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AN 2 9180 Mahler Organ Transcriptions

Mahler : Chants avec orchestre - Les transcriptions pour orgue

Compositeurs
Date de sortie 11 octobre 2019
Numéro de l'album AN 2 9180
Periodes Romantique

Informations sur l'album

Les lieder de Gustav Mahler avec accompagnement d’orgue

Bien que l’orgue ne soit pas l’un des instruments de prédilection de Gustav Mahler, il en fait usage dans ses seconde et huitième symphonies, où il emploie l’orgue pour enrichir et amplifier la texture orchestrale, lui confiant le rôle de « symbole sonore » au sein de la sphère métaphysique (cf. Constantin Floros). Plusieurs compositeurs de la Seconde École de Vienne, souhaitant apporter une couleur symphonique cohérente à leurs transcriptions pour petit ensemble de chambre des œuvres orchestrales de Mahler, ont d’ailleurs fait appel au petit cousin de l’orgue qu’est l’harmonium, comme le montre en particulier la transcription par Arnold Schönberg des Gesellenlieder. Le baryton David John Pike et l’organiste David Briggs ont choisi de développer davantage ce concept. C’est ainsi que, pour cet enregistrement, Briggs joue sur le grand orgue Eule de la Basilique Constantin de Trèves et parvient, grâce à un choix judicieux de registres, à obtenir des timbres tantôt intimes, tantôt d’une ampleur symphonique. Il se plaît à faire ressortir l’atmosphère religioso des Lieder de caractère choral, comme Urlicht, par exemple, et rend magnifiquement la puissance nécessaire aux Lieder possédant une forte intensité dramatique, tel In diesem Wetter, in diesem Braus. Pike et Briggs proposent une version pour baryton et orgue qui se place opportunément à mi-chemin entre les deux versions signées par le compositeur lui-même, l’une pour orchestre et l’autre avec piano.

« La chanson populaire est l’essence même de la musique de Mahler. » C’est ainsi que s’exprime un contemporain du compositeur, Willem Mengelberg, chef de l’orchestre royal du Concertgebouw d’Amsterdam. Cette recherche d’authenticité se reflète non seulement à travers la musique de Mahler, mais aussi par le style des textes qu’il choisit. Le compositeur est fasciné par « le style et le caractère » de la collection de poèmes populaires réunis par Clemens Brantano et Achim von Arnim, Des Knabens Wunderhorn. Ces poèmes, comme le commente Peter Revers, se veulent proches de « la nature et la vie » et n’ont pas une ambition littéraire démesurée. Mahler a écrit lui-même le texte pour sa partition de 1884/5, Lieder eines fahrenden Gesellen, se laissant directement influencer par le caractère populaire des poèmes du Wunderhorn et allant jusqu’à en emprunter quelques vers. Le contexte biographique de ces Lieder est son histoire d’amour malheureux avec Johanna Richter, cantatrice au Kasseler Theater, dont Mahler est le directeur artistique à cette époque. Dans une lettre adressée à son ami Friedrich Löhr, le compositeur lui confie qu’il a secrètement dédié ces Lieder à Johanna. Une situation analogue existe dans le cycle Winterreise, de Franz Schubert, où l’amant malchanceux entreprend un voyage solitaire. Le rythme de la marche est d’ailleurs omniprésent dans Lieder eines fahrendes Gesellen, que ce soit en accompagnement de la mélodie initiale, enjouée, jusqu’à la marche funèbre qui clôt ce cycle. L’un des éléments distinctifs, par rapport au recueil de Schubert, est le contraste entre les mondes intérieur et extérieur : alors que chez Schubert le paysage d’hiver, hostile, reflète l’état d’âme du voyageur, chez Mahler, le héros évolue dans un paysage printanier en fleurs, d’où un contraste accru entre tristesse intérieure et gaieté ambiante.

