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AN 2 9906

Brahms: Lieder

Compositeurs
Date de sortie 19 octobre 2004
Numéro de l'album AN 2 9906
Periodes Romantique
Genres Musique vocale

Informations sur l'album

Johannes Brahms (1833-1897) cultiva toute sa vie le lied comme un jardin privé, en marge de ses grandes œuvres symphoniques, ses concertos, sa musique de chambre et ses nombreuses oeuvres pour piano. Plusieurs mois, voire des années, pouvaient parfois séparer la composition d’une chanson de sa publication, période pendant laquelle Brahms la retouchait tout en méditant ses mérites. Et, lorsqu’il décidait d’en publier quelques-unes, il supervisait soigneusement l’ordre du recueil comme la disposition des fleurs dans un bouquet. Il appelait d’ailleurs ses recueils des « bouquets de chants ».

Le premier parut en 1853 ; Brahms avait tout juste 20 ans. Le dernier fut édité en 1896, quelque mois avant sa mort. Pendant ces 43 ans, 33 recueils furent ainsi offerts au public, comptant en tout quelque 190 lieder. Mais cela ne représente sans doute qu’une partie de tout ce que Brahms a pu composer dans le genre, plusieurs chansons ayant probablement été rejetées et détruites.

On a souvent critiqué chez Brahms le choix des textes, car il a plus souvent mis en musique des poètes mineurs à la mode plutôt que les grands classiques comme Goethe, Heine ou Rückert. Mais cette tendance ne peut s’expliquer par un manque de culture ou de goût littéraires. Les poèmes des grands maîtres lui semblaient si parfaits en eux-mêmes que la musique, selon lui, ne pouvait que peu leur apporter. Par contre, chez les poètes qui retinrent son attention, Brahms trouva une matière que la musique pouvait transcender.

Et surtout, ce grand solitaire aux amours inaccessibles, qui cherchait consolation auprès de la nature, y reconnut des thèmes le rejoignant personnellement. Comme en société, il savait aussi dans ses chansons se faire léger et joyeux, exploitant avec bonhomie la veine populaire. Mais la plupart de ses lieder ressassent cependant les sentiments qui le travaillaient intérieurement : la nostalgie de l’amour non partagé, la solitude de la condition humaine, l’inexorable finitude de la vie, mais aussi l’apaisement que peut procurer la nature.

Lieder opus 69 et 86

Dans le présent enregistrement, les six lieder opus 69 et opus 86 sont tout à fait représentatifs de ces « bouquets de chants » brahmsiens. Par exemple, l’opus 86 commence par un poème dans lequel Brahms aura probablement retrouvé un nostalgique écho de l’attitude de Clara Schumann, de près de vingt ans son aînée, face à l’amour éperdu que, tout jeune homme, il lui avait avoué.  » Pourquoi me regarde-tu ainsi ?  » demande dans Therese (n°1, Thérèse) sur un ton amusé, une femme d’âge mûr à un jouvenceau. « Tous les sages restent muets à la question que tes yeux ont posée. (…) Prends le coquillage qui se trouve sur l’armoire et porte-le à ton oreille. » Sur ses derniers mots, une superbe modulation en mineur traduit le soudain dépit du jeune homme, renvoyé par ce geste à la nature en guise de consolation. Brahms atteint ici, par cette opposition des états d’âme des deux personnages, à une perfection dans le minimalisme digne des plus grands orfèvres. Selon plusieurs, on retrouve, dans cet opus 86, des lieder parmi les plus inspirés du répertoire romantique. On peut aussi noter une soigneuse progression dans l’ordre des chants qui, suite au refus de la femme aimée dans le premier, passent par divers états de l’errance jusqu’à l’Aspiration à la mort (n°6, Todessehnen).

Lieder opus 91 et 121

Les opus 91 et 121 se démarquent tant par le choix des textes que leur traitement musical. Finalisé en 1884, l’opus 91 ne compte que deux chants, mais dans lesquels deux  » voix  » d’alto, l’une humaine et l’autre instrumentale, dialoguent au-dessus du piano. Près de vingt ans séparent la composition des deux volets. Le plus ancien est Geistliches Wiegenlied (n°2, Berceuse sacrée), sur un poème de Lope de Vega traduit par Emmanuel Geibel. Brahms l’avait composée en 1864 pour le baptême du fils de son meilleur ami, le violoniste Joseph Joachim, dont la femme avait, paraît-il, une très belle voix de contralto, d’où l’idée d’un lied unissant voix et violon altos. En introduction, le violon expose le thème d’un noël du XVIe siècle, une berceuse pour l’enfant Jésus dont les premiers mots, « Josef, lieber Josef mein » (Joseph, mon cher Joseph), en font une dédicace cryptée aux parents Joachim. Par la suite, enlacée à ce noël ancien, une mélodie originale sur les mots de Lope de Vega émerge à la voix.

Vingt ans plus tard, Brahms trouva un autre texte qui se prêtait à ce jeu, un poème de Rückert, Gestillte Sehnsucht (n°1, Nostalgie apaisée), dans lequel « les vents murmurent une berceuse pour endormir le monde », mais aussi la nostalgie du narrateur. Le violon dialogue avec la voix, l’enrobant par moments, comme une brise caressante, dans des volutes délicatement ornées.

Vier ernste Gesänge, opus 121

Brahms entreprit les Vier ernste Gesänge (Quatre chants sérieux, opus 121) au début de mai 1896, lorsqu’il apprit que Clara Schumann venait de subir une attaque d’apoplexie qui lui serait probablement fatale. Elle mourut avant la fin du mois et Brahms ne devait pas lui survivre un an. Mais dans l’intervalle, il refusa toujours d’avouer publiquement qu’il avait composé ce qui allait devenir son chant du cygne, en pensant à l’amie de toujours qui fut l’amour inaccessible de sa vie. Pour brouiller les pistes, il dédia l’opus 121 au peintre Max Klinger qui venait de perdre son père. Tant les textes bibliques, choisis par le compositeur lui-même, que la dimension contrapuntique et orchestrale de l’accompagnement de piano rappellent le Requiem allemand.

Les trois premiers, extraits de l’Ecclésiaste, évoquent différents aspects de la mort. Le troisième oppose le caractère menaçant qu’elle prend pour celui qui reste trop attaché aux choses terrestres, à la libération qu’elle devient pour celui qui a su s’en détacher. Et lorsque ce troisième chant, ayant commencé dans un mineur grave, module sur la vision libératrice en un majeur d’une grande expressivité, le piano fait entendre le motif do-sib-la-sol#-la (C-B-A-G#-A), que Robert Schumann associait au nom de sa femme (C-L-A-R-A). Enfin, Brahms fit du quatrième texte, citant le célèbre passage sur la charité de l’Épître de saint Paul aux Corinthiens, un ultime chant d’espérance.

© 2004 Guy Marchand pour Traçantes, le service de recherche, de rédaction et de traduction de la Société québécoise de recherche en musique.

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À propos

Marie-Nicole Lemieux
AN 2 9836
AN 2 9836

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