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Informations sur l'album

Rien ne vaut la première fois? Ça reste à voir…

« L’habitude commence dès la deuxième fois », affirmait une protagoniste du Malentendu de Camus. Certes, la dame en question faisait référence à ces meurtres qu’elle commettait de manière routinière avec la complicité de sa fille. Qu’on se rassure toutefois : il n’y a rien de routinier ou de criminel sur ce deuxième disque de la série Montréal Jazz Club. Au contraire, les esprits chagrins feraient mieux d’oublier ce vieil adage selon lequel rien ne vaut la première fois et de tendre plutôt une oreille attentive.

Stimulé par la réussite du premier album paru à l’automne 2004, le réalisateur Philippe Dunnigan a encore réuni autour du même trio rythmique — Camil Bélisle à la batterie, Pierre Pépin à la contrebasse et mon condisciple de l’Université de Montréal Anthony Rozankovic au piano, au trombone ça et là et, bien sûr, aux arrangements — une poignée de musiciennes et musiciens, deux chanteuses et un chanteur parmi les plus talentueux de la métropole. À ce beau monde, la même mission a été confié : produire du cool jazz de grande classe, inspiré mais jamais frénétique, décontracté mais jamais soporifique.

De là, la sélection des pièces au programme, essentiellement des ballades. Outre des emprunts à Leonard Cohen (« Hallelujah »), à Joni Mitchell (« Both Sides Now ») et à Michel Legrand (« Les moulins de mon cœur »), ce qu’on nous propose puise abondamment aux sources de la chanson québécoise classique ou contemporaine (« Quand les hommes vivront d’amour », « Un peu plus loin »,  » Je voudrais voir la mer « , « Le rendez-vous », « Lucky Lucky »), sans oublier de revisiter un standard incontournable (« My Funny Valentine »), où le chanteur Freddie James investit ce « tout petit supplément d’âme » qui lui vaut la réputation de posséder l’une des plus belles voix soul en ville. Qu’on me permette aussi de m’enthousiasmer à l’écoute de son interprétation poignante de la chanson « The True Colors of My Father’s Eyes », dont le romancier David Homel et moi avons co-signé le texte sur une musique de Rozankovic.

Avec le même brio que Freddie James, Martine Mai relève de sa voix cristalline les défis que proposent les élégantes orchestrations de Rozankovic, qui ne cède sa place au piano et aux arrangements à sa complice Marianne Trudel que sur « L’indifférence ». Qui plus est, deux duos réunissant Freddie et Martine (« Les moulins de mon cœur », « Un peu plus loin ») illustrent à quel point leur voix se complètent et se marient à merveille au sobre lyrisme du quatuor à cordes Menasen. Soit dit en passant, entendre Freddie James, un anglophone, chanter le texte de Jean-Pierre Ferland avec son accent à la Nina Simone, a quelque chose d’émouvant, qui témoigne bien de la réalité cosmopolite du Montréal contemporain. Pour sa part, solidement soutenue par la guitare de Jean-Marie Benoit, la merveilleuse Betty Bonifassi accouche d’un « Lucky Lucky » qui fera certainement chaud au cœur à l’auteur-compositeur Richard Desjardins.

Je m’en voudrais de ne pas souligner aussi l’excellence du travail des autres invités, Michel Dubeau aux saxophones soprano et ténor, Frédéric Darveau à la contrebasse, Pierre Parent à l’harmonica et Philippe Dunnigan au violon, dont on retient les belles envolées. Quant au trompettiste David Mossing, joliment mis en valeur sur l’intrigante relecture instrumentale de « Je voudrais voir la mer », il est à la fois pour moi une découverte et un nom à retenir.

En conclusion de ma présentation du précédent Montréal Jazz Club, j’affirmais que la première aventure ne resterait pas sans lendemain. Maintenant que ce deuxième album a infirmé l’idée que rien ne vaut la première fois, il ne reste plus qu’à le savourer en songeant qu’il n’y a heureusement jamais deux sans trois…

© Stanley Péan
Écrivain et amateur de jazz

Voix: Martine Mai, Freddie James, Betty Bonifassi
Piano, Trombone: Anthony Rozankovic
Basse: Pierre Pépin, Frédéric Darveau
Batterie: Camil Belisle
Trompette: Dave Mossing
Guitare: Jean-Marie Benoit
Harmonica: Pierre Parent
Saxophones: Michel Dubeau

Quatuor Menasen
Philippe Dunnigan, Violon
Mélanie Bélair, Violon
Ligia Paquin, Alto
Sheila Hannigan, Violoncelle

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