Schubert Flute Passion

Flûte Passion: Schubert

Compositeurs
Date de sortie 16 mars 2018
Numéro de l'album AN 2 8787
Periodes Classique

Informations sur l'album

Les œuvres présentées sur cet album ont toutes à voir, d’une certaine manière, avec la transcription, qu’il s’agisse de versions instrumentales d’œuvres vocales, de la transcription pour flûte d’une sonate écrite pour un instrument aujourd’hui disparu ou de l’Introduction et variations, pièce maîtresse du répertoire pour flûte traversière et piano écrite sur un thème emprunté à un lied. Découvrons ou redécouvrons ces chefs-d’œuvre de Franz Schubert, du lied « Heidenröslein », composé dans la fraîcheur de ses dix-sept ans, à « Ständchen », écrit peu avant son décès précoce, à 31 ans.

 

« Heidenröslein » (« Petite rose des bruyères »), D. 257, est l’un des cinq lieder que Schubert compose le 19 août 1815, lors d’une intense période créatrice où il se penche sur la forme strophique. Celle-ci pose un problème compositionnel stimulant : comment, en effet, écrire une musique qui, tout en étant reprise à l’identique pour chacune des strophes d’un poème, réussit à en exprimer les subtilités? L’innocence de ce lied correspond à l’ingénuité du poème de Johann Wolfgang von Goethe, qui raconte comment un garçon décide de cueillir une petite rose des bruyères même après qu’elle l’ait menacé de le piquer s’il le faisait, « pour qu’il pense à elle pour toujours ». Dans sa simplicité, la mélodie vocale se présente comme un canevas où l’interprète peut broder à sa fantaisie pour faire ressortir les particularités narratives de chaque strophe.

 

En cette même année 1815, le jeune poète allemand Wilhelm Müller écrit dans son journal : « Je ne sais ni chanter ni jouer, et cependant quand j’écris ces poèmes je chante et je joue. […] Mais j’espère avec confiance qu’il pourra se trouver une âme semblable à la mienne, qui saisira ces mélodies glissées sous les mots et qui me les restituera ». Il ne saura jamais que son vœu a été exaucé par son contemporain autrichien Franz Schubert. Au printemps 1823, alors qu’il se remet d’une première crise de syphilis, celui-ci commence à mettre en musique le cycle de poèmes Die schöne Müllerin (La belle meunière), écrit entre 1817 et 1820. Le poète y revêt la figure d’un apprenti meunier pour chanter le voyage, l’amour, la mélancolie. Tantôt source d’inspiration, confident privilégié ou synonyme du temps qui passe, le ruisseau apparaît comme un motif unificateur dans le texte de Müller, ce qui s’entend dans la musique de Schubert par un caractéristique bruissement de croches ou de doubles croches au piano, que l’on retrouve dans quatre des cinq extraits du cycle ici proposés.

 

Terminée en janvier 1824, fort probablement à la demande du flûtiste Ferdinand Bogner, l’Introduction et variations, D. 802, qui a pour thème le dix-huitième lied du cycle Die schöne Müllerin, D. 795, intitulé « Trockne Blumen » (« Fleurs séchées »), est la seule pièce que Schubert a composée pour flûte traversière et piano. Si l’introduction, avec son motif de notes répétées au piano sur un rythme implacable, conserve du lied le caractère funèbre, celui-ci se trouve déjà atténué dans l’exposition du thème, notamment en raison de l’ornementation de la mélodie. Les variations délaisseront ce caractère lugubre, tandis que les diverses qualités de la flûte se verront mises en valeur – à commencer par son agilité! Toutes les variations sont en métrique binaire et dans les tonalités de mi majeur ou de mi mineur, à l’exception de la sixième : en do dièse mineur et en métrique ternaire, celle-ci rompt également avec le reste de l’œuvre de par son caractère baroquisant, suscité par de nombreuses entrées en imitation et par la main gauche du piano, qui rappelle la basse continue.

 

En novembre de la même année, Schubert écrit la Sonate en la mineur, D. 821 pour piano et arpeggione, sorte de croisement entre la guitare et la viole de gambe inventé en 1823 par le luthier viennois Johann Georg Stauffer. La création de l’œuvre a lieu avant la fin de l’année 1824, Schubert accompagnant au piano Vincenz Schuster, guitariste, violoncelliste et compositeur qui a largement contribué à propager l’arpeggione. Depuis, plusieurs instruments se sont approprié cette sonate en trois mouvements, en faisant une des œuvres les plus connues de Schubert. Plutôt mélancolique, le premier thème du mouvement initial, en la mineur, cède bientôt sa place à un deuxième thème plus optimiste, avec un motif caractéristique de doubles croches tournant obstinément autour de la même note, que s’échangent la flûte et le piano. Maintes fois réutilisé dans le développement de ce mouvement, ce motif sera également rappelé dans l’un des intermèdes du troisième mouvement, chaleureux Rondo en la majeur.

 

« Ellens Gesang III » (« La troisième chanson d’Ellen »), D.839, plus souvent désigné de nos jours sous le nom d’« Ave Maria de Schubert », est l’un des sept lieder et œuvres chorales composés en 1825 par Schubert sur des poèmes tirés de La Dame du Lac, de Walter Scott, traduits en allemand par Adam Storck. Dans une lettre à son père, Schubert s’exprimait ainsi au sujet de ce lied : « On s’est […] émerveillé de la piété que j’ai exprimée dans un hymne à la Sainte Vierge. À ce qu’il semble, il saisit les esprits et les porte au recueillement. Peut-être est-ce parce que je ne me force jamais au recueillement, et si celui-ci ne me vient pas spontanément, je ne compose jamais de prières ni d’hymnes de cette nature; aussi mon recueillement est-il la plupart du temps sincère et vrai ».

 

Écrit entre août et octobre 1828, « Ständchen » (« Sérénade ») est l’un des quatorze lieder que l’éditeur de Schubert a rassemblés, après la mort du compositeur le 18 novembre 1828, sous le titre de Schwanengesang (Le chant du cygne), D. 957. De ceux-ci, sept ont été composés sur des poèmes de Ludwig Rellstab, dont « Ständchen ». Sur un accompagnement de piano imitant le luth se déploie un chant tendre et mélancolique, hésitant entre les modes mineur et majeur. Après un passage plus tourmenté au début de la dernière strophe, le chant s’apaise et le lied se termine par une conclusion jouée au piano, comme une dernière imploration qui s’éteint dans la nuit.

 

© Florence Brassard

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À propos

Nadia Labrie
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