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Leyrac: La diva des années 60 (3CD)

Informations sur l'album

Monique Leyrac
Une aventure spirituelle dans les saisons du cœur

 » Monique Leyrac porte l’émotion au plus haut, parce qu’elle restitue les saisons du cœur avec l’ampleur d’une aventure spirituelle. Qu’elle soit admirablement servie par des poètes comme Vigneault et Léveillée, qu’elle choisisse la fantaisie ou la tendresse, dans son répertoire étonnamment divers, elle sert la chanson avec un ton et une qualité d’âme qui ne trompent pas.  »

C’est ainsi qu’en 1966, au lendemain de la première de Monique Leyrac à l’Olympia de Paris, s’exprimait l’écrivain Pierre Kyria, alors jeune critique au Combat, quotidien de gauche célèbre pour être né dans les milieux de la Résistance pendant la dernière guerre et avoir eu Albert Camus comme rédacteur en chef.

Le critique français ne se trompait pas. Mais, si Leyrac fut effectivement bien servie par les Vigneault, Léveillée et autres pionniers de la chanson québécoise, ces derniers lui doivent tout autant en retour, car elle fut l’une des premières à reconnaître la valeur de leurs œuvres. Et, comme le soulignait Kyria, on ne pouvait  » guère trouver meilleure ambassadrice « , une voix plus éloquente :  » Cette voix, qui sait être dure, un peu rauque, veloutée, d’une souplesse soyeuse ou piquante et ironique, se prête à la peine comme à la fantaisie, à la nostalgie comme au cynisme, avec une extraordinaire intelligence. Intelligence d’une interprète qui chante d’amour comme on respire. « 

Une aventure spirituelle dans les saisons du cœur… Non seulement comme  » passionara  » de la chanson québécoise, mais aussi comme comédienne et, de surcroît, comme conceptrice de spectacles qui, joignant les deux talents, firent de chaque soir un événement inoubliable pour tous ceux qui eurent le privilège d’en être témoin.

Mais que ceux qui n’ont pas eu cette chance se consolent aujourd’hui. Car, dans le présent coffret, en plus des grandes chansons et quelques perles rares qui jalonnèrent la carrière de la chanteuse, ils trouveront aussi la bande sonore de deux de ses spectacles fusionnant chant et théâtre : Monique Leyrac chante Nelligan et Monique Leyrac chante Félix Leclerc.

Enfin, un DVD d’une vingtaine de minutes leur permettra de découvrir d’étonnants documents d’archives et des témoignages inédits sur cette artiste dont la vocation remonte à l’enfance, dans un humble quartier ouvrier montréalais des années trente et quarante.

De la  » petite patrie  » de Rosemont au  » miracle  » de Bernadette

Dans Mon enfance à Rosemont, Monique Leyrac, qui s’appelait alors Tremblay, raconte avec une belle verve comment, dès le début, la chanson et la musique furent omniprésentes dans sa vie. Les soirs de fête,  » papa sortait son violon enseveli dans un placard, et en frottait les cordes à l’arcanson. Ça faisait bien un peu crincrin, mais nous étions si contents de le regarder taper des pieds en cadence, en zigonnant des reels qui faisaient danser tout le monde.  » La petite fille mémorisait toutes les chansons qu’elle entendait à la radio. Il y avait aussi La Bonne Chanson de l’Abbé Gadbois et, surtout, l’album personnel de sa grande sœur qui découpait les chansons que publiait chaque semaine l’hebdomadaire Le Samedi.  » Il n’était pas rare que les filles, on se réunisse autour de l’album et qu’on le chante en chœur de la première à la dernière. Nos voix étaient très justes et c’était très agréable de trouver des contre-chants.  » Plus tard, un piano fit son entrée dans la maison et Monique reçut de sa mère, qui avait étudié chez les sœurs, ses premières leçons de piano et de solfège.

