fbpx
AN 2 9278

Schubert - Klavierstucke; Rachmaninov - Études-Tableaux Op.39

Interprètes
Date de sortie 12 février 2008
Numéro de l'album AN 2 9278
Periodes Romantique
Genres Piano

Informations sur l'album

Klavierstücke de Schubert, Études-tableaux opus 39 de Rachmaninov : Deux entités en apparence disparates mais preuves éclatantes du génie pur des compositeurs, deux recueils poétiques trop souvent négligés par les pianistes, deux œuvres d’exception qu’Alain Lefèvre porte en lui depuis plus d’une vingtaine d’années.
Klavierstücke, pièces pour piano intensément lyriques et poétiques, témoignent de la grande maturité de Schubert. Les Études-tableaux opus 39 se veulent quant à elles de petits poèmes symphoniques pour piano finement ciselés, miroirs de l’âme tourmentée de Rachmaninov. Chaque pièce est abordée par Alain Lefèvre comme un tableau, une histoire.

Si les univers musicaux de Franz Schubert (1797-1828) et Sergueï Rachmaninov (1873-1943) semblent dissociés, surtout quand on oppose la limpidité des textures du premier au foisonnement des sonorités du second, ils ont plus en commun qu’on ne pourrait le croire. Férocement timides, privilégiant l’intériorité à l’esbroufe gratuite, déchirés par leur élan créatif, les deux compositeurs-pianistes sont habités par des visions fantasmagoriques, hantés par l’ombre de la mort. Manipulateurs particulièrement doués des sonorités, dotés d’une immense sensibilité, ils dissimulent dans chaque pièce une allégorie, un sous-texte, parfois difficiles à décrypter.  » La musique vient droit au cœur et ne parle qu’au cœur : elle est amour! La sœur de la musique est la poésie et sa mère est le chagrin!  » Ces mots de Rachmaninov auraient aussi bien pu être prononcés par Schubert, cent ans auparavant.

Il ne faut pas non plus oublier que les deux compositeurs se tiennent en porte-à-faux des époques qui les ont vus naître. Encensé par les foules mais dénigré par les puristes qui méprisaient sa sensualité mélodique, Rachmaninov a été catalogué trop hâtivement comme étant un artiste rétrograde. Toutefois, dans la façon dont il s’est approprié les couleurs orchestrales et les a transcendées en une écriture pianistique dense, dans la façon dont il a sublimé la technique de l’instrument, il a fait basculer irrévocablement le langage musical vers la modernité. Schubert aussi a longtemps souffert de stéréotypes qui ont entaché la perception face à ses œuvres. On conserve l’image d’un homme fragile physiquement mais joyeux luron qui, en un éclair, écrit des valses et des lieder délicieusement frivoles. Ses contemporains l’ignorent, sous-estiment la profondeur et l’indiscutable originalité de son corpus de création. Seul Schumann semble avoir saisi l’ampleur de son génie et deviendra un défenseur passionné. Ce sera d’ailleurs Brahms, protégé de Schumann, qui éditera pour la première fois, quarante ans après la mort de Schubert, ces joyaux que sont les Klavierstücke (pièces pour piano), écrits moins de six mois avant la mort du compositeur viennois.

Schubert : Drei Klavierstücke D. 946 (Impromptus)

Intensément lyriques et poétiques, les trois pièces  » Klavierstücke  » font vraisemblablement partie d’une troisième série d’impromptus que Schubert souhaitait voir publiée. Richesse harmonique, raffinement sonore et subtilité des modulations témoignent de la grande maturité du compositeur.

Sombrement passionné, le premier impromptu (no 9 en mi bémol mineur) s’ouvre sur un thème rythmé et haletant, chassé par la sérénité du premier épisode, néanmoins teintée d’une sourde appréhension. Le deuxième épisode, intégré par Brahms à la première édition, a été supprimé par Alain Lefèvre, selon les souhaits de Schubert, qui l’avait biffé rageusement du manuscrit autographe.

Un doux refrain amorce le deuxième impromptu (no 10 en mi bémol majeur), romance éthérée qui bascule avec violence dans la terreur de l’épisode. Schubert y cristallise ses peurs et nous amène à sa suite dans un voyage intérieur des plus sombres. Les visions d’épouvante sont finalement dissipées par un épisode lumineux, avant que l’inquiétude ne revienne, chassée une dernière fois par le refrain, enfin apaisé.

Plus concentré dans sa forme, le troisième impromptu (no 11 en do majeur) semble vouloir annihiler le tragique des deux premières pages. Brillant, remarquable par sa variété rythmique (notamment l’utilisation des syncopes et les déplacements d’accents), il se termine par une ample coda qui ferme ce recueil méconnu.

