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AN 2 9261 Nouvelle musique juive

Nouvelle musique juive, Vol. 1 - Prix de musique Azrieli

Informations sur l'album

Brian Current : Les Sept Salles célestes

Le compositeur canadien Brian Current, avec son œuvre Les Sept Salles célestes (The Seven Heavenly Halls), a remporté la Commande Azrieli en septembre 2015. L’œuvre a été créée le 19 octobre 2016 à la Maison symphonique avec l’Orchestre symphonique de Montréal dirigé par Kent Nagano et avec Frédéric Antoun comme ténor soliste.

Brian Current décrit ainsi Les Sept Salles célestes : « J’ai commencé à m’intéresser au Zohar (Livre de la splendeur) alors que je faisais de la recherche pour mon œuvre The River of Light (Fleuve de lumière), un vaste oratorio à plusieurs mouvements pour choeur, orchestre et solistes. Le nom du cycle est tiré du Paradis, dernière partie de la Divine Comédie de Dante, où le Pèlerin entre au cœur lumineux du ciel et déclare : “Et je vis une lumière en forme de fleuve fulgurant de splendeur, entre deux rives peintes d’un merveilleux printemps.” C’est Anton Piatigorsky, un librettiste avec qui je collabore régulièrement, qui m’a fait découvrir le Zohar, ouvrage attribué au Rabbin Moïse de Leon (1250-1305). Il me l’a présenté comme étant le texte essentiel de la Kabbale et le plus mystérieux des écrits de la mystique juive. En lisant le Zohar, j’ai immédiatement entendu une musique tumultueuse, gestuelle, haute en couleur et orchestrale.

« Mais c’est surtout la partie du Zohar qui évoque les Sept Salles célestes, sept étapes extatiques où chaque vision possède une couleur différente, qui m’a profondément inspiré et a suscité en moi toutes sortes d’idées musicales. Après avoir traversé chacune des salles colorées, le voyageur mystique, semblable au Pèlerin de Dante, arrive à une septième salle dépourvue de couleurs : “[Elle n’était] ni blanche, ni noire, ni rouge, ni verte, ni d’aucune couleur. Quand ensuite il régla le commensurable, il fit surgir des couleurs qui illuminèrent l’enfermement.” J’ai imaginé une oeuvre structurée selon les différentes étapes menant à l’extase, chacune représentée par une couleur et une texture musicale différente. Avec l’ajout des trois mouvements d’introduction, la pièce comporte dix sections en tout qui seront jouées presque sans interruption.

« Tout au long de la pièce, le ténor solo joue à la fois le rôle de guide qui nous fait découvrir les Sept Salles célestes et d’intermédiaire qui nous initie aux textes du Zohar. Dans les moments plus calmes, son chant ressemble à la cantillation hébraïque, et a recours à des gammes basées sur les modes traditionnels Ahavah Rabbah, Magein Avot et Adonai Malach. Quant au chœur, il est conçu de manière à former une myriade de voix mêlées à la texture de l’orchestre de façon à ce que la musique intègre à différents niveaux les sons des Sefirot traditionnelles : keter, binah, chochmah, da’at, chesed, gevurah, tiferet, hod, netzach, yesod et malchut.

« Les Sept Salles célestes constitue la première partie de The River of Light, un cycle imposant comportant plusieurs mouvements pour choeur, orchestre et solistes. Constitué de sept pièces distinctes, The River of Light est une œuvre sur la transcendance inspirée de textes issus de plusieurs traditions (hindoue, chrétienne, juive, des Premières Nations du Canada, soufie, maori et chinoise) qui décrivent l’évolution mystique de l’être vers l’état d’ultime exaltation.

