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Handel, Boieldieu, Mozart : Concertos pour harpe

Informations sur l'album

Concertos pour harpe

Possiblement l’un des plus anciens instruments de musique, avec les percussions et la flûte, la harpe dérive de l’arc musical primitif et a évolué différemment selon les cultures; de la harpe celtique aux harpes latines, sans oublier toutes les expérimentations du XXe siècle qui aboutirent à la harpe moderne.

Les trois concertos réunis sur ce disque ont ceci en commun qu’ils ont été composés à des époques où la facture de la harpe n’avait pas encore atteint son plein potentiel. Pourtant, les concertos pour harpe d’Handel, Mozart et Boieldieu demeurent des oeuvres incontournables du répertoire. Leur interprétation sur harpe moderne leur donne un lustre qui aurait certainement plu à Handel et Mozart, qui ne considéraient pas cet instrument comme primordial. Quant à Boieldieu, sa cohabitation à Paris avec le facteur de pianos et de harpes Sébastien Érard a manifestement contribué à son intérêt pour l’instrument. C’est donc un répertoire significatif que Valérie Milot, Bernard Labadie et les Violons du Roy nous offrent avec une complicité artistique palpable, trois oeuvres comme trois moments privilégiés dans l’histoire d’un instrument fascinant.

Handel: Concerto pour harpe en si bémol majeur

En 1736, au Covent Garden de Londres, un concert exclusivement consacré aux oeuvres d’Handel eut lieu. On y présenta deux odes, celle à Sainte-Cécile, ainsi qu’Alexander’s Feast, sur un poème de John Dryden. Pour assurer un événement musical d’une durée acceptable, Handel intercala des concertos entre les courts actes d’Alexander’s Feast : le Concerto en si bémol majeur pour harpe HWV 294, le Concerto grosso en do majeur HWV 318 et le Concerto pour orgue en sol mineur HWV 289.

Deux ans plus tard, le Concerto pour harpe fut publié dans un recueil de six concertos pour orgue, ce qui explique pourquoi il fait maintenant partie intégrante du répertoire des deux instruments. Handel y adopte l’alternance des mouvements vif-lent-vif, une forme émergente qui deviendra la norme à l’époque classique. Après une brève introduction orchestrale, le premier mouvement laisse presque toute la scène à la harpe. Le deuxième mouvement, en mineur, met aussi l’instrument soliste en valeur, l’orchestre intervenant périodiquement dans la rêverie de la harpe. Après la cadence suspensive achevant ce deuxième mouvement, le troisième apparaît comme la résolution des tensions harmoniques accumulées, avec son abondance de cycles de quintes, une progression harmonique rassurante.

Mozart: Concerto pour flûte et harpe en do majeur K. 299

À l’époque classique, la harpe, en plus de ne pas faire partie de l’orchestre symphonique, était considérée comme un instrument de salon, avec ses défauts et ses bruits parasites dus au mécanisme de pédales à simple action, encore au stade de développement. Heureusement pour l’enrichissement du répertoire pour harpe, la commande du Duc de Guînes à Mozart a fait en sorte que le compositeur autrichien a dû s’intéresser à un instrument qui, autrement, avait bien peu d’intérêt comme instrument soliste.

En voyage à Paris avec sa mère, Mozart était notamment le professeur de composition de la fille du Duc, Marie-Louise- Philippine, harpiste amatrice, tandis que son père jouait la flûte traversière pour le plaisir. Aujourd’hui, la combinaison des deux instruments paraît aller de soi, mais elle était audacieuse pour l’époque. D’un classicisme impeccable, le double concerto laisse l’orchestre exposer le matériel thématique et fait dialoguer les solistes avec éloquence plutôt qu’en les opposant. Après un charmant premier mouvement tout en gaité, le deuxième mouvement, pour lequel Mozart réduit l’orchestre à la section des cordes tout en divisant les altos pour une texture plus soyeuse, démontre toute la créativité mélodique mozartienne. Le rondo final, marqué tempo di gavotta, une danse de la cour parisienne en vogue à l’époque, se termine par une cadence et une coda, comme les mouvements précédents. D’ailleurs, tout comme pour le concerto d’Handel, Valérie Milot a composé elle-même les cadences du concerto de Mozart avec une joie contagieuse.

Boieldieu: Concerto pour harpe en do majeur

Reconstitution des parties orchestrales par Jean-Philippe Navarre

En 1801, neuf ans avant le dépôt du brevet pour le fameux mécanisme de pédales à double action inventé par son ancien colocataire et célèbre facteur de pianos et de harpes Sébastien Érard, François-Adrien Boieldieu composa son Opus 77, un remarquable concerto pour harpe. Professeur de piano au Conservatoire de Paris, populaire et prolifique compositeur d’opéras, Boieldieu a même travaillé quelque temps à la cour impériale de Saint-Pétersbourg comme directeur de l’opéra français. Cette prédilection pour le répertoire lyrique explique peut-être la profusion d’ornements émaillant son concerto, un déferlement de trilles n’attendant pas l’autre, dans un échafaudage d’une délicate virtuosité.

L’esprit classique imprègne les trois mouvements, qui se déclinent dans les tempos d’usage, Allegro brillante, Lento et Allegro agitato. Après un premier mouvement intensément harpistique, le bref mouvement central en do mineur donne l’occasion à la soliste d’exprimer toutes les facettes d’une douloureuse mélancolie. Puis, la fougue du premier mouvement reprend ses droits et Boieldieu nous entraîne directement dans un troisième mouvement en rondeau, les épisodes entre la ritournelle en do mineur devenant de plus en plus exubérants jusqu’aux derniers accords théâtraux.

© Claire-Émilie Calvert

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À propos

Valérie Milot
AN 6 1031
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