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FL 2 3087

Cuivres baroques

Informations sur l'album

« Dans les chorals, la pensée est parcourue d’une musique plus lente; elle n’est plus couverte en tous sens, mais traversée avec douceur et exactitude d’un bout à l’autre. Le chant prend chaque phrase, la soulève jus-qu’au faîte de son intensité contenue, puis la dépose; il s’appuie sur des silences pour que le cœur s’écoute pénétrer par la méditation. » Jacques Rivière, Études. Il n’est certes pas nécessaire de posséder une foi telle celle de Rivière pour apprécier l’œuvre du Cantor. Mais il serait faux d’en rejeter totalement l’intention secrète: profondément enracinées dans la tradition luthérienne, ces œuvres nous parlent de l’expérience même de la foi, de cet idéal de vie dans laquelle chaque élément se veut consacré à l’édification d’un tout universel. Cet aspect de la musique — sa capacité inhérente d’unir les êtres les uns aux autres —, Luther, au XVIe siècle, en avait déjà fait un point central de sa réforme lithurgique. Ainsi le chant lithurgique, chanté par toute la congrégation, et désormais dans la langue vulgaire, devenait le véhicule principal de cette communion. Mais il y a plus. Pour l’Église Invisible de Luther, la communion devait aussi se faire plus directe, donc plus parfaite, entre le Créateur et ses créatures. Musique et parole — la parole du Seigneur — se doivent donc d’être l’expression la plus simple du Verbe, simplicité qui abolit toute limite entre la foi interne et ses manifestations externes, entre l’appel du divin et la réponse du croyant. Lorsque Bach, deux siècles plus tard, entreprend sa série d’œuvres basées sur les chorals (Cantates, Préludes de chorals, etc.), les mélo-dies luthériennes avaient déjà été traitées de plusieurs façons. La plus importante, en ce qui concerne la partie dédiée à Bach de ce disque, est l’élaboration du Canzionalsatz à partir de la fin du XVIe siècle. Ce traitement du choral, développé par des compositeurs tels Melchior Vulpius, Hans Leo Hassler et Johannes Crüger, consistait en une harmonisation à quatre voix dans laquelle la mélodie ne se trouve plus au ténor mais au soprano. De plus, les textes des chorales étaient de plus en plus l’œuvre de poètes ce qui, note le Grove, « amena ces chants liturgiques individuels à de plus en plus être les véhicules d’une expression personnelle (vehicle of self-expression) ». Chez Bach, cette expression personnelle va au delà du seul témoignage de la foi. Pour lui, l’harmonisation à quatre voix des chorals ne consiste pas en une progression d’accords. L’essence même de ce traitement est plutôt le contrepoint, soit la marche indépendante de voix correspondant harmonieusement les unes avec les autres. Ainsi, la fonction des chorals, tout comme celle des Préludes et fugues et des extraits de l’Art de la fugue que l’on retrouve sur ce disque, est double: d’une part exprimer l’Harmonie universelle — une compréhension de cette « sagesse du monde » (Weltweisheit) dont parlent les philosophes de l’époque de Bach —, et d’autre part inculquer le sens même de ce qui est « harmonieux » par l’étude d’une science contrapuntique originale. Des hautes sphères intellectuelles et spiri-tuelles de Bach, le Niagara Brass Ensemble propose ensuite de passer à un monde plus « terrestre », sans que se perde ce merveilleux sentiment d’élévation propre à la musique. Dans les danses de Holborne, particulièrement les Galliards, la joie est à l’honneur, ainsi que l’impression chère d’être « de ce monde », un monde régi par des sentiments purement humains (The Fruit of Love). Humaine aussi est la profonde tristesse exprimée par Gibbons dans « The Silver Swan »; la mort comme perte, la mort comme tragédie, celle de l’éphémère de toute beauté et de toute sagesse: Le cygne d’argent, qui, vivant, ne savait note, À l’approche de la mort ouvrit sa gorge muette: Appuyant son sein contre les roseaux de la berge, Ainsi chanta sa première et dernière, et jamais plus encore: Adieu toutes joies. Ô mort, ferme mes yeux; Restent vivants plus d’oies que de cygnes — plus de sots que de sages. Enfin, avec ce « musicien du Roy » qu’est Jean-Joseph Mouret, c’est le tout faste éclatant de la cour que l’on retrouve.

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À propos

AN 2 8874-5 Aux Frontières de nos rêves
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Beethoven: Sonates pour violon et piano / Violin Sonatas Nos. 6, 7 & 8 | Andrew Wan & Charles Richard-HamelinNew Jewish Music / Nouvelle musique juive, Vol. 1 - Azrieli Music Prizes