« Mes remerciements vont à Anton Piatigorsky qui a adapté les textes, à Yehoshua Rosenthal, à Jérusalem, qui les a traduits, et aux chercheurs Daniel Matt (Université de Berkeley), Nathan Wolski (Université Monash) et Arthur Haberman (Université York) qui m’ont aidé à en faire l’interprétation. »

Téléchargez le livret d’Anton Piatgorsky pour Les Sept

Salles célestes :

https ://azrielifoundation.org/the-seven-heavenly-halls/

 

Wlad Marhulets : Concerto pour clarinette klezmer

« La musique klezmer a fait irruption dans ma vie à Gdansk, en Pologne, alors que j’avais seize ans : mon frère Damian avait apporté à la maison un disque d’un orchestre nommé Klezmer Madness avec en vedette le clarinettiste David Krakauer. Il s’agissait d’une musique si radicalement juive, si pleine d’une sauvage énergie qu’à l’écouter, une sorte de “folie” s’est emparée de mes sens… J’ai décidé sur-le-champ de devenir musicien. »

C’est à partir de ce jour que Wlad Marhulets a éprouvé une fascination jamais démentie pour la musique folklorique juive qu’il s’emploie à faire connaître à un plus vaste public. Cinq ans plus tard, durant ses études à New York, Marhulets et Krakauer se rencontrent : il en résulte le Concerto pour clarinette klezmer, dont la première aura lieu en 2009 avec en vedette Krakauer accompagné de l’Orchestre symphonique de Détroit sous la direction d’Andrew Litton. En yiddish, le mot « klezmer » (kley-zemer) signifie « véhicule de la musique ». D’un style composite dérivé des diverses traditions juives ashkenazes d’Europe de l’Est, la musique klezmer est transmise en grande partie sans le support de partitions et s’adapte aux contextes dans lesquels elle est jouée. La musique des klezmorim (les interprètes), dont l’instrumentation était rarement arrêtée, servait en général à accompagner les événements festifs, en particulier les mariages, mais aussi d’autres réjouissances. Au 20e siècle, grâce à sa faculté d’adaptation, elle a connu une renaissance aux États-Unis où elle a intégré des éléments de jazz, de funk et même de hip-hop. Marhulets perpétue cette tradition non seulement en alliant son œuvre polystylistique à des formes contemporaines de musiques, mais également en l’adaptant au moule du langage symphonique.

L’énergique premier mouvement illustre d’emblée le potentiel de virtuosité que recèle la clarinette : elle se déploie en multiples trilles et recourt à une technique spéciale de glissando qui évoque la voix humaine (bent notes). Un accompagnement orchestral extrêmement mobile maintient la stabilité rythmique tandis que la clarinette accentue les contretemps et qu’une basse électrique ajoute une touche de funk. Le deuxième mouvement s’ouvre sur une cadence en solo de la clarinette. La présence mesurée des cordes crée un effet d’écho troublant et précède l’entrée discrète de l’orchestre qui joue une complainte nostalgique nimbée de tons sépia, un air évocateur du nigoun, le chant traditionnel juif. Sans marquer de pause, une seconde cadence en solo sert de transition au troisième mouvement durant lequel un unique motif est répété, transformé et réutilisé de manière obsédante. Il est travaillé ainsi jusqu’aux limites de ses possibilités et donne lieu à un déploiement de virtuosité qui mène le concerto à une fin impétueuse.

Lukas Foss : Le Cantique des Cantiques

Bien qu’originaire de Berlin (où il est né Lukas Fuchs), Lukas Foss a acquis depuis longtemps une solide réputation aux États-Unis qui le place parmi les artistes les plus respectés, exemplaires et polyvalents de la scène musicale américaine. Il a exercé essentiellement en tant que compositeur, mais a aussi occupé les fonctions de chef d’orchestre, d’enseignant, de pianiste, de défenseur de la musique contemporaine et du domaine musical en général.

En 1933, la famille de Foss a dû fuir l’Allemagne nazie et s’est établie d’abord à Paris où elle est restée quatre ans puis aux États-Unis dont Lukas est devenu citoyen en 1942. À son arrivée dans ce pays en 1937, il s’est inscrit à l’âge de 15 ans au Curtis Institute of Music à Philadelphie où enseignaient des artistes tels que Fritz Reiner (direction d’orchestre), Isabelle Vengerova (piano) et aussi Rosario Scalero et Randall Thompson (composition). À l’âge de 18 ans, tandis que ses camarades entamaient à peine leurs études supérieures, Foss avait déjà obtenu son diplôme avec mention du Curtis Institute. Il a poursuivi sa formation auprès de Paul Hindemith à l’Université Yale et de Serge Koussevitzky à Tanglewood, figurant parmi les élèves de la toute première promotion du Berkshire Music Center.

