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Mathieu, Chostakovitch, Mendelssohn: Concertino et Concertos

Informations sur l'album

Trois géants dont deux compositeurs particulièrement précoces, associés de leur vivant au légendaire Mozart, se côtoient sur cet enregistrement.

Également, une rencontre de grands interprètes: le pianiste Alain Lefèvre, le violoniste David Lefèvre, le trompettiste Paul Archibald se joignent aux London Mozart Players dirigés par Matthias Bamert. Enregistré à Londres à l’hiver 2009, cet album comblera l’amateur de découvertes avec des oeuvres jamais ou rarement enregistrées.

Si Schumann n’hésitera pas à qualifier Mendelssohn de  » Mozart du XIXe siècle « , Goethe lui-même, qui avait été témoin des interprétations des deux tout jeunes musiciens, confirmait que celui-ci jouait de façon encore plus lumineuse que son prédécesseur.  » Je suis Saül et tu es mon David; quand je suis triste et ennuyé, viens à moi et réconforte-moi par ta musique « , aurait-il déclaré à l’adolescent de 13 ans, après l’avoir entendu improviser sur le sujet d’une fugue de Bach. Un siècle plus tard, on apposera très rapidement ce même sceau au nom d’André Mathieu.  » Je ne sais pas encore si le petit André Mathieu deviendra un plus grand musicien que Mozart, mais j’affirme qu’à son âge, Mozart n’avait rien créé de comparable à ce que nous a exécuté, avec un brio étourdissant, ce miraculeux garçonnet « , écrira Émile Vuillermoz en 1939.

Mathieu: Concertino pour piano no 2, op. 13

Né le 18 février 1929 d’un père compositeur et d’une mère violoniste, le jeune André Mathieu révèle très tôt un talent exceptionnel. En 1936, boursier du gouvernement du Québec, il se rend à Paris pour étudier le piano et la composition. En décembre de la même année, son récital à la salle Chopin-Pleyel soulève l’enthousiasme. Rachmaninov prend le jeune prodige sous son aile et voit en lui son successeur.

La famille Mathieu revient à Montréal pour des vacances, mais la guerre la contraint à demeurer en Amérique. Le 3 février 1940, André fait ses débuts new-yorkais au Town Hall et suscite des critiques dithyrambiques. L’année suivante, il crée à Montréal son Concertino pour piano no 2 pour piano avec l’orchestre des Concerts symphoniques de Montréal (qui deviendra l’OSM). En 1942, il remporte avec l’œuvre le premier prix d’un concours pour jeunes compositeurs organisé par la Philharmonic-Symphonic Society of New York à l’occasion de son centenaire, devançant notamment Leonard Bernstein. Il la jouera lui-même au Carnegie Hall, sous la direction de Rudolf Ganz. Albert Einstein l’entend et est immédiatement séduit par le jeune garçon :  » Il est la plus grande preuve de génie que j’aie jamais rencontrée. « 

Le Concertino pour piano no 2, op. 13 de Mathieu, en trois courts mouvements, comprend une cadence nouvellement découverte à la fin du dernier. La partie de piano a été fidèlement retranscrite par le compositeur et chef d’orchestre Gilles Bellemare, qui y a tout au plus clarifié certaines enharmonies, nuances et articulations. L’orchestration, visiblement d’une autre main, a quant à elle été revue, afin de gommer erreurs d’écriture et faiblesses d’harmonisation.  » Dans le respect de la pensée musicale du compositeur et dans le but d’alléger le tissu orchestral, une attention particulière a été portée afin de préserver un équilibre heureux entre le piano et l’orchestre « , précise Bellemare.

Chostakovitch: Concerto pour piano no 1, op. 35

Si Dmitri Chostakovitch (1906-1975) ne peut être dépeint tel un enfant prodige, il possédait néanmoins des dons remarquables d’interprète.  » Tout compositeur devrait pouvoir jouer ses œuvres lui-même au piano « , affirmait sans ambages celui dont les talents de pianiste avaient été remarqués par le critique de Zhizn Iskusstva (Vie artistique) lors de son récital de sa remise de diplôme en 1923 et qui créa lui-même la plupart de ses œuvres pour l’instrument.

