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AN 2 9814

Concerto de Québec; Concerto de Varsovie; Concerto en fa

Date de sortie 07 octobre 2003
Numéro de l'album AN 2 9814
Periodes Contemporaine
Genres Piano et autres claviers

Informations sur l'album

Alain Lefèvre et l’Orchestre symphonique de Québec interprètent ici trois concertos pour piano écrits au cours du deuxième quart du vingtième siècle par des compositeurs originaires de trois pays différents : André Mathieu, George Gershwin et Richard Addinsell. Chacun des concertos est lié à une ville différente — Québec, Varsovie ou New York — mais ils se rejoignent tous par leur ferveur romantique, leur attrait auprès du public et leur utilisation comme musique de film.

André Mathieu: Concerto de Québec

«L’incarnation du pur génie pour le Québec et le Canada»: voilà ce qu’Alain Lefèvre pense d’André Mathieu. Ce compositeur et pianiste — un enfant prodige qu’on a déjà appelé «le Mozart québécois» — a été presque totalement oublié, mais l’ambition de Lefèvre est de raviver l’intérêt du public pour Mathieu. La première pièce que j’aie entendue de ce compositeur fut son Prélude romantique », nous raconte Lefèvre. «J’avais quinze ans à l’époque et je fus bouleversé par sa beauté. Mathieu est devenu ma passion depuis. Je trouve presque scandaleux qu’il demeure inconnu.»

Né à Montréal, André Mathieu (1929-1968), comme Mozart, a reçu ses premières leçons de son père et composait déjà de petites pièces à l’âge de quatre ans. Comme Mozart aussi, il émerveillait des publics de partout avec ses prouesses au piano dès l’âge le plus tendre: à l’hôtel Ritz-Carlton de Montréal à six ans ; sur les ondes de Radio-Canada jouant son Concertino n° 1 avec orchestre à sept ans ; à Paris plus tard la même année ; puis à l’hôtel de ville de New York à dix ans. Après un autre récital à Paris à l’âge de dix ans, le critique Émile Vuillermoz a écrit: «Si le mot génie a un sens, c’est ici que nous pourrons le déchiffrer.» Rachmaninov le déclare pour sa part «un génie, à plus juste titre que moi». Et pourtant, le destin n’a pas fait de cadeau à André Mathieu.

André Mathieu avait entrepris des études en composition à Paris, les a poursuivies à New York, puis revint à Paris après la Seconde Guerre mondiale pour continuer sous Arthur Honegger. Cependant, il n’a jamais atteint un niveau suffisant pour lui permettre de produire des compositions d’envergure dotées d’une structure cohérente. La plupart de ses œuvres sont des courtes pièces pour piano dont plusieurs dégagent un certain charme et font parfois entendre une voix originale.

D’une durée de 25 minutes, le Concerto de Québec trahit cependant les lacunes de la formation d’André Mathieu, et plus d’un théoricien de la musique n’a pas manqué de critiquer sa construction épisodique et ses faiblesses formelles. D’un autre côté, on ne peut y ignorer le romantisme hardi et sans contraintes inspiré des Grieg, Puccini, Korngold et surtout Rachmaninov. «Pensez à la musique comme à un diamant brut, suggère avec enthousiasme Alain Lefèvre, ou à une pierre non polie dont l’attrait pourrait être compromis par des impuretés à la surface, mais qui possède tout de même une grande beauté immanente.»

La gloire d’André Mathieu est à son faîte autour de 1950. Par après, bien qu’il continua à composer, le monde n’y prêta plus attention. Il se vautra dans des «pianothons» interminables, connut une histoire de cœur à l’issue désastreuse, finit par se réfugier dans l’alcool et mourut dans la misère. Une grande partie de sa vie demeure dans l’ombre, dont les raisons exactes de son décès prématuré, et ses œuvres n’ont toujours pas été cataloguées convenablement (il y en aurait plus de 200).

On voit parfois l’œuvre enregistrée ici désignée comme le Concerto n° 3, mais Alain Lefèvre prévient qu’il ne faut pas se fier à ce titre:«Il y a au moins cinq pièces pour piano et orchestre qui furent perdues ou détruites, dit-il, et les pièces qui ont subsisté ont subi des changements de noms. Il n’y a pas moins de six différentes partitions de l’œuvre que l’on nomme le Concerto de Québec, et le nom change d’une partition à l’autre. J’ai passé plus d’une dizaine d’années à étudier, à comparer et à corriger ces sources — notes, rythmes, tempos, pédales, articulations, même la distribution du matériel entre le soliste et l’orchestre — afin d’en venir à une édition fidèle pour fins d’exécution. Nous ne sommes même pas sûrs qui a écrit l’orchestration originale — peut-être son père Rodolphe Mathieu.»

André Mathieu a terminé le Concerto de Québec au début de février 1943, juste avant son quatorzième anniversaire (les sources qui donnent 1947 sont dans l’erreur: le manuscrit porte clairement la date 1943). La date de la création est incertaine, mais Mathieu était le soliste lors d’une diffusion sur les ondes de Radio-Canada sous la conduite de Jean Beaudet au début de février 1943 à quelle occasion l’annonceur présenta le pianiste comme n’ayant «que treize ans». La partie de piano est d’une difficulté prodigieuse, est farcie d’accords très denses et requiert d’immenses extensions des mains.