Foss a publié sa première composition chez G. Schirmer alors qu’il n’avait que 15 ans, il a remporté la bourse Guggenheim en 1945 (le plus jeune lauréat à l’avoir obtenue) et a pris la succession d’Arnold Schoenberg lorsqu’il a décroché son premier poste à l’Université de Californie à Los Angeles en 1953. En 1991, il a commencé à enseigner à l’Université de Boston.

Au cours d’une carrière qui s’étend sur 60 ans, Foss a touché à plusieurs styles de composition et mélangé différentes traditions, allant du néo-baroque aux morceaux expérimentaux. Dans Contemporary Composers, Thomas Clark résume l’approche de Foss avec cette remarque : « Chacune de ses compositions est haute en couleur, intense, foisonnante de détails, présentant un caractère résolument singulier autour d’un sujet inédit. » Cette description vaut tout autant pour son Cantique des Cantiques composé en 1946-1947 alors que Foss avait à peine une vingtaine d’années. L’oeuvre a été inaugurée le 7 mars 1947 par l’Orchestre symphonique de Boston, sous la direction de Serge Koussevitzky avec comme soliste la soprano Ellabelle Davis. Koussevitzky avait tant d’estime pour ce morceau qu’il l’a dirigé huit fois en neuf jours dans six villes différentes. Peu après, la pièce a été enregistrée par la Philharmonie de New York sous la direction de Leonard Bernstein avec comme soliste la mezzo-soprano Jennie Tourel.

L’œuvre a pour sous-titre Suite biblique pour soprano (ou mezzo-soprano) et orchestre. Les textes, plutôt brefs, sont tirés du Chant de Salomon, dans la Bible King James. Le Cantique des Cantiques a remporté le très prestigieux Prix Naumburg en 1957. Il appartient à la première époque de Foss, lorsque son style était empreint de néo-classicisme et nourri par sa passion pour Bach et Stravinsky. Ce Cantique constitue sa deuxième cantate sacrée, la première étant Le Cantique de l’angoisse composé en 1945 et inauguré également par la Symphonie de Boston. Le morceau, qui dure 25 minutes, est divisé en quatre sections. La première s’ouvre sur une brève partie instrumentale, proche de la fugue, suivie par l’apparition des voix. La seconde est un aria da capo (avec reprise au début) débordant de joie et jalonné de solos pour les instruments à vent. Vient ensuite un récitatif angoissé à l’harmonie amère qui s’achève sur un postlude orchestral plein de virtuosité. On enchaîne sans pause sur la dernière partie qui se présente sous la forme d’une ardente prière énoncée sur un rythme mesuré et terminée par les mots : « L’amour est aussi puissant que la mort. »

Notes de programme: Marc Wieser (Current & Marhulets), Robert Markow (Foss)

Les Prix Azrieli de Musique (PAM)

Les deux prix Azrieli ont été créés en 2014 à l’initiative de Mme Sharon Azrieli dans le cadre des actions culturelles de la Fondation Azrieli. Ils ont pour but d’offrir des conditions favorables à la création, l’interprétation et la célébration d’une musique juive de haute qualité.

Le Prix Azrieli, doté de 50 000 dollars, est décerné tous les deux ans à l’auteur de la meilleure composition originale de musique juive, tandis que la Commande à propos de la question : « Qu’est-ce que la musique juive ? » Une prime de commande de 50 000 dollars est attribuée tous les deux ans au compositeur dont la réponse fait preuve d’excellence sur le plan créatif, artistique et musical. Les deux prix sont ouverts à tous sans distinctions de nationalité, religion, origine et affiliation. Un comité international de spécialistes en création musicale, en interprétation et en recherche sélectionne les œuvres et les projets gagnants. Les PAM visent également à permettre à un public plus large d’apprécier la musique juive et à promouvoir l’importance artistique de la musique juive par des spectacles, des enregistrements, des groupes de discussion et d’autres types de programmation.

Pour en savoir plus sur les Prix Azrieli de musique, veuillez vous rendre sur : www.azrielifoundation.org

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À propos

Czech National Symphony Orchestra
Steven Mercurio
Brian Current
Wlad Marhulets

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