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AN 2 9847 Tomasi Desenclos Jolivet Concertos Français Trompette

Tomasi, Desenclos, Jolivet: Concertos français pour trompette

Date de sortie 27 janvier 2015
Numéro de l'album AN 2 9847
Periodes XXe siècle

Ils en ont parlé

Informations sur l'album

Trois oeuvres pour trompette et orchestre, toutes écrites en France par un compositeur ayant vécu exclusivement au 20e siècle, influencées par l’idiome du jazz. On pourrait tracer de nombreux parallèles, mais ces pages ne sont pas de la même eau. Le style compositionnel rigoureux d’Alfred Desenclos en faisait un favori des académiciens et il a fréquemment écrit des pièces de concours pour le Conservatoire de Paris. En revanche, Henri Tomasi, éternel pragmatique, rejetait les systèmes et les méthodes pour une esthétique populaire. Pendant ce temps, André Jolivet faisait partie d’un mouvement qui valorisait la dimension spirituelle de la musique et cherchait à exprimer une part de l’universellement primitif dans son oeuvre. Dans ces optiques uniques, les pièces présentées ici offrent une perspective nuancée de la pensée musicale française et de l’importance grandissante du répertoire pour trompette solo au 20e siècle.

Alfred Desenclos
Né à Portel, France, le 7 février 1912
Mort à Paris, le 31 mars 1971
Incantation, thrène et danse pour trompette et orchestre

Le soi-disant « romantique » Alfred Desenclos faisait partie d’une école de compositeurs français modernes aux carrières définies plus ou moins par les mêmes systèmes et institutions ayant dominé la musique dans ce pays au 19e siècle. Produit du Conservatoire de Paris, gagnant du Prix de Rome en 1942 et auteur de nombreuses pièces de concours de conservatoire notoires, Desenclos a souvent été considéré un compositeur « pédagogique ». Son anonymat devint tel que lors de la première américaine en 1999 de la Messe de requiem, l’une de ses plus importantes oeuvres de grande envergure, elle a été attribuée de façon erronée à un autre compositeur ! On assiste à un récent renouveau d’intérêt pour l’oeuvre de Desenclos, en grande partie motivé par la reconnaissance grandissante accordée à sa technique de composition rigoureuse, à son traitement caractéristique de la mélodie et de l’harmonie, ainsi qu’à l’influence marquée du jazz, tendance importante de la musique française du 20e siècle. Ce premier enregistrement canadien d’Incantation, thrène et danse pour trompette et orchestre demeure un exemple parfait de cette renaissance.

L’« Incantation » s’ouvre sur un emportement énergique de l’orchestre, auquel répond avec une même vigueur la trompette solo par un motif disjoint et angulaire. Un dialogue – ou une dispute – se développe, les interruptions orchestrales se faisant de plus en plus insistantes. Se dissolvant dans un interlude lyrique contrastant dans lequel le soliste et l’orchestre se réconcilient brièvement,la trompette échange des motifs mélodiques avec les violons et les fl ûtes. Des orchestrations riches et colorées combinées à des harmonies teintes d’accords de 7e et de 9e, un accompagnement orchestral sauvagement syncopé et une trompette soliste souvent rapsodique confèrent une esthétique cinématographique jazz des années 1950 au tout, mais toujours dans le contexte et la forme d’un concerto pleinement réalisé. Une flûte solo flotte au-dessus des premières lignes du mélancolique « thrène », une série d’harmonies non résolues se déplaçant en mouvement parallèle ajoutant à l’atmosphère brumeuse et feutrée. Le hautbois reflète la ligne de trompette solo se rapprochant de l’improvisation, suscitant une perception tridimensionnelle de distance et d’espace grâce à des jeux d’échos. Les lignes mélodiques errent à l’intérieur d’un rayon limité, comme si sans but, dans cette méditation aux intonations de ballade jazz. A contrario, « Danse » semble pratiquement bondir de la partition avec ses contretemps percussifs et son dialogue rythmique et mélodique fougueux entre trompette et orchestre. Une cadence du soliste met en vedette le registre complet et les capacités virtuoses du trompettiste, à travers des éclats agités, avant la rentrée de l’orchestre. Des rythmes irrésistibles aux percussions suggèrent une énergie réprimée, menant à une section lyrique élargie au cours de laquelle le plus mémorable thème mélodique est exploré en profondeur. L’oeuvre tout entière fonce vers une conclusion grisante avec un grand coup de l’orchestre.