Mais l’enfance à Rosemont ne fut pas toujours rose. Simple travailleur, le père avait souvent de la peine à rejoindre les deux bouts. Lorsque la mère commence à travailler, la fille laisse l’école et s’occupe de la maison. Mais elle n’en peut bientôt plus de cette vie d’intérieur. Elle a déjà la bougeotte. Elle veut aussi travailler à l’extérieur, voir le monde, mordre dans la vie. Elle parvient à se faire engager, avant l’âge légal de 16 ans, dans un atelier de textile. Mais elle en a aussi vite fait le tour.

La jeune Monique rêve alors d’être actrice, comme les stars américaines qu’elle voit au cinéma, ou encore chanteuse, comme la Française Yvette Guilbert dont la vie faisait à ce moment-là l’objet d’une série radiophonique.  » Celle-ci, également partie de rien, petite ouvrière dans un atelier de couture, avait réussi avec beaucoup de courage et d’obstination à imposer son talent.  » La série est animée par Jeanne Maubourg, qui tenait aussi le rôle-titre dans le populaire feuilleton radio La Pension Velder. Monique entend dire que cette comédienne donne aussi des cours de théâtre. Elle lui écrit, obtient une audition et réussit à la convaincre de la prendre comme élève.

À peine un an après le début des cours, Madame Maubourg lui apprend que l’on cherche une jeune fille pour interpréter le rôle-titre d’une version radiophonique du Chant de Bernadette qui allait être présentée dans le cadre de Radio-Théâtre Lux, une émission extrêmement populaire à l’époque, produite en direct par CKAC et, cette fois là, exceptionnellement devant public dans un grand théâtre. Il s’agissait de l’adaptation théâtrale d’un roman racontant l’histoire de Bernadette Soubirous et des miracles de Lourdes, dont l’adaptation cinématographique connaissait au même moment un succès international. Au Québec, toutes les jeunes comédiennes convoitent le rôle; les auditions sont longues. Mais le choix s’arrête finalement sur une inconnue, la jeune élève de Madame Maubourg. Et la comédienne en herbe se révèlera plus qu’à la hauteur de la situation. Elle entre si loin dans la peau de son personnage qu’à la fin, ce n’est plus la petite Monique dont on admire le jeu, c’est Bernadette en transe qui fait pleurer jusqu’au réalisateur qui en a pourtant vu d’autres.

L’impact est tel que, du jour au lendemain, le nom de la jeune comédienne est sur toutes les lèvres. Mais ce nom, ce n’est plus Monique Tremblay, c’est Monique Leyrac. Car, en apprenant que son élève était choisie, le professeur lui avait fortement conseillé de se choisir un nom d’artiste. C’est en feuilletant distraitement un journal que Monique tomba, à la fin d’une lettre dans le courrier du coeur, sur le nom de Leirac. Elle changea le  » i  » pour un  » y « . Madame Maubourg y donna son imprimatur en soulignant que ça sonnait aussi bien en anglais qu’en français. Elle voyait loin et elle non plus ne se trompait pas. C’était en 1943. Née en 1928, Monique Tremblay n’avec donc que 15 ans lorsqu’elle devint Monique Leyrac.

Des  » nuits de Montréal  » aux grandes scènes du monde.

Ce premier succès lui vaut quelques autres engagements comme comédienne à la radio, mais, en 1948, c’est la chanteuse qui se révèle en répondant à l’invitation de Jacques Normand, maître de cérémonie au Faisan doré, un cabaret qui venait d’ouvrir ses portes et allait rapidement devenir le coeur des fameuses  » nuits de Montréal « , comme le chantait Normand chaque soir en ouverture. Leyrac y fait des chansons sud-américaines et d’Édith Piaf. On remarque encore une fois tout de suite ce nouveau talent. RCA Victor la met sous contrat pour des 78 tours, alors que le réalisateur Jean-Yves Bigras lui offre un rôle dans Lumières de ma ville, film dans lequel elle interprète en plus cinq chansons de Pierre Pétel.