Le poète romantique Friedrich Rückert (1788-1866) a surmonté le désarroi causé par la mort de ses enfants, Luise et Ernst, en écrivant des centaines de poèmes, qui ne furent publiés qu’après sa mort. Entre 1901 et 1904, Mahler choisit cinq d’entre eux pour la composition de ses Kindertotenlieder. Plus tard, en juillet 1907, il perd sa propre fille, Maria Anna. Se remémorant alors cette composition, il remarque celle-ci : « À l’époque, je me suis imaginé avoir perdu un enfant. Mais maintenant que j’ai vécu la douleur de perdre ma propre fille, je me rends au contraire compte que je serais totalement incapable de composer ces Lieder une seconde fois. » L’été 1901, date à laquelle Mahler se met à écrire les premiers Kindertotenlieder, correspond à une période intense où il étudie à fond l’œuvre de Jean-Sébastien Bach. Profondément impressionné, il relate : « Il m’est impossible d’exprimer par des paroles jusqu’à quel point j’apprends quotidienne- ment de ce grand maître. » L’influence de Bach sur Mahler est nettement perceptible dans les Lieder. Son écriture devient à la fois plus linéaire et polyphonique. Si le premier Lied, Nun will die Sonn’ so hell aufgeh’n, accuse d’ailleurs une texture épurée, un contrepoint à deux voix aux dissonances légèrement marquées, le troisième, Wenn dein Mütterlein, ressemble étonnamment à un mouvement de trio baroque, déroulant le duo des voix supérieures au-dessus du soutien de la ligne inférieure, constituée par la basse.

En parallèle à la composition de ses Kindertotenlieder, Mahler se plaît à mettre cinq autres poèmes de Rückert en musique. Ces Lieder supplémentaires ne forment pas un véritable cycle, mais constituent plutôt un bouquet de pièces disparates, liées entre elles par le fait qu’elles portent le sceau d’un seul et même auteur. Le premier Lied, Blicke mir nicht in die Lieder, offre un accompagnement volubile, en forme de perpetuum mobile. Cet élément omniprésent permet d’habitude à Mahler d’exprimer l’effervescence désagréable du monde qui l’entoure, son aspect irréfléchi et dénué de sens. Dans le cas présent, il s’agit davantage de représenter l’énergie créatrice incessante qui anime le compositeur. Ich atmet’ einen Linden Duft est peut-être la mélodie la plus tendre de tous les Lieder de Mahler. C’est par des lignes aériennes, ascendantes et descendantes, que le compositeur choisit d’y dépeindre l’arôme subtil d’une branche de tilleul, que la bien- aimée a déposée dans la pièce. Par contraste, Um Mitternacht traite d’obstacles douloureux contre lesquels l’individu se bat pour combattre la « souffrance de l’humanité ». Dans cette mélodie, l’écriture sombre de Mahler transmet clairement et dès les premières mesures une lourde sensation d’échec, grâce à un balancement immuable et stationnaire, appuyé par des gammes descendantes au caractère résigné. La dernière strophe, dans laquelle le héros confie son destin et celui de l’humanité à Dieu, offre toutefois un merveilleux contraste avec les pages qui précèdent. La majesté de Dieu y est exprimée par de puissants éclats de fanfare et des arpèges volubiles. Cette composition est curieusement liée à une expérience traumatique dans la vie du compositeur : en février 1901, il succombe presque à une importante hémorragie nocturne, sauvé de justesse par une opération d’urgence. Liebst du um Schönheit se dirige vers des horizons bien différents. Mahler compose cette chanson d’amour, aussi passionnée que brève, pour l’offrir en cadeau à sa jeune épouse, Alma. Avec ses harmonies changeantes, ses gammes pentatoniques aux couleurs exotiques et ses motifs de quatre notes superposées de façon subtilement irrégulière, les caractéristiques de Ich bin der Welt abhanden gekommen annoncent déjà l’imposante partie finale de Das Lied von der Erde : Der Abschied. Il ne fait aucun doute que cette mélo- die est la plus profondément émouvante des cinq Rückert-Lieder. Elle raconte un éloignement instinctif, presque inconscient, de la vie de tous les jours et l’expérience transcendante de la solitude.

En voici le texte :

Je suis mort au tumulte du monde
Et je repose dans une région tranquille.
Je vis seul dans mon ciel,
Dans mon amour, dans mon chant.

– Friedrich Rückert

© Oliver Korte et Ya-Chuan Wu
Traduction: Isabelle Trüb

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À propos

David John Pike
David Briggs
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