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Dans l’immense production de Johann Sebastian Bach, les cantates et les chorals d’orgue occupent une place de première importance.  » En explorant ce vaste répertoire, l’idée de proposer un programme qui obéit au calendrier liturgique luthérien s’est imposée « , explique Luc Beauséjour.

On retrouve donc sur cet enregistrement des arias et chorals pour orgue conçus pour l’Avent, la Nativité, le Jour de I’An, la Septuagésime, I’Annonciation, les fêtes de Pâques, la Pentecôte, la Trinité et la fête de la Réformation. À cela s’ajoute quelques chorals d’orgue liés à divers aspects de la vie du chrétien : actions de grâce, confession, dogme et instruction religieuse. Ce programme unique est magnifiquement interprété par la jeune soprano Shannon Mercer, l’organiste Luc Beauséjour, la violoniste Nicole Trottier et le hautboïste Washington McLean.

J.S. Bach: Ancrer la religion dans le quotidien

Au lendemain de la Guerre de Trente Ans (1618-1648), conflit qui a décimé près de la moitié de la population et qui a rayé de la carte des villages entiers, l’Allemagne panse ses plaies. La religion n’est plus synonyme de la pratique plus ou moins régulière d’un culte mais devient part essentielle de la vie quotidienne et régit les modèles sociaux de l’époque. Si, en 1648, les Traités de Westphalie ont reconnu au même titre les trois religions chrétiennes (catholique, luthérienne et calviniste), ils en ont également circonscrit les limites territoriales. La Saxe, où Johann Sebastian Bach a résidé toute sa vie, est consacrée terre d’élection du luthéranisme, Martin Luther (1483-1546) ayant complété ses études à Eisenach, la ville natale de Bach. La théologie de Luther est centrée essentiellement sur quatre points. L’égoïsme est le péché majeur qui éloigne l’homme de Dieu et de ses semblables. La vocation de chacun est de s’incarner dans le monde et les chrétiens n’ont pas besoin d’intermédiaire pour aimer Dieu. L’homme pécheur doit s’abandonner à Dieu à travers la foi. La Parole de Dieu est le seul guide infaillible pour trouver le bon chemin.

La société s’articule autour de deux axes complémentaires : l’existence communautaire (que ce soit à l’église ou au sein du gouvernement) et la vie familiale, microcosme de la première. Dans les deux lieux, le lien avec le divin s’établit avant tout par le choral, genre musical initié par Luther (plus de 1500 sont signés de sa main) qui, par la simplicité de ses formes et sa langue vernaculaire, facilitent l’état de réceptivité du fidèle.  » Celui qui chante prie doublement « , aime-t-il à répéter. Bach a lu tous les écrits de Luther, les a annotés. Ce n’est donc pas un hasard si, dans son immense production, les cantates (environ 300, dont plus de 200 nous sont parvenues) et les chorals d’orgue (plus de 200) occupent une place de première importance. À Leipzig, le compositeur complètera ainsi cinq cycles de cantates pour chacun des événements de l’année liturgique, qui en comprend une soixantaine.

Le calendrier luthérien est divisé en deux parties, la première relatant les moments forts de l’existence terrestre de Jésus et la seconde dédiée à la propagation du message de Jésus à travers le monde. Le calendrier s’amorce avec l’Avent, période de quatre semaines précédant Noël. Les célébrations entourant la Nativité se concluent à l’Épiphanie, douze jours plus tard. À l’époque de Bach, suivent ensuite les semaines post-Épiphanie, la Septuagésime (une période de 17 jours, débutant neuf dimanches avant Pâques et se terminant le mardi précédant le Mercredi des Cendres), le Carême (du Mercredi des Cendres au Samedi Saint), Pâques, l’Ascension (le retour de Jésus auprès de son père dans les cieux, 40 jours après Pâques) et la Pentecôte (l’Esprit saint descend sur les Apôtres, 50 jours après Pâques). Les dimanches entre la Pentecôte et l’Avent font partie de l’Ordinaire, le premier de ces dimanches étant dédié à la Trinité. Le dernier dimanche d’octobre souligne quant à lui la Réformation, Luther ayant affiché, le 31 octobre 1517, 95 thèses dénonçant les scandales de l’Église romaine catholique sur la porte de l’église de Wittenberg (Saxe), geste qui devait mener à son excommunication et à la naissance du luthéranisme.

L’office luthérien se scinde en deux parties, l’une textuelle (qui atteint son apogée dans le sermon), l’autre eucharistique, mais toutes deux soutenues par la musique. La cantate est généralement interprétée entre la lecture des évangiles et le sermon, sauf si elle est de dimension plus imposante, auquel cas, ses deux sections encadrent le sermon. La partie musicale de la célébration demeure toujours en lien avec les lectures du jour, qu’elle commente. À un dimanche donné de l’année liturgique correspond ainsi une cantate spécifique, qui exigera la lecture d’un passage biblique en particulier. Bach, plus que tout autre compositeur peut-être, était particulièrement dédié à l’exploration du temps liturgique et ces correspondances n’ont donc rien de fortuit. Le texte, provenant de diverses sources, comprend des passages bibliques, parfois paraphrasés, des poésies libres reprenant à l’occasion certains des thèmes du sermon et des strophes de choral.

 » Les cantates entendues au cours des services luthériens sont habituellement constituées de divers éléments comme les chœurs, les récitatifs et les arias. Celles-ci sont chantées par de jeunes garçons à l’époque de Bach et parfois accompagnées d’un seul instrument mélodique, le plus souvent le hautbois, instrument de prédilection de Bach, précise Luc Beauséjour. Les cantates étaient complétées par des harmonisations de chorals, ces cantiques luthériens simples et à la carrure définie, bien connus des fidèles et facilement identifiables, même à travers les improvisations complexes des organistes.  » L’emploi d’un thème de choral d’orgue à un endroit précis de la liturgie peut très souvent s’expliquer par le sens des paroles auxquelles il est lié. Johann Gotthielf Ziegler rapporte :  » Pour le jeu du choral, mon professeur, le maître de chapelle Bach, encore en vie, me l’enseigna de telle sorte que je ne joue pas les chorals simplement tels quels, mais d’après le sentiment indiqué par les paroles.  » Comme tous les fidèles connaissent par cœur le texte (et non seulement la première strophe), Bach peut ainsi utiliser le matériau de façon fortement suggestive. En maître peintre, il choisit donc les cantiques les plus susceptibles de capter l’imagination des fidèles, de les émouvoir. Chaque mot, chaque intervalle, chaque choix interprétatif est lié à des mots-clés, à un rapport spécifique entre écritures biblique et musicale. Les chorals deviennent ainsi à la fois instrument de transmission du message et moyen de faire sien le texte, en y prenant une part active.

La musique sacrée chez J.S. Bach possède donc essentiellement des qualités expressives. Pratiquant convaincu, le compositeur ne peut dissocier son activité de créateur de sa foi, comme en témoigne ces trois lettres, que l’on trouve en en-tête de toutes les partitions majeures de Bach : S.D.G. Soli Deo gloria! (À Dieu seul la gloire!) Qu’elle ait été destinée au culte luthérien ne fait aucun doute mais elle en dépasse aujourd’hui largement les frontières par son universalité.

© Lucie Renaud

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AN 2 9959
Luc Beauséjour
AN 2 9959

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