En 1950-51, suit une première tournée de cabarets en France, en Belgique et même au Liban. Au retour à Montréal, Monique Leyrac revient, mais cette fois en vedette, au Faisan doré qui a changé de nom pour Le Montmartre. Elle ira aussi retrouver son ami Jacques Normand, passé au Saint-Germain-des-Près. À l’automne, Guy Maufette crée pour eux à la radio de la Société Radio-Canada (SRC) une émission intitulé Baptiste et Marianne, rencontre amicale entre la chanson canadienne (Baptiste) et la chanson française (Marianne). Maufette anime, Normand et Leyrac incarnent respectivement les deux personnages titres, et c’est dans ce contexte que cette dernière commence à chanter des auteurs d’ici comme Jacques Blanchet ou encore Raymond Lévesque dont Il faut croire aux chansons devient le thème de l’émission.

En 1952, l’appel du théâtre revient lorsqu’elle fait la rencontre du Français Jean Dalmain, que son ancien élève Jean Gascon avait invité à faire une mise en scène au Théâtre du Nouveau Monde (TNM) qu’il venait de fonder avec un groupe d’amis l’année précédente. Ils se marient et elle part en France avec lui jusqu’en 1954. Bientôt enceinte, puis jeune mère, elle profitera de ces deux années pour peaufiner son métier en allant régulièrement au théâtre et, plus encore, en suivant attentivement le travail de son mari.

De retour à Montréal à l’automne 1954, elle décroche à la SRC le rôle-titre dans Anne-Marie, l’un des tout premiers téléromans de l’histoire de la télévision québécoise, écrit par Eugène Cloutier. Au même moment, le TNM l’invite à jouer les trois rôles féminins principaux dans  » Trois farces de Molière  » mise en scène par Jean Dalmain. Le spectacle est retenu l’année suivante par le Festival international de Paris et connaît un succès monstre. Leyrac participe ainsi à la première sortie internationale du TNM. Par la suite, le couple Dalmain-Leyrac fait un autre séjour en France, cette fois jusqu’en 1958. Elle a alors l’occasion de jouer au théâtre, entre autres, dans Dialogues des Carmélites de Bernanos et le rôle de Toinette, la servante du Malade imaginaire de Molière.

À son retour au Québec en 1958, Monique Leyrac retrouve rapidement le chemin des planches où elle se sent enfin en pleine possession de ses moyens. Elle se révèle tout aussi poignante dans la tragédie, comme dans Richard II de Shakespeare et Bérénice de Racine, que désopilante dans la comédie, comme dans Le Dindon de Feydau. Mais c’est à l’automne de 1961 qu’elle peut pour la première fois faire valoir en même temps son double talent d’actrice et de chanteuse. Lorsqu’elle paraît sur la scène du TNM en Polly Peacham, la beauté fatale de L’Opéra de Quat’Sous que Berthold Brecht conçut autour des mythiques chansons de Kurt Weill, c’est le choc. Tous sont renversés. Yves Thériault lui fait un éloge dithyrambique dans la chronique hebdomadaire qu’il tient dans la page éditoriale du tout nouveau quotidien Le Nouveau Journal. Marcel Dubé et Michel Tremblay en garderont, quant à eux, un souvenir indélébile. Elle remporte cette saison-là le prix de la meilleure comédienne au Gala des artistes.

À partir de cette date, les choses se précipitent. La SRC lui offre alors une émission spéciale aux Beaux Dimanches, mi-chanson mi-théâtre, mettant à nouveau en valeur ce double talent. Dans le volet chanson, Monique Leyrac insiste pour y interpréter les chansons de deux jeunes auteurs compositeurs d’ici. C’est la première fois qu’elle les chante, mais ce ne sera pas la dernière. L’un s’appelle Gilles Vigneault, l’autre, Claude Léveillée. À leur demande, elle enregistre en 1963 ce qui sera son premier microsillon, entièrement consacré à leurs chansons. Un jeune musicien plein de promesse est au piano : André Gagnon.

