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AN 2 9151

Beethoven: Symphonies Nos 2 & 4, Une poésie de liberté

Date de sortie 07 octobre 2014
Numéro de l'album AN 2 9151
Periodes Classique

Informations sur l'album

UNE POÉSIE DE LIBERTÉ

Par Kent Nagano
On pourrait croire que Beethoven a adopté une stratégie dramaturgique spécifique dans la création de son oeuvre. Il l’ouvre brillamment avec une Première Symphonie, dans laquelle semble libérée une agressivité prométhéenne contre les habitudes et les goûts établis de ses contemporains. Il compose ensuite la Symphonie « Eroica » : une oeuvre au contenu énigmatique, mais aux dimensions si larges et formellement nouvelles qu’elle laisse loin derrière elle tout ce que l’on a connu jusque là et pose des jalons qui n’ont rien perdu de leur force et de leur audace et continuent de surprendre aujourd’hui. Vient ensuite la Cinquième Symphonie, que l’on aime à appeler la symphonie du « destin », dans laquelle se fait entendre la voix de « l’esprit du monde » (le « Weltgeist » de Hegel) et où est mise en scène l’idée de développement fondé sur les actions de rechercher, d’agir, de surmonter, de trouver, de vaincre – où le processus historique de l’humanité semble avoir trouvé forme et expression.

Qu’en est-il alors de ces si singuliers reculs, telles sa Deuxième Symphonie et sa Quatrième Symphonie? Là où précédemment, deux, voire trois pas en avant avaient été franchis, là, suite aux offensives réussies faites de courage, de joie du risque et d’esprit pionnier, le maître fait halte, va jusqu’à faire un pas en arrière et revient vers une mesure pour ainsi dire « classique ». Ce n’est pas par hasard que Robert Schumann a qualifi é la Quatrième Symphonie de « menue » et de « grecque »*. Il entendait par là le caractère « classique », le modèle et l’exemplarité de cette forme symphonique.

En effet, quand dans la Troisième Symphonie, les forces orchestrales se déploient avec une puissance pathétique et imposante, la Quatrième Symphonie est limpide et fluide, étincelante et plaisante, aussi fi ne et délicate que l’est la musique de chambre : elle vise moins la « signification » que le jeu et la gestualité ludique. De même la Première Symphonie et la Deuxième Symphonie représentent des mondes tout simplement distincts, voire contraires. L’une est une présentation claire et forte du Nouveau ; l’autre, la Deuxième Symphonie, fait entendre une magie empreinte de couleurs, de festivités et d’exubérance – qui n’exclut cependant pas l’irruption persistante de certains éléments rebelles, qui sont alors cause de hochements de têtes incrédules et de questionnements.

Qu’est-ce qui a incité Beethoven à développer ce procédé dramaturgique dans son oeuvre symphonique ? Était-ce peut-être la conscience qu’il avait de ce que signifi ait le « nouveau chemin », qu’il évoquait lui-même ? Était-ce que le progrès, lié à ce chemin, pouvait conduire à un pays nouveau et fascinant, mais également à un pays dans lequel on peut fi nalement errer sans plus d’orientation? Quelles que soient les pensées qui purent l’occuper, il est sûr que c’est précisément grâce à ces arrêts répétés dans le processus, que le caractère fondamental de cette progression et le droit individuel subjectif à la liberté de décision et d’action sont hissés à leur plus haut degré de signifi cation.

*Schumann disait de cette symphonie qu’elle était « une menue dame grecque prise entre deux dieux nordiques. »

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À propos

Orchestre symphonique de Montréal (OSM)
Kent Nagano
AN 2 9770-5

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