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FL 2 3122

Rachmaninov, Moments musicaux op.16; Moussorgski, Tableaux d'une exposition

Interprètes
Date de sortie 29 janvier 2002
Numéro de l'album FL 2 3122
Periodes Romantique
Genres Piano et autres claviers

Informations sur l'album

Moussorgsky: Tableaux d’une exposition

C’est une exposition dédiée à la mémoire de l’architecte russe Viktor Hartmann (1834-1873), ami de Moussorgsky, qui est à l’origine de la composition des Tableaux d’une exposition. L’œuvre fut écrite en trois semaines, entre juin et juillet 1874, durant une période d’intense activité créatrice. La carrière de Moussorgsky était alors à son apogée, portée par le succès populaire de Boris Godunov.

En parlant des Tableaux d’une exposition, le compositeur écrivit à Vladimir Stasov (1824-1906), dédicataire de l’œuvre : « Hartmann bouillonne comme bouillonnait Boris; les sons et les idées sont suspendus dans l’air, j’en absorbe jusqu’à m’en gaver, et j’ai à peine le temps de les coucher sur papier. » (juin 1874)

Des dix tableaux de Hartmann qui ont inspiré Moussorgsky, seulement cinq existent encore aujourd’hui: le dessin d’un costume d’oisillon pour le ballet Trilbi (« Ballet des poussins dans leurs coques »); deux portraits de juifs, l’un noble, l’autre mendiant (« Samuel Goldenberg und Schmuyle »); une aquarelle où trois hommes visitent les catacombes de Paris à la lueur d’une lanterne (« Catacombae. Sepulcrum romanum »); le dessin richement ornementé d’une horloge de style russe, montée sur des pattes de poule (« La Cabane sur des pattes de poule »); et enfin, le plan d’une porte monumentale flanquée d’un clocher, destinée à la ville de Kiev (« La Grande Porte de Kiev »).

On a souvent souligné le caractère infidèle des miniatures musicales, leur décalage avec le prétexte pictural initial. Au lieu de simplement décrire en musique les tableaux de Hartmann, Moussorgsky a imaginé ses propres scénarios. Les titres originaux, soigneusement choisis par le compositeur, recourent à six langues: russe, français, italien, polonais, latin et allemand. Le cycle se compose d’une suite de dix pièces, entre lesquelles un interlude, la « Promenade », est intercalé sporadiquement. On y reconnaît le profil corpulent du compositeur-visiteur, se déplaçant d’un pas lourd d’un tableau à l’autre.

Moussorgsky s’est plu à utiliser la variation, procédé qui lui est cher, pour transformer les cinq apparitions de la « Promenade », au gré des différents Tableaux. On retrouve dans l’œuvre les thèmes de prédilection du compositeur: le folklore, omniprésent, depuis la mélodie pentatonique de la « Promenade » jusqu’aux sonorités de cloches dans « La Grande Porte de Kiev », les scènes populaires et rurales, (« Bydlo », « Samuel Goldenberg und Schmuyle », « Limoges. Le marché »), le fantastique (« Gnomus », « La Cabane sur des pattes de poules »), l’enfance (« Tuileries », « Ballet des poussins dans leurs coques »), l’ancienne Russie épique (« La Grande Porte de Kiev ») et la mort (« Catacombae »).

Entièrement soumise au contenu, la forme très libre de l’œuvre trouve une cohérence grâce au parcours des tonalités, à un contraste équilibré entre le caractère des miniatures et à la récurrence de la « Promenade ». L’œuvre, par son genre, se rapproche de Papillons et Carnaval de Schumann et l’écriture de certains Tableaux rappelle parfois celle de Liszt. Mais malgré ces liens avec le répertoire pianistique européen du XIXe siècle, les Tableaux d’une exposition demeurent éloignés du romantisme germanique. Empreints de réalisme, ils expriment un profond attachement à la tradition et à la vie paysanne russe.

Les Tableaux d’une exposition sont, avec Une nuit sur le Mont chauve, la seule œuvre instrumentale d’envergure dans la production de Moussorgsky. Aucune exécution publique n’eut lieu du vivant du compositeur. L’admirable orchestration que Ravel réalisa en 1922 éclipsa longtemps la version originale pour piano. Il faudra attendre les années 40 pour que l’œuvre, telle que conçue par Moussorgsky, soit redécouverte.

Rachmaninov: Moments musicaux op. 16

Les six Moments musicaux de Rachmaninov sont, comme Tableaux d’une exposition, un cycle pianistique écrit par un compositeur russe. Toutefois, il n’y a aucun prétexte extra-musical ici. Ils appartiennent à une époque et à un style différents, témoignant de l’aboutissement de la tradition romantique.

Composés entre octobre et décembre 1896, les Moments musicaux sont dédicacés à Aleksandr Zatayevich (1869-1936), ami du compositeur. Cette troisième œuvre pour piano solo, précédée par cinq Morceaux de fantaisie op. 3 et sept Morceaux de salon op. 10, marque une étape dans l’évolution du langage de Rachmaninov. Son écriture atteint de nouveaux sommets de virtuosité et l’expression d’un style plus personnel et intuitif se fait sentir.

Bien que chacun des six Moments musicaux constitue une œuvre en soi, le cycle entier possède une unité. Elle repose sur une ressemblance des motifs mélodiques et une alternance entre Moments méditatifs et Moments plus brillants.

Le cycle débute par un Andantino (no 1) d’une grande souplesse rythmique, proche de l’improvisation. Il fait entendre un thème mélancolique et introspectif qui variera tout au long de la pièce. Dans l’Allegretto (no 2), une mélodie chromatique et haletante émerge du mouvement houleux de l’accompagnement. L’Andante cantabile (no 3) qui suit contraste par sa sobriété et son lyrisme sombre. Puis, c’est à nouveau un déferlement virtuose Presto, sur lequel se détache un chant énoncé avec véhémence (no 4). La tension s’apaise ensuite dans l’Adagio sostenuto (no 5) grâce au balancement souple et constant des triolets de la main gauche. Par son thème en tierces, l’Adagio se fait l’écho majeur de l’Andante cantabile (no 3). Le point culminant du cycle est un Maestoso impétueux et éclatant (no 6), d’une grande virtuosité pianistique, exigeant à la fois force et agilité.

Écrits à une période charnière de la vie de Rachmaninov, les Moments musicaux annoncent une nouvelle période créatrice qui, après un long silence, s’ouvrira avec le Deuxième Concerto.

© Marie-Noëlle Lavoie

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À propos

Alain Lefèvre
AN 6 1014
AN 6 1014

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