Entre-temps, Leyrac avait aussi accepté de co-animer à la radio de la SRC  » Plein Soleil « , une émission de variétés dont elle tient la barre pendant deux saisons de 1962 à 1964. La saison suivante l’expérience se poursuit à la télévision où elle prend en charge, seule cette fois,  » Plein feux avec Monique Leyrac « .
Pendant ce temps, le succès du disque Vigneault-Léveillée est tel que Sam Gesser, le plus important producteur montréalais de l’époque, lui offre rien de moins que la Place des Arts, qui venait d’ouvrir ses portes en septembre 1963. Monique Leyrac commence par refuser car elle n’a jamais jusque-là tenu seule la scène pendant tout un spectacle. Gesser revient à la charge en lui proposant de faire la première partie des Swingle Singers qui doivent s’y faire entendre prochainement.

Comme cela tombe un soir de  » Plein feux « , la SRC accepte d’en faire une édition spéciale de l’émission qui sera captée en direct de la Place des Arts. Après la prestation de  » l’artiste locale « , l’enthousiasme de la foule est tel que les vedettes étrangères ont de la difficulté à enchaîner. On peut revoir aujourd’hui des extraits de ce moment unique sur le DVD.
À l’été 1965, la SRC choisit son animatrice-vedette pour représenter le Canada au Festival international de la chanson de Sopot en Pologne. Elle y remporte non seulement le premier prix de la journée internationale avec Mon Pays de Gilles Vigneault, mais aussi celui de la journée polonaise où tous les candidats étaient tenus de chanter dans leur langue une chanson polonaise de leur choix. Ce doublé est une première dans l’histoire du concours. Quelques jours plus tard, elle raflait en plus le Grand Prix du Festival de la chanson d’Ostende en Belgique.

Monique Leyrac devenait la première artiste de la chanson québécoise à s’illustrer ainsi sur la scène internationale. À la veille de son retour, en septembre, le maire Jean Drapeau organise en 48 heures une réception surprise à l’Aréna Maurice-Richard en compagnie de Gilles Vigneault, l’auteur de la chanson gagnante à Sopot, et de sept autres chansonniers dont elle avait fait la promotion dans le cadre de ses émissions. Sous la pluie, mais aussi sous le feu des médias, le maire l’attend à sa descente d’avion, l’emmène en limousine à l’aréna où plus de 7000 personnes se sont pressés pour lui faire la fête.

Au printemps de l’année suivante (1966), le célèbre patron de l’Olympia, Bruno Coquatrix, lui ouvre toutes grandes les portes de ce temple mythique de la chanson française. Mais Leyrac refuse car Sam Gesser l’avait déjà retenue pour faire en mars le Town Hall de New York. À la fin du spectacle, une foule en délire monte littéralement sur la scène. Du jamais vu. Même Robert Shermann, le sévère critique du New York Times, ne peut résister. Il souligne d’entrée de jeu  » l’effervescence  » exceptionnelle de la soirée et conclut en paraphrasant Jules César :  » Bref, Madame Leyrac est venue, a charmé, a conquis. Espérons qu’elle reviendra bientôt.  »

Coquatrix fait le voyage Paris-New York expressément pour voir le phénomène. Au retour, il fait le détour par Montréal et, pour s’assurer un  » oui « , organise une conférence de presse pour réitérer publiquement son invitation devant tout le Québec. Et dès l’automne, cette première à l’Olympia sera un autre triomphe dans un spectacle reprenant le titre et la formule de  » Plein feux avec Monique Leyrac « . Car elle a tenu à partager la chance qu’on lui offrait avec d’autres : Claude Gauthier, les Jérolas et la troupe de danse folklorique Les Feux Follets. Comme le critique du New York Times, Pierre Kyria concluait en souhaitant qu’elle revienne souvent en France :  » D’emblée sa place de vedette à part entière lui a été acquise l’autre soir à l’Olympia. « 