Henri Tomasi
Né à Marseille le 17 août 1901
Mort à Paris le 13 janvier 1971
Concerto pour trompette et orchestre

Né à Marseille de parents corses, Henri Tomasi a passé la plus grande partie des étés de sa jeunesse sur l’île méditerranéenne, s’y familiarisa avec les chants folkloriques locaux et rêva de devenir marin. Ce ne serait que plus tard, quand ses dons de pianiste émergèrent, que Tomasi tenta d’entrer au Conservatoire de Paris. Ses projets furent contrecarrés par l’éruption de la Première Guerre mondiale mais, avec un pragmatisme qu’il adopterait tout au long de sa carrière, il gagna alors sa vie en jouant et en improvisant dans les cafés, les salles de cinéma et même les bordels. Son pragmatisme était aussi évident dans son approche compositionnelle. Refusant de se conformer à un système ou un style, Tomasi insistait : « J’écris pour le public en général […] La musique qui ne vient pas du coeur n’est pas de la musique. » Même s’il devait fi nalement s’inscrire au Conservatoire et remporter le Prix de Rome en 1927, Tomasi a aussi agi à titre de chef d’une musique militaire pendant la Deuxième Guerre mondiale et était un pionnier de la musique « radiophonique » dans les années 1930 en tant que chef de l’Orchestre radio-symphonique de la Radiodiffusion française. OEuvre la plus connue de Tomasi, le Concerto pour trompette et orchestre n’est que l’un de ses 16 concertos, dont plusieurs destinés aux bois et aux cuivres. Il a été composé en 1948 et créé l’année suivante. Écrit lors d’une période de grande désillusion par rapport à la guerre, le concerto comporte de nombreuses allusions militaristes, du motif de fanfare qui domine le premier mouvement à l’envahissant accompagnement de caisse claire dans la cadence du soliste. De manière révélatrice, le motif de fanfare a une tendance à s’effondrer aux niveaux tonal et rythmique, devenant plus lyrique et imbu de chromatismes. Le premier mouvement se termine aussi en aliénation, la trompette montant lentement vers le registre aigu, l’orchestre flottant au-dessus d’une harmonie non résolue. Le « Nocturne » met en lumière un plan harmonique séduisant au-dessus duquel une trompette soliste infléchie de jazz élabore une mélodie expansive. Un « Finale » spirituel et frénétique utilise les effectifs complets de l’orchestre, s’appuyant sur des combinaisons contrastantes, dont une entre xylophone et tuba, la ligne de trompette chargée dansant au-dessus. Les registres aigus et graves, le sérieux et l’excentrique se côtoient dans cette attrayante conclusion au concerto de Tomasi.

André Jolivet
Né à Paris le 8 août 1905
Mort à Paris le 20 décembre 1974
Concerto pour trompette no 2

Les années d’études parisiennes d’André Jolivet ont été guidées par sa conviction de redécouvrir un élément magique et primitif dans la musique qui, en était-il convaincu, s’était perdue dans la complexité formelle abstraite des nouvelles tendances artistiques. Premier étudiant européen d’Edgard Varèse et membre fondateur de La jeune France avec Olivier Messiaen, Jolivet a cherché à instiller une spiritualité à ses compositions. Il se déclarait lui-même en opposition au néoclassicisme et à Stravinski, de qui il disait : « La musique française ne lui doit rien. » Dans les années 1950, Jolivet s’est tourné vers un style compositionnel articulé autour de la tonalité, largement influencé par le jazz et les possibilités accrues que cette esthétique pouvait offrir à l’orchestre traditionnel.

Écrit en 1954, qualifié de « ballet pour trompette » par le compositeur, le Concerto pour trompette no 2 montre l’influence du jazz dans son orchestration; avec ses 14 instruments à percussion différents, ses parties importantes de piano et de saxophone, on a l’impression d’avoir affaire à un orchestre de danse. L’importance des percussions se fait immédiatement sentir dans les premières mesures, un motif menaçant, presque funèbre. La trompette soliste avec sourdine s’y joint avant que l’orchestre ne prenne le contrôle, la pulsation s’accélérant en une poussée frénétique. Le deuxième mouvement est caractérisé par des accords arpégés au piano omniprésents, des cuivres graves atmosphériques et une mélodie expansive à la trompette. L’ajout graduel d’instruments mène à un accompagnement orchestral complet, la trompette semblant engager un dialogue avec elle-même, grâce à l’utilisation de la sourdine et aux changements de caractère. Le troisième mouvement est un perpetuum mobile initié par le piano : des notes répétées insistantes s’échangent entre les différents groupes instrumentaux de l’orchestre. Une section complète consacrée aux percussions est suivi d’un piano « Harlem stride » qui ancre l’oeuvre dans le jazz. La pluralité des timbres et des styles se superpose et se combine, menant à une presque cacophonie stylisée lors de la conclusion mouvementée.

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À propos

AN 2 9765-6
Kent Nagano
AN 2 9765-6
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