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AN 2 9812

Baroque Transcriptions: trompette & orgue

Informations sur l'album

L’art de la transcription a toujours existé. Il n’est qu’à penser aux chansons de la Renaissance adaptées pour le clavier, aux transcriptions de Liszt et Busoni et à celles, plus récentes, de Gould ou Godowsky pour s’en convaincre. Par définition, l’adaptation d’une œuvre musicale pour un instrument autre que celui pour lequel il a été pensé constitue une transcription.

Bach lui-même a arrangé pour l’orgue plusieurs concertos de Vivaldi. Dans une transcription, il est souvent difficile de respecter le modèle original. Aussi, certaines adaptations peuvent-elles aller jusqu’à transformer la pensée du compositeur. Les lieder de Schubert transcrits par Liszt en sont une preuve éloquente. Les exemples suivants, tirés de notre enregistrement, montrent qu’il existe plusieurs degrés de fidélité.

Dans les chorals de Bach Nun Komm der Heiden Heiland et Ich ruf zu dir, la mélodie du cantique est entendue sans autre modification à la trompette plutôt qu’à l’orgue et dans le Trio en si mineur, la voix du dessus est jouée à la trompette plutôt que sur un des claviers de l’orgue. Le texte est donc conforme à la version primitive. Par contre, les modifications apportées à l’Adagio d’Albinoni sont d’un autre ordre puisqu’il s’agit au départ d’une œuvre reconstituée. À la manière du trompettiste Maurice André, duquel nous avons emprunté deux courtes cadences, nous avons supprimé certains passages, réécrit certains autres, et ajouté quelques ornementations.

Henry Purcell

Très souvent, les compositions pour trompette de Henry Purcell servaient d’interludes dans les œuvres vocales ou les musiques de scène. La Sonate en ré majeur, originalement écrite pour trompette, cordes et basse continue, a probablement joué le même rôle. Nous avons redistribué les parties des cordes aux claviers et au pédalier de l’orgue. Pour donner plus d’ampleur au troisième mouvement, des reprises ont été ajoutées afin de permettre une ornementation de la partie de trompette.

La Suite no 6 en ré majeur pour clavecin provient du recueil A Choice of Lessons for Harpsichord or Spinnet (1696). Huit courtes suites dédiées à la Princesse Anne y sont rassemblées. Elles furent publiées par la veuve du compositeur en 1696. Écrites dans le style français, ces charmantes pièces comportent de très courts mouvements. Le joyeux  » Hornpipe  » en est un exemple.

Johann Sebastian Bach

On croit que la version originale de la Sonate en trio pour deux flûtes et basse continue en sol majeur (BWV 1039) et celle de la Sonate pour viole de gambe et clavecin en sol majeur (BWV 1027) était une sonate en trio pour deux violons et basse continue, aujourd’hui perdue. La transcription pour orgue de trois mouvements de cette œuvre égarée a probablement été réalisée par le compositeur allemand Johann Peter Kellner (1705-72).

Parmi les modifications importantes qu’il fit, on note la simplification de la ligne de basse afin de la rendre jouable au pédalier et la suppression de six mesures dans le deuxième mouvement et de onze mesures dans le quatrième mouvement. Comme le troisième mouvement manquait, nous l’avons reconstruit à partir de la version pour viole de gambe et clavecin et de la version pour deux flûtes et basse continue. La deuxième voix est empruntée à la version pour viole et la basse provient de la version pour flûtes. Les trois voix de cette sonate en sol majeur sont distribuées de la manière suivante: la voix la plus aiguë est confiée à la trompette, l’autre voix à un clavier de l’orgue et la basse est jouée au pédalier (mouvements 1 et 3) ou à un autre clavier de l’orgue (mouvements 2 et 4).

Comme il est physiquement impossible pour un trompettiste d’enchaîner de façon continue de très longues phrases, certains passages de la ligne du dessus sont échangés entre la trompette et l’orgue.

Le Trio en si mineur pour orgue est la transcription quasi intégrale de la Sinfonia en ré mineur (BVW 790). L’adaptation est sans doute l’œuvre de Leonhard Frischmuth, un élève de Johann Peter Kellner. La trompette joue la ligne supérieure tandis que les deux autres voix sont jouées à l’orgue, sur deux claviers. La basse, assurée par la main gauche, fait entendre, entre autres, un jeu grave, le bourdon de 16′ du grand orgue.