Leyrac y retournera souvent. En France, aux États-Unis et même en Angleterre. En 1967, c’est le Carnegie Hall à New York et le centenaire de la Confédération l’entraîne dans une vaste tournée pancanadienne. Pendant l’été, elle fait son tour de chant pendant une semaine à l’Expo ’67 dans le cadre d’une série présentant aussi ceux de vedettes internationales et elle y brise les records d’assistance. L’année suivante, elle est invitée en Angleterre à chanter devant la Princesse Margaret et passe au  » Rolf Harris Show  » de la BBC. En 1969, elle retourne encore à New York, cette fois pour le célèbre  » Ed Sullivan Show  » (dont des extraits se retrouvent sur le DVD) et, plus cher à son coeur, le  » Perry Como Show « , car ce dernier avait été son idole de jeunesse. En 1970, les Parisiens la retrouvent au Bobino. Et ce ne sera pas la dernière.

La fusion du chant et du théâtre

Mais le cœur de Monique Leyrac ira toujours, d’abord et avant tout, à son premier public, celui de son pays. Et c’est pour lui que, au début des années 1970, elle va donner une nouvelle dimension à son art. En 1975, elle conçoit une nouvelle forme de spectacle fusionnant chant et théâtre pour mieux faire connaître la vie et l’œuvre du poète Émile Nelligan. Au départ, c’est André Gagnon qui l’avait approchée pour lui montrer trois ou quatre mélodies qu’il avait écrites sur des poèmes de Nelligan avec l’idée de faire éventuellement avec elle un enregistrement complet consacré au célèbre poète. Leyrac collabore avec lui au choix des autres poèmes, mais le projet tourne court lorsqu’ils constatent qu’aucune compagnie de disques n’en veut.

C’est alors qu’elle décide d’en faire un spectacle dont elle signe elle-même les textes d’enchaînement évoquant le destin tragique du poète. Mais, au moment d’aller en production, Gagnon doit se désister car, entre-temps, sa carrière personnelle a pris un envol inattendu.
Monique se tourne alors vers deux autres merveilleux pianistes, Denis Larochelle et Yvan Ouelette qui, à sa demande, développent à quatre mains sur les mélodies de Gagnon de somptueux arrangements de style impressionniste. Nelligan, avait noté avec justesse la chanteuse, était beaucoup plus près des Symbolistes contemporains de Debussy comme Baudelaire, Verlaine ou Rimbaud, que de Romantiques comme Musset ou Hugo. Une voix, deux pianos, quatre mains. Un chef-d’oeuvre d’épure.

Le soir de la première au Patriote, l’émotion est palpable. Plusieurs à la fin sont en larmes. La reprise à Montréal eut lieu au Gesù, où Nelligan lui-même, alors qu’il y étudiait, récita peut-être de ses poèmes, rappelait l’interprète en spectacle. Monique Leyrac chante Nelligan devait connaître une belle carrière : tournée à travers le Québec, l’Odéon à Paris en 1978 et, à la demande générale comme on dit, un retour à Montréal en 1981.

Mais, dès 1976, toujours dans cette recherche de fusion chant-théâtre, Monique Leyrac avait entrepris un autre spectacle où elle entendait cette fois redonner leur droit de cité aux chansons de Félix Leclerc, qui connaissait à cette époque un creux de vague suite au raz-de-marée créé par l’électrique Charlebois et le phénomène des groupes comme Beau Dommage, Octobre ou Harmonium. Elle s’associe de nouveau à Denis Larochelle et, avec la complicité de trois autres musiciens, ils sauront donner un nouvel éclairage à l’oeuvre de Leclerc.  » D’une richesse incomparable « , selon le critique de La Presse Pierre Beaulieu, Monique Leyrac chante Leclerc contribua aussi à faire découvrir Félix à une nouvelle génération.