Son Concerto pour piano no 1, op. 35, complété en 1933, quelques semaines à peine après la première version de l’opéra Lady Macbeth du district de Mtsensk, se veut une page délicieusement sardonique, plus proche du subtil esprit de Haydn que du sombre désarroi associé trop souvent à Chostakovitch.  » Quand les auditeurs rient à l’un de mes concerts de musique symphonique, je ne suis pas du tout choqué. En fait, cela me fait plaisir « , écrivait-il dans un magazine soviétique l’année suivante. Pour lui, l’humour sert à la fois d’exutoire et de révélateur, offre un moyen de faire face à l’insupportable. Désinvolte, exubérant, pince-sans-rire, le concerto avait été conçu pour  » combler une lacune dans le répertoire instrumental soviétique  » selon Chostakovitch. Volontairement, le compositeur y privilégie une écriture presque classique et une orchestration minimale : cordes et trompette solo (la partition ayant été pensée pour son ami Alexandre Schmidt, du Philharmonique de Leningrad), qui magnifient le côté excentrique de l’œuvre.

À coups de citations de Haydn, de Beethoven, de chansons populaires, d’accents jazz, le ton oscille entre une exubérance par moments digne du cirque (Allegro moderato), une méditation grave et puissante, parente du deuxième mouvement du Concerto en sol de Ravel (Lento) et la fureur étourdissante, à la limite de l’absurde, du dernier mouvement (Allegro con brio).

Mendelssohn: Concerto pour piano et violon en ré mineur

Petit-fils du philosophe Moses Mendelssohn et fils d’un banquier berlinois prospère, Félix Mendelssohn (1809-1847) grandit dans une maison fréquentée par l’élite intellectuelle de l’époque, tant littéraire, philosophique que musicale. S’y croisent, de façon hebdomadaire, Hegel, Heine, plusieurs musiciens du Philharmonique de Berlin, de jeunes chanteurs prometteurs, Carl Friedrich Zelter, premier maître du prodige, mais aussi Carl Maria von Weber, influence marquante. Mendelssohn écrit avec une fébrilité constante, nourri par ses lectures, les voyages de la famille et ses échanges avec sa sœur Fanny, à qui il confie la moindre esquisse. Elle note dans son journal en 1822 :  » J’ai suivi pas à pas les progrès de son talent, et je puis dire que j’ai toujours été son unique conseillère musicale. Il ne met jamais une pensée sur le papier sans l’avoir soumise à mon approbation, aussi ai-je connu ses opéras avant qu’il en eût écrit une seule note.  » Le 5 décembre de la même année, il paraît pour la première fois en public, alors qu’il accompagne la cantatrice Anna Milder-Hauptmann et joue en soliste son Concerto en la mineur pour piano, à peine complété.

La production de l’année suivante s’avèrera remarquable : six symphonies, un deuxième quatuor avec piano, un Concerto pour violon et cordes en ré mineur, un Concerto en mi majeur pour deux pianos, son opéra Les Deux Neveux et le Concerto en ré mineur pour piano, violon et orchestre à cordes! Mendelssohn connaît bien les subtilités des deux instruments, qu’il fréquente en profondeur. Ceci explique peut-être que, dès qu’il aborde le genre du concerto, il semble atteindre d’emblée la perfection d’une forme rodée par ses aînés. Après un concerto dédié en 1822 au piano, puis quelques mois plus tard au violon, il semble logique que Mendelssohn souhaite unir les forces des deux instruments dans une œuvre de vastes proportions, généreuse, lumineuse, certes influencée par les leçons de virtuosité reçues de Weber et de Hummel – élève de Mozart.

© Lucie Renaud

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À propos

Alain Lefèvre
AN 6 1033
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