Rachmaninov : Études-tableaux opus 39

Redoutable Everest du pianiste, les Études-tableaux opus 39 se veulent cependant de petits poèmes symphoniques pour piano.  » Je n’aborde pas l’œuvre en tant qu’une série d’études, explique Alain Lefèvre. Chaque pièce est un tableau, une histoire.  » Il considère que ce serait dénaturer leur essence que de les résumer en un sommet pyrotechnique. Pour y plonger, il est essentiel de créer un espace poétique, de l’investir, de le transmettre à l’auditeur. Dans une entrevue reproduite dans le Monthly Musical Record en novembre 1934, Rachmaninov explique d’ailleurs qu’un compositeur doit posséder deux qualités essentielles :  » Premièrement, c’est l’imagination. Je ne veux pas affirmer par là que l’interprète n’a pas d’imagination. Mais on peut considérer que le compositeur possède un talent plus important, car avant de créer, il doit imaginer. Il imagine avec une telle force que dans sa conscience se crée la future composition avant même qu’une seule note ne soit écrite. […] Le deuxième talent, plus important encore, qui distingue le compositeur de tous les autres musiciens, c’est le sens aigu de la couleur musicale. « 

Pour Rachmaninov, la composition des Études-tableaux opus 39 a présenté  » plus de difficultés qu’une symphonie ou un concerto […] Dire ce qu’on a à dire, et le dire sans détours, lucidement, est encore le plus grand problème que puisse affronter un artiste créateur.  » Si, dans la tradition des Études de Chopin ou des Études d’exécution transcendante de Liszt, chaque pièce s’attarde à des difficultés techniques spécifiques, Rachmaninov inscrit en filigrane un sous-texte qu’il a toujours refusé de révéler :  » Ceci m’est personnel et ne concerne pas le public. Je ne crois pas qu’il faille qu’un artiste révèle trop ses images. Laissez le public imaginer ce que cela lui suggère.  » Quand Ottorino Respighi orchestrera cinq de ces pièces pour le Boston Symphony Orchestra en 1930, Rachmaninov offrira pourtant  » quelques explications concernant les mystères des intentions de l’auteur, qui vous aideront à comprendre le caractère de ces Études et de trouver les couleurs adéquates en les orchestrant. « 

L’une des compositions les plus chromatiques de Rachmaninov, l’opus 39 no 1 évoquerait La tempête d’Arnold Böcklin, peintre dont l’une des toiles avait inspiré le poème symphonique L’Île des morts en 1909. Tumultueuse, houleuse, menaçante, on sent dans cette étude les rafales se déchaîner jusqu’à un paroxysme presque cauchemardesque.

Pour guider l’orchestration de Respighi, Rachmaninov apposa à l’opus 39 no 2 le sous-titre  » La mer et les mouettes « . Cette œuvre dramatique, empreinte d’une prenante désolation, comprend une référence caractéristiques aux cloches, élément principal de l’univers musical du compositeur russe :  » C’est parce que j’ai passé presque toute ma vie parmi les vibrations des carillons de Moscou, que j’ai réussi à faire vibrer les cloches des émotions humaines dans mes œuvres. « 

Véritable toccate, au caractère presque satanique, l’opus 39 no 3 est l’une des pièces les plus exigeantes techniquement avec ses doubles notes et ses déplacements extrêmes, prodigieusement rapides.

L’opus 39 no 4, avec son caractère de scherzo, reprend le rythme utilisé par Rachmaninov dans plusieurs de ses œuvres (deux doubles, une croche), qui lui aurait servi de signature musicale, notamment dans le célèbre Prélude opus 23 no 5 en sol mineur.

La plus connue du groupe, drame romantique à grand déploiement, l’Étude-tableau opus 39 no 5 est typique du style lyrique de Rachmaninov, avec ses lignes mélodiques passionnées et son accompagnement en triolets d’accords.

L’opus 39 no 6 relate l’histoire du Petit chaperon rouge, les gammes chromatiques ascendantes du début représentant les grognements du loup et la mélodie oscillante la petite fille terrifiée. Après la suggestion d’une poursuite qui laisse pantois, la musique devient de plus en plus audacieuse harmoniquement, la tonalité étant poussée au maximum de ses tensions. Dans la coda, la petite fille supplie mais la pièce se termine comme elle a commencé, par deux grognements et un claquement de dents.

Les Études-tableaux opus 39 comprennent toutes des références plus ou moins voilées au chant du Dies irae (jour de colère), choix qui paraît moins surprenant quand on considère que ces œuvres, les dernières composées en Russie (en 1917), sont hantées par les spectres de la guerre et de la mort. Rachmaninov avait assisté en 1915 aux funérailles de Scriabine, en compagnie de son professeur Sergueï Taneïev (qui devait décéder peu de temps après, des suites d’une maladie contractée en assistant, par grand froid, à ces funérailles). L’année suivante, le père de Rachmaninov meurt, plongeant Rachmaninov dans une angoisse qu’il dissimule difficilement.  » Je n’ai jamais souhaité l’immortalité personnellement. Un homme s’use, devient vieux; avec l’âge avancé, il en assez de lui-même. Je suis lassé de moi-même, bien avant un âge avancé. Mais s’il y a quelque chose après, alors, c’est terrifiant « , confiait-il déjà en novembre 1915 à la poétesse Marietta Shaginian. Profondément troublé par ce qu’il ressent, il l’inscrit en filigrane de l’opus 39 no 7, une marche funèbre.

Lyrique, expressive, elle aussi en double notes, l’opus 39 no 8 privilégie une texture contrapuntique et requiert une grande flexibilité de la part de l’interprète.

Rachmaninov tisse de nouveau sa signature rythmique à l’Étude-tableau opus 39 no 9. Particulièrement orchestrale, cette marche orientale, héroïque en caractère, clôt le cycle de façon magistrale.

© Lucie Renaud

Alain Lefèvre joue sur le piano Yamaha CF111S
www.yamaha.ca

Lire la suite

À propos

Alain Lefèvre
AN 2 9202-3
AN 2 9202-3

Start typing and press Enter to search