Dans les années 1980, trois autres spectacles chant-théâtre devaient par la suite faire les belles heures du Café de la Place: Les Paradis artificiels sur Baudelaire; Spectacle 1900, hommage à Aristide Bruant et Yvette Guilbert, celle dont la vie avait été une inspiration pour la jeune Monique; et, en collaboration avec Paul Savoie, Paris-Berlin, mettant en regard l’un de l’autre Prévert et Brecht.

Quelques fines bouches lui auront peut-être reproché de se répéter, d’exploiter indûment la formule. Mais ne dit-on pas que les véritables grands romanciers sont ceux qui écrivent toujours le même roman? De même, Monique Leyrac s’est inventé un genre et un style personnels, à la mesure de son double talent et répondant à des coups de cœur qu’elle voulait partager avec son public,  » avec l’ampleur d’une aventure spirituelle  » comme l’avait si bien pressenti, dès le départ, le critique du Combat.

Mais elle-même n’a jamais voulu s’enfermer ou se faire enfermer dans un genre. C’est pourquoi, entre ses spectacles chant-théâtre plus personnels, elle n’a cessé de prêter son talent de comédienne aux autres. En 1970, Paul Almond lui demande de jouer dans son beau film Act of the Heart, aux côtés de Donald Sutherland et Geneviève Bujold. Au théâtre, à quelque dix ans d’intervalle, on lui offre deux pièces solos ayant pour thème la vie de Sarah Bernhard, comédienne mythique des années dites  » fin de siècle  » (v.1900) : d’abord en 1981, Divine Sarah de Jacques Beyderwellen; ensuite en 1990, Sarah and the Beast de Michael Bawtree.

Auparavant, entre les spectacles Nelligan et Leclerc, l’adaptation québécoise que fit pour elle Michel Tremblay de Mademoiselle Marguerite de Roberto Athaydé marquait en 1975 un retour au théâtre après plusieurs années consacrées à la chanson et ce spectacle solo permit au public de renouer avec la veine comique quelque peu oubliée de son talent. Et, dans les nombreuses autres productions théâtrales auxquelles elle a participé, c’est aussi un rôle comique, celui de Bélize dans Les Femmes savantes de Molière à la Nouvelle Compagnie Théâtrale, qui devait lui valoir en 1990 le prix de la critique pour la meilleure comédienne de soutien.

Au cours de cette carrière qui aura duré plus de 50 ans, les prix et récompenses honorifiques n’ont d’ailleurs pas manqué. Suite aux succès remportés à Sopot et Ostende en 1965, à Paris et New York en 1966 et à travers le Canada et au Carnegie Hall en 1967, Monique Leyrac fut élue trois ans d’affilée  » femme de l’année  » en musique par les rédactrices des rubriques féminines de la presse canadienne. En 1965, elle remportait aussi le prix  » Interprète féminine de l’année  » au Gala du disque québécois et en 1967 elle était faite Officier de l’Ordre du Canada. En 1979, elle remportait le Prix Calixa-Lavallée du Gouvernement du Québec, en 1997 le Prix des arts de la scène du Gouverneur Général et, en 1998, elle devenait Chevalier de l’Ordre national du Québec. Enfin, tout récemment, en mai 2006, elle recevait le Prix Hommage de la chanson Quebecor doté d’une bourse de 50,000$. C’est au cours de la remise de ce prix que le document audio-visuel offert en DVD dans ce coffret fut présenté pour la première fois en public.

Mais, pour Monique Leyrac, la plus belle récompense demeurera toujours de savoir que son public ne l’oublie pas et que, grâce à des documents comme ceux réunis ici, des générations à venir pourront encore la découvrir.

© Guy Marchand

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