Du point de vue stylistique autant que pianistique, le Concerto de Québec est un proche parent des œuvres du même genre de Rachmaninov. Alain Lefèvre explique: «André Mathieu était dans la difficile situation de comprendre qu’il était trop romantique et « passéiste”. Soudainement, il va faire quelques bizarres tentatives pour être moderne, et aussitôt il revient à son mode Rachmaninov.» Les racines québécoises de Mathieu se révèlent dans le finale en rondo, où le style prend une tournure manifestement folklorique et dansante. Le deuxième mouvement, peut-être le plus réussi, a été utilisé dans le film de Fédor Ozep La Forteresse (1947). «Vous ne pouvez nier ici le romantisme dérivé», note Alain Lefèvre. «C’est par surcroît dans la même tonalité (ré bémol majeur) que la célèbre 18e variation de la Rhapsodie sur un thème de Paganini de Rachmaninov. Mais vous devez aussi tenir compte que cela a été écrit par un adolescent de treize ans avec une formation limitée et que ni Mozart, ni Mendelssohn, ni Saint-Saëns, ni Prokofiev, qui composaient tous de façon prolifique à cet âge, n’avaient encore trouvé leur propre voix. D’enregistrer ce concerto est de raviver le passé.»

Richard Addinsell: Concerto de Varsovie

Comme bon nombre de compositeurs, le britannique Richard Addinsell (1904-1977) a fait des études de droit avant de se consacrer à la musique. Il a séjourné un temps à Hollywood durant les années 1930, puis est retourné en Angleterre afin de composer pour la radio et le cinéma. Le film Dangerous Moonlight (1941), au sujet d’un pianiste de concert polonais dont la vie est bouleversée par le sac de la Pologne par les nazis, a assuré à Richard Addinsell son immortalité. La musique du film inclut la pièce connue sous le titre Concerto de Varsovie, une œuvre pour piano et orchestre de neuf minutes et d’un seul tenant. Il a été enregistré plus d’une centaine de fois et a vendu quelque trois millions de copies, bien que fort peu de ces enregistrements soient encore disponibles.

La partition tout entière baigne dans le romantisme opulent de Rachmaninov, avec ses grandes envolées, ses harmonies sensuelles et l’orchestration à l’avenant. Le film mettait en vedette Anton Wallbrook, lui-même un pianiste accompli. Vers la fin du film, Wallbrook interprète le concerto presque au complet à l’écran, mais il est doublé sur la trame sonore par le pianiste anglais d’origine hongroise Louis Kentner.

Du point de vue formel, l’appellation « concerto » ne convient guère ; peut-être que « rhapsodie » aurait été un choix plus exact, quoique cela n’enlève rien à l’impact émotif de la musique. Après une entrée en matière saisissante jouée par le piano et l’orchestre ensemble, le soliste expose un thème somptueusement romantique qui à lui seul aurait suffi à garantir la pérennité du Concerto de Varsovie. Un second thème lyrique est annoncé par le cor anglais puis repris par le piano, mais c’est sur le premier thème que Richard Addinsell s’attarde avec amour et c’est celui-là aussi qui vient couronner l’œuvre.

George Gershwin: Concerto en fa

Il est sans doute symbolique que George Gershwin (Brooklyn, 1898-Hollywood, 1937) soit né d’un côté de l’Amérique pour mourir de l’autre, car sa musique a été jouée, adoptée, aimée et célébrée comme celle de pratiquement nul autre compositeur classique issu de cette patrie. Gershwin dégageait un air de romantisme, il a connu la renommée mondiale alors qu’il était encore dans la vingtaine et il est mort jeune. Rhapsody in Blue, créée à New York en 1924, a été la première œuvre orchestrale d’envergure écrite par Gershwin. Walter Damrosch, chef de la New York Symphony (qui devait fusionner avec la Philharmonic en 1928), avait assisté au concert. George Gershwin — âgé seulement de 25 ans à l’époque — avait produit sur Damrosch une impression assez forte comme compositeur et comme interprète pour que celui-ci lui commande un concerto pleine-longueur pour piano et orchestre. Le concert était prévu pour le 3 décembre 1925, ce qui donnait à Gershwin huit mois pour compléter le concerto. Il était entendu que le compositeur en serait aussi l’interprète. Le film biographique Rhapsody in Blue (1945), avec le pianiste Oscar Levant dans le rôle du compositeur, comporte certains extraits du concerto.

Le premier mouvement du Concerto en fa adopte une forme sonate classique traitée avec liberté. Après une introduction aux percussions, le basson entonne un premier thème énergique et bouillonnant. Suit un thème émouvant et lyrique exposé par le piano dans un long passage solo. Le rythme alerte du Charleston imprègne le mouvement de bout en bout. Le mouvement lent est, selon Gershwin, d’une «atmosphère poétique et nocturne qu’on a fini par qualifier de blues américain. Le finale brillant et plein d’énergie est « une orgie de rythmes »», pour citer à nouveau le compositeur. De forme rondo, il fait réentendre certains thèmes des mouvements précédents.

© Robert Markow
Traduction: Jacques-André Houle

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À propos

Alain Lefèvre
AN 6 1033
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