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AN 2 8779 Saint-Saëns Moussa Saarihao Symphonie Créations Orgue

Saint-Saëns, Moussa, Saarihao : Symphonie et créations avec orgue

Ils en ont parlé

Informations sur l'album

Camille Saint-Saëns
Né à Paris, le 9 octobre 1835
Mort à Alger, le 16 décembre 1921
Symphonie no 3 en do mineur, op. 78, « avec orgue »

Rares sont les symphonies qui peuvent rivaliser avec la Symphonie no 3 « avec orgue » de Saint- Saëns en termes de grandeur, de majesté et de pure opulence tonale. La contribution importante de l’orgue, « le roi des instruments », ajoute à l’oeuvre une dimension accrue de sonorité imposante. Pourtant, cette symphonie est une anomalie dans l’oeuvre du compositeur. Premièrement, elle est la seule de ses cinq symphonies à avoir acquis une réputation durable. De plus, Saint-Saëns n’est pas particulièrement considéré un « symphoniste » et, si ce n’était de sa Symphonie « avec orgue », il n’aurait pas plus d’importance dans ce domaine que Fauré ou Gounod. (Saint-Saëns a aussi laissé deux symphonies numérotées et deux non-numérotées, toutes écrites plusieurs années avant la Troisième).
Deuxièmement, il n’existe pratiquement pas de symphonie française qui aurait pu inspirer celle-ci en termes d’ouverture et de grandeur. La dernière grande symphonie française était sans conteste la Symphonie fantastique de Berlioz, qui s’appuyait largement sur des éléments programmatiques, absents ici. La Symphonie « avec orgue » est donc réellement la première d’une lignée de grandioses symphonies françaises, dans laquelle s’inscrivent notamment celles de Franck, d’Indy et de Chausson.

Troisièmement, bien peu des autres oeuvres de Saint-Saëns nous préparent à la monumentalité de cette symphonie et ses tentatives flagrantes pour renverser le public. Saint-Saëns s’est en général plié aux exigences stylistiques de la musique française : charme, élégance, retenue, sans oublier une orchestration transparente, des lignes limpides et une maîtrise consommée d’une orientation essentiellement classique.

La Troisième symphonie a été écrite au début 1886, résultat d’une commande de la Philharmonic Society de Londres. La première eut lieu au St. James’ Hall de Londres le 19 mai de la même année, lors d’un événement de gala, auquel participaient le Prince et la Princesse de Galles (Edward VII et la Reine Alexandra). Saint-Saëns a dirigé la symphonie, en plus d’agir en tant que soliste dans le Quatrième concerto pour piano de Beethoven. Le public aima beaucoup la symphonie et la réception critique fut en général favorable, même si certains ont été perturbés par sa conception non orthodoxe. La symphonie est entièrement basée sur le principe d’une transformation continue d’un motif. Celui-ci sera d’abord entendu dans son intégralité aux violons (une série agitée de notes détachées), tout de suite après la mystérieuse introduction lente. Une oreille attentive pourra retrouver ce thème et ses métamorphoses rythmiques et coloristes tout au long de la symphonie – tantôt fluide et lyrique, détaché et fragmenté, large et noble, ou encore agité. La ligne mélodique est parfois également modifiée.

Même si en apparence en deux grandes sections, l’oeuvre suit plus ou moins le modèle de la symphonie en quatre mouvements. Le premier comprend un deuxième thème contrