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AN 2 9905

Purcell, Jenkins, Campion: Fantaisies anglaises

Date de sortie 16 novembre 2004
Numéro de l'album AN 2 9905
Periodes Baroque
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

N’aie pas peur : cette île est pleine de bruits,
de sons et de doux airs qui charment sans blesser.

Shakespeare,
La Tempête, 1611.

Son insularité a permis à la Grande-Bretagne de développer une culture tout à fait originale et, sur le plan musical, d’intégrer avec un jugement très sûr les divers éléments de tous ordres que lui proposaient les musiques issues du continent. On considère généralement que l’âge d’or de la musique anglaise s’étend du règne d’Henri VIII à celui de Charles Ier, soit de 1540 à 1640 environ; c’est la période qu’on qualifie commodément d’élisabéthaine, bien sûr en référence au grand nombre d’années pendant lesquelles Élisabeth Ire a protégé les écrivains, les savants et, au premier chef, les musiciens. Mais le XVIIe siècle en son entier n’a pas démérité. Il voit l’éclosion en Italie des procédés et des idéaux expressifs qui seront ceux du Baroque et l’Angleterre, que les troubles de la Guerre civile n’ont laissée que très brièvement sans musique, les adaptera graduellement à son langage et à sa tradition.

S’il n’a pas la profondeur et la richesse harmonique d’un John Dowland, Thomas Campion figure au tout début du siècle en bonne place parmi les meilleurs maîtres du lute song, genre qu’Henry de Rouville décrit comme  » une miniature pour une voix et luth, dont l’accompagnement crée l’atmosphère, de la tendresse pastorale à l’amour malheureux « , et dans laquelle on retrouve  » cet humour triste tellement britannique donnant l’impression que les larmes ont envie de danser « . Campion n’est cependant pas un musicien professionnel. Bien qu’il ait rédigé un traité de contrepoint et participé comme compositeur et metteur en scène à quelques masques, dont celui représenté à Whitehall en 1607 pour le mariage de Lord Hayes, il avait d’abord étudié le droit et la poésie latine, avant d’aller sur le continent parfaire une formation de médecin. C’est la raison pour laquelle son ami le luthiste Philip Rosseter qualifie ses airs de  » fleurs superflues de ses profondes études « . Fin lettré – T.S. Eliot estimera qu' » à l’exception de Shakespeare, il est le maître le plus accompli de la poésie rimée de son temps  » –, Campion écrit lui-même les textes qu’il met en musique. Il laisse quatre livres d’airs dans lesquels perce l’influence de la nouvelle monodie mise de l’avant par Caccini et qui voulait unir intimement paroles et musique. Les pages de titre des recueils indiquent qu’on peut les chanter non seulement accompagnés par un luth, mais aussi par les violes ou tout autre instrument.

Au contraire de Campion, qui n’a laissé que de la musique vocale profane, l’œuvre de John Jenkins est essentiellement instrumentale. Sa longue vie en fit un musicien très prolifique et ses compositions montrent la lente transformation des formes musicales anglaises sous l’influence de l’Italie et de la France. Il appartient en effet à cette génération qui a effectué le passage des constructions polyphoniques de la Renaissance à la nouvelle musique de chambre. Luthiste et violiste, il est dès 1625 au service de Charles Ier; ayant perdu son emploi durant la Guerre civile, il sera rengagé en 1660 comme théorbiste de la Private Musick de Charles II. Jenkins a cependant mené l’essentiel de ses activités musicales auprès de familles nobles, vivant en ami dans leurs demeures à la campagne et faisant sans doute avec ses patrons des séjours fréquents à Londres. Jenkins compose d’abord des fantaisies (ou fancies) polyphoniques pour consort de violes, mais il modifie bientôt son écriture et intègre aux procédés contrapuntiques, tout en montrant de belles qualités mélodiques, le principe de la basse continue et la tournure des danses continentales; à cet égard, il substitue l’allemande et la courante au couple formé depuis plusieurs décennies par la pavane et la gaillarde. Il remplace également le dessus de viole par le violon, instrument nouveau venu d’Italie et longtemps regardé avec une pointe de mépris comme tout juste bon à faire danser, contribuant à lui donner ses lettres de noblesse.

Brève et lumineuse comète dans le ciel anglais de la fin du XVIIe siècle, Henry Purcell, organiste à Westminster et musicien de la cour, du règne de Charles II à celui de la reine Anne, intègre les influences italienne et française les plus récentes en un style éminemment personnel. Ainsi, ses sonates en trio, inspirées par celles de Bassani et de Corelli, ont une complexité harmonique qu’on chercherait en vain chez ses modèles. Malgré sa courte vie, Purcell a écrit dans tous les genres musicaux de son temps. Son œuvre scénique comprend, en plus de Dido and Æneas, son seul véritable opéra, d’innombrables morceaux tant instrumentaux que vocaux de toutes dimensions.

Mariant musique et texte avec une incomparable justesse dramatique, il illustre avec un égal bonheur tous les registres affectifs et Benjamin Britten dira que personne mieux que lui n’a fait chanter la langue anglaise. Dans plusieurs de ses airs, où perdure le charme poétique de l’ancien lute song, la mélodie se déploie sur une basse obstinée (ou ground), un procédé où Purcell puise – comme dans Music for a while et dans le lamento de Didon When I am laid in Earth –, malgré ou à cause des contraintes qu’il impose, une inspiration sans cesse renouvelée, avec des couleurs harmoniques parfois étonnantes. Si la sensibilité, le tour mélancolique et la vigueur fiévreuse que montre son style sont courants dans l’Angleterre de son temps, il faut convenir qu’il y fait mieux que ses contemporains!

Aussitôt après la mort précoce de Purcell, la musique anglaise est en perte de vitesse et Londres, tout en demeurant une des plus importantes villes musicales d’Europe, sera livrée pour le siècle suivant aux nombreux musiciens venus du continent.

© François Filiatrault, 2004.

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