« Bist du bei mir » appartient au Petit Livre d’Anna Magdalena Bach. Cette aria fut composée par Gottfried Heinrich Stölzel (1690-1749) et évoque une vision sereine de la mort: « Si tu restes auprès de moi, j’irai dans la joie vers la mort ». Notre version très dépouillée, puisqu’elle fait entendre le clavecin seul en accompagnement, permet au chant de la trompette de s’épanouir librement.

Le choral de l’avent Nun komm der Heiden Heiland (Viens maintenant, Sauveur des païens), dont la mélodie est d’inspiration grégorienne, fait partie du recueil des chorals de Leipzig. D’une mystérieuse et poignante beauté, cette composition fait entendre à la trompette une mélodie parée de vocalises et traduit l’image des païens abandonnés implorant le Sauveur.

Les 45 chorals de l’Orgelbüchlein (Petit Livre d’orgue) peuvent être répartis selon trois grands cycles: ceux de Noël, Pâques et la vie du chrétien. Les qualités poétiques de ces tableaux édifiants en font des œuvres à contempler avec les yeux de la foi.

La lumière du plein jeu de l’orgue s’accorde à merveille avec le texte du choral pour le temps de l’avent Herr Christ, der einig’ Gott’s Sohn (Seigneur Christ, fils unique de Dieu): « Il est l’étoile du matin, il lance son éclat au loin surpassant en clarté les autres étoiles. »

Dans le choral Es ist das Heil, uns kommen her (Le salut nous est venu), Bach écrit une solide composition au caractère franc, affirmant en musique que notre foi, plutôt que nos œuvres, nous rapprochent de Jésus-Christ. Ce choral ne pourrait être mieux servi que lorsque l’orgue parle à pleine voix.

Dans Ich ruf’ zu dir, Herr Jesu Christ (Je crie vers toi Seigneur), appartenant au cycle de la vie chrétienne, c’est le deuxième vers du choral, « je t’en supplie, entends mes plaintes », qui a retenu l’attention de Bach. La mélodie est jouée ici à la trompette tandis que les deux autres voix de ce trio supportent le chant plaintif.

Les préludes en la bémol et mi majeur, respectivement du premier et du deuxième livre du Clavier bien tempéré (1722, 1744), ont été adaptés assez librement par le trompettiste russe Timofie Dokshizer. Le musicologue italien Alberto Basso voit dans le Prélude en la bémol un allegro de concerto. Le Prélude en mi, qui ressemble à un morceau de suite, montre l’intérêt que Bach a porté à la forme bipartite dans plusieurs de ses préludes du second livre.

George Frideric Handel

La plaisante Sonate en sol majeur, op.1 no 5, pour flûte traversière et basse continue, existe aussi dans une version pour hautbois. Composée de cinq courts mouvements, elle se termine par deux danses, une bourrée et un menuet. Tous les mouvements sont joués ici à la trompette piccolo dont le timbre lumineux et brillant confère éclat et bonne humeur à la musique de Handel.

« Ombra mai fù » (le célèbre Largo de Handel), est extrait du premier acte de l’opéra Serse (1738). Dans la première scène du premier acte, le roi perse Serse, fait l’éloge de l’ombre d’un platane (Jamais l’ombre [d’une plante] ne fut [aussi chère]). Cette touchante mélodie, jouée ici à l’orgue, est colorée par le nazard 2′ 2/3, un jeu de l’orgue qui fait entendre la quinte.

L’Adagio d’Albinoni

Le célèbre Adagio d’Albinoni est une réalisation datant de 1945. Le musicologue italien Remo Giazotto (1910-98), auteur de plusieurs biographies romancées de musiciens italiens célèbres dont Albinoni et Vivaldi, échafauda une nouvelle œuvre pour orchestre à cordes et orgue à partir d’une ligne de basse et de six mesures de mélodie de Tomaso Giovanni Albinoni (1671-1750), provenant probablement du mouvement lent d’une sonate en trio. L’œuvre contribua largement à la redécouverte du compositeur baroque. La trompette piccolo en si bémol, par la couleur de son timbre, permet à la pénétrante mélodie de l’Adagio de sonner avec intensité.

Les trompettes utilisées

Afin d’obtenir une plus grandes variété de couleurs, Paul Merkelo a utilisé trois types de trompettes lors de l’enregistrement: la trompette d’orchestre en do, la trompette piccolo en la et la trompette piccolo en si bémol.

© Luc Beauséjour, 2003

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AN 2 9128 Moments Baroques Piano
Luc Beauséjour
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