José Quitin précise toutefois qu’il était  » un compositeur qui, par ses conceptions harmoniques modernes et par la véhémence de son langage musical, aurait probablement dépassé les limites imposées par les doctrines franckistes et évolué parallèlement à Claude Debussy « .

César Franck meurt deux ans plus tard, plongeant Guillaume Lekeu dans une profonde tristesse. En 1891, Lekeu compose son émouvant Adagio pour quatuor d’orchestre, sa Sonate pour piano et sa cantate Andromède, dont il dirige un extrait le 18 février 1892 au Cercle des XX à Bruxelles. Après le concert, Ysaÿe lui commande ce qui allait devenir son œuvre la plus célèbre, la Sonate pour piano et violon (qui sera achevée en septembre). Mélancolique et passionnée, celle-ci fera le tour du monde grâce à Ysaÿe et sera interprétée par les plus grands violonistes du XXe siècle. David Lefèvre s’exprime au sujet de cette œuvre :  » Cette sonate est sans contestation aucune un pur chef-d’œuvre! Je pense qu’elle est un maillon essentiel du répertoire de musique de chambre. Pouvez-vous croire qu’elle est souvent inconnue de bien des violonistes eux-mêmes qui vous regardent étonné lorsque vous dites Guillaume Lekeu? Alain et moi ne voulons pas défendre cette musique. Elle n’a pas besoin de nous pour cela! Nous tenons seulement à la jouer avec tout notre cœur. L’auditeur, sans nul doute sensible à la sincérité des artistes, ne pourra qu’être profondément touché par le souffle lyrique, les phrasés généreux et les envolées passionnées de ces pages écrites par un tout jeune homme de 22 ans ».

La sonate s’ouvre sur une lente introduction dans laquelle le compositeur glisse les thèmes du mouvement. Si les chromatismes utilisés témoignent de l’influence exercée par César Franck et Richard Wagner, Lekeu les développe en un mouvement d’une grande richesse, au style bien personnel, caractérisé par une abondance d’idées mélodiques, une certaine audace harmonique et une liberté d’expression peu commune.

Le deuxième mouvement,  » Très lent « , d’une intensité presque épidermique, plonge l’auditeur dans un univers onirique dans lequel se croisent relents de chants populaires, lyrisme exacerbé et douloureuse intériorité. L’ambiguïté du 7/8 privilégié par Lekeu insuffle un caractère quasi fortuit à cette page sublime.

Conçu d’un seul souffle du début à la fin, le dernier mouvement reprend les principaux thèmes des deux premiers en un torrent d’écriture contrapuntique, chromatique, particulièrement acrobatique.

André Mathieu: Ballade-Fantaisie pour violon et piano

 » La musique, André Mathieu ne l’a pas découverte : il l’avait en lui.  »
?Léo-Pol Morin, 1939

André Mathieu (1929-1968) révèle très tôt un talent exceptionnel pour le piano et la composition, signant des pièces évocatrices dès l’âge de quatre ans et suscitant une surenchère de superlatifs. Le 3 février 1940, André Mathieu fait des débuts new-yorkais louangés. Deux ans plus tard, il remporte le premier prix d’un concours pour jeunes compositeurs organisé par le New York Philharmonic à l’occasion de son centenaire, devançant notamment le jeune Leonard Bernstein. Quand il écrit sa Ballade-Fantaisie pour violon et piano, cette même année, il est donc au faîte de sa trop courte gloire.

© Lucie Renaud

Lire la suite

À propos

Alain Lefèvre
AN 6 1025
AN 6 1025
AN 6 1025

Start typing and press Enter to search