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FL 2 3119

Autour de Debussy

Date de sortie 06 mars 1998
Numéro de l'album FL 2 3119
Periodes XXe siècle

Informations sur l'album

Debussy: Prélude à l’Après-midi d’un faune, Syrinx

Tâche donc, instrument des fuites, ô maligne Syrinx, de refleurir aux lacs où tu m’attends!
?Mallarmé, L’Après-midi d’un faune

Le Prélude à l’Après-midi d’un faune de Claude Debussy (1862-1918) fut joué pour la première fois le samedi 22 décembre 1894. Dans une lettre, probablement datée du lendemain, Mallarmé eut ceci à dire:

« Je sors du concert, très ému: la merveille! votre illustration de l’Après-midi d’un faune, qui ne présenterait de dissonance avec mon texte, sinon qu’aller plus loin, vraiment, dans la nostalgie et dans la lumière, avec finesse, avec malaise, avec richesse. Je vous presse les mains admirativement, Debussy. »

Quelques trois ans plus tard, Mallarmé envoyait à Debussy un exemplaire du poème, accompagné, selon son habitude, des vers suivants:

Sylvain d’haleine première
Si ta flûte a réussi,
Ouïs toute la lumière
Qu’y soufflera Debussy.

De grandes affinités esthétiques liaient les deux hommes, et il suffit pour le voir de rappeler une parole de Mallarmé à Cazalis, dite quelques temps avant la conception de ce qui s’appellera d’abord Improvisation d’un Faune, puis Monologue d’un Faune: « J’ai enfin commencé mon Hérodiade. Avec terreur, car j’invente une langue qui doit nécessairement jaillir d’une poétique très nouvelle, que je pourrais définir en ces deux mots: « Peindre, non la chose, mais l’effet qu’elle produit. »

Avec son Prélude, Debussy inventa aussi un langage nouveau, et sa poétique sera celle de l’immobile, poétique entrevue dès 1885 quand, pour sa Diane au bois, le compositeur avait cherché cette « phrase d’une belle froideur », qui deviendra la troublante arabesque qui ouvre le Prélude à l’Après-midi d’un faune. Cette même année 1885, il écrit d’ailleurs à Eugène Vasnier: « J’aimerai toujours mieux une chose où, en quelque sorte, l’action sera sacrifiée à l’expression longuement poursuivie des sentiments de l’âme. » Ce que ni Debussy ni Mallarmé ne pouvaient entrevoir, c’est que leurs « Faunes » contribueront, d’une certaine manière, à la renaissance d’un instrument oublié depuis trois-quarts de siècles.

Le Romantisme, en effet, n’avait guère porté attention à la flûte: on ne la retrouve, soliste, chez aucun des maîtres de l’époque, Schumann, Liszt, Mendelssohn, Franck ou Saint-Saëns, et la virtuosité de quelques musiciens de salon (on pense aux frères Doppler) n’aura su faire pour elle ce que celle de Paganini aura fait pour le violon.

Avec l’Après-midi d’un faune, l’instrument devient symbole, associé à l’antique faune, à Pan, et donc au désir, au rêve de jouissance. Dans les Chansons de Bilitis de Pierre Louÿs (1895), la flûte, bien sûr, est présente de manière sensuelle: « Pour le jour des Hyacinthies, il m’a donné une syrinx faite de roseaux bien taillés, unis avec la blanche cire qui est douce à mes lèvres comme du miel. »

Presque vingt ans plus tard, la mode de l’antique n’étant pas encore épuisée, c’est le poème dramatique Psyché de Gabriel Mourey qui fait naturellement appel à l’instrument. Syrinx — le titre original de Debussy était La Flûte de Pan — fut composé pour l’occasion, destiné à être joué à l’acte 3, dans une scène qui évoque Pan, scène troublée à la fois par le désir et son refus: « Je le trouve effrayant et très beau, radieux et terrible… » (signalons ici la récente édition de l’œuvre d’après le manuscrit de Bruxelles chez Wiener Urtext, édition préfacée par Alain Marion).

Les amis de Debussy : Caplet, Dukas, Pierné, Koechlin, Inghelbercht

À l’époque où il écrit le Prélude à l’Après-midi d’un faune, Debussy fréquentait déjà les Mardis de la rue de Rome de Mallarmé, où il pouvait retrouver, outre son ami Pierre Louÿs, Camille Mauclair, Ernest Chausson, Auguste Renoir, André Gide, Paul Valéry et Whistler, parmi tant d’autres. Dans la dernière décennie de sa vie, c’est Debussy, désormais le maître, qui se voit entouré d’amis proches, d’admirateurs et de disciples. Parmi ces derniers, André Caplet (1878-1925) est une figure importante.

La collaboration de ce compositeur et chef d’orchestre fut essentielle à Debussy: c’est lui, en effet, qui complète les œuvres Gigues et le Martyre de Saint Sébastien; il sera aussi l’auteur des orchestrations de Children’s Corner et de la Boîte à joujoux, ainsi que des transcriptions pour piano de La Mer et de Images. Deux époques distinctes sont présentées sur ce disque. La Petite valse et la Rêverie, toutes deux de 1897, appartiennent aux années de jeunesse, où à l’esthétique impressionniste se mêle encore la légèreté du salon. Les Improvisations (d’après les quinze mélodies intitulées le Pain quotidien), quant à elles, datent de 1920 et trahissent une écriture beaucoup plus personnelle, désormais détachée de la manière Debussy.

Charles Koechlin (1867-1950) fut aussi un des proches collaborateurs de Debussy, notamment pour Khamma, œuvre dont Debussy n’avait orchestré que les premières mesures. La Sonate pour piano et flûte fut composée à la même époque que Khamma, de 1911 à 1913. Plus que l’influence de Debussy — car l’œuvre fait parfois plus penser à Fauré — c’est ici l’atmosphère antique et pastorale, digne de son temps, qui est notable. Quant à Désiré Émile Inghelbrecht (1880-1965) et Gabriel Pierné (1863-1937), ils participèrent tous deux à la création d’œuvres importantes de Debussy — le premier dirigea les chœurs à la première du Martyre de Saint-Sébastien (1911), le second donna la première au concert du ballet Jeux (1913) — et tous deux furent, tout au long de leur carrière, d’ardents défenseurs de la musique du maître.

En décembre 1920 paraissait un numéro de La Revue musicale entièrement consacré à Debussy. On y retrouvait des articles d’André Suarès, Alfred Cortot, Émile Vuillermoz, Aubry et Inghelbrecht, des chroniques écrites par, entre autre, Manuel de Falla et Alfredo Casella, mais aussi un « Supplément musical » intitulé Le Tombeau de Claude Debussy qui contenait des « œuvres inédites, composées spécialement en hommage à Debussy par Paul Dukas, Maurice Ravel, Albert Roussel, Erik Satie, Florent Schmitt, Béla Bartok, Manuel de Falla, Eugène Goosens, G. Francesco Malipiero, Igor Strawinsky [sic], sous une couverture ornée d’une lithographie originale de Raoul Dufy ». C’est donc en hommage à son ami, mort depuis deux ans, que Paul Dukas (1865-1935) a composé La plainte, au loin, du faune…, œuvre pour piano, plus tard transcrite pour flûte et piano par Gustave Samazeuilh (avec, d’ailleurs, une certaine logique, car Samazeuilh avait été le transcripteur du Prélude).

Il est clair, à l’écoute, que Dukas ne tentait pas un pastiche de l’œuvre originale, mais bien d’évoquer, dans une atmosphère de triste réminiscence, l’œuvre qui, musicalement, a vu naître le siècle.

© Alex Benjamin

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