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Informations sur l'album

La naissance de Jésus-Christ révolutionne l’ordre temporel et cosmique de l’Antiquité. Il est le  » Soleil  » du salut et de la justice divins, qui éclaire de nouvelles significations tous les événements passés et futurs de l’histoire de l’homme.
Matilde Battistini, Symboles et allégories, 2004.

Aucune fête de l’année liturgique n’a depuis le Moyen Âge suscité une dévotion aussi intense ni donné lieu à une aussi importante floraison musicale que celle de Noël. À côté des compositions de grande envergure que nous ont laissées Schütz, Charpentier, Bach ou Berlioz, l’histoire a retenu, particulièrement à l’époque baroque, une myriade d’œuvres en tout genre où se manifeste la joie associée à cette célébration. Qu’il soit anonyme ou signé des plus grands noms, une atmosphère de candeur se dégage de ce répertoire et les mélodies en sont simples et faciles à retenir. Sans établir de frontière stricte entre sacré et profane, les compositeurs emploient souvent comme points de départ tant des airs populaires que des plains-chants associés au temps de Noël depuis le Moyen Âge; ils mettent en musique des textes pieux de circonstance, comme le Magnificat, ou des livrets de cantates composées exprès  » per il Santissimo Natale « .

La ferveur populaire s’est volontiers identifiée aux bergers de la crèche, sans doute parce que c’est à eux d’abord, si l’on se fie à l’Évangile de Luc, que les anges ont annoncé la naissance salvatrice et aussi parce que ce sont les humbles qui en retireront le plus d’avantages. Pour manifester leur dévotion, les paysans chantaient, dansaient et jouaient depuis fort longtemps des instruments champêtres, flûtes à bec, chalumeaux, piffari, hautbois, ainsi que des instruments à bourdon que sont les musettes et vièles à roue. Les compositeurs transposeront dans des formes savantes et en les raffinant les éléments de ces musiques modestes et touchantes.

De plus, les Italiens ont associé le doux balancement de la sicilienne à la tendresse toute maternelle qui accompagne la naissance de Jésus, puisque, comme Johann Mattheson l’estime à juste titre, son rythme particulier — en 6/8 ou 12/8 légèrement pointé — évoque  » un amour immaculé et pudique, une naïveté sans fard, naturelle et agréable « . Quelles soient pièces d’orgue, mouvements de concertos ou arias de cantates, les pastorales — qu’il ne faut pas confondre avec le genre profane mettant en scène les amours heureuses ou contrariées des bergers de la mythologique Arcadie — suivent toutes de près ou de loin ce gracieux rythme de berceuse, avec dans certains passages une tenue de pédale qui remplace le bourdon des instruments rustiques.

À côté des concertos de Noël bien connus signés Arcangelo Corelli ou Giuseppe Torelli et qui se terminent par une sicilienne figure la Pastorale per il Santissimo Natale di nostro Signor Jesu de Gaetano Maria Schiassi, musicien de l’école de Bologne qui finira ses jours à Lisbonne en 1754, après avoir travaillé un temps en Allemagne. Ce concerto, conservé en manuscrit, oppose, au milieu de nombreux effets d’écho, le procédé du canon de son Allegro à la candeur de la pastorale qui constitue son dernier mouvement. Celui-ci s’achève sur une montée pianissimo qui cherche sans doute à illustrer l’envol des anges vers le ciel, une fois leur annonce faite.

Musicien espagnol arrivé à Puebla en 1679, Antonio de Salazar est huit ans plus tard et jusqu’à sa mort en 1715 maître de chapelle de la cathédrale de Mexico. Son villancico Tarara tarara qui yo soy Antóniyo donne la parole au jeune pâtre Antonio,  » noir de naissance « , qui familièrement et joyeusement nous invite à le suivre à la crèche pour contempler Jésus et la Vierge Marie. La figure de la Mère, on le sait, frappe particulièrement l’imaginaire des cultures latines. Délaissant le mystère théologique abstrait de l’Incarnation, l’esthétique baroque a préféré miser, à l’occasion de la Nativité, sur une émotion à laquelle chacun pouvait communier, soit l’amour maternel, si bien évoqué par la naissance de l’Enfant.

Comme chez Salazar, le sacré et le profane se confondent dans la Cantata pastorale d’Alessandro Scarlatti, donnée à Rome ou à Naples autour de 1700 dans le palais d’un prince ou d’un cardinal à la veille de Noël. Son texte rend hommage à la  » pura verginella nacque già l’eterna prole  » et enjoint les bergers à courir  » a celebrar l’alto natale  » en offrant leur cœur à Jésus, qui est à la fois l’Agneau de Dieu et le berger par excellence. La deuxième partie de l’introduction instrumentale de la cantate et sa dernière aria sont de délicates siciliennes, avec leurs notes de basse tenues comme le bourdon de la zampogna, ou musette italienne.

L’aspect populaire de la fête de Noël s’exprime un peu différemment chez les Français. Depuis le XVIIe siècle, en effet, comme thèmes pour des variations parfois fort virtuoses, les organistes, tels les Dandrieu ou Louis Claude Daquin, se servent des noëls que le peuple chante. Ce sont des mélodies passe-partout, puisqu’elles peuvent servir de support à plusieurs textes — c’est ce qu’on nomme des  » timbres  » —, dont l’origine lointaine est inconnue mais indubitablement profane. Marc-Antoine Charpentier en compose de fort beaux pour les instruments aux environs de 1690, parallèlement à sa célèbre Messe de Minuit, en conciliant avec élégance l’écriture savante et l’esprit du matériau de départ. Il sera suivi quelques années plus tard par Michel-Richard Delalande, qui insère cependant ses noëls proprement dits dans des simphonies et ritournelles originales, comme pour leur faire un écrin.

 » En conciliant les techniques de la musique savante et l’esprit de la musique populaire de Noël, fait de douceur, de fraîcheur et d’une certaine naïveté « , selon les mots de Catherine Massip, les maîtres du Baroque ont rendu palpable l’insondable mystère de l’Incarnation, le revêtant des émotions associées à l’espérance, à la paix et au pur amour.

© François Filiatrault, 2005.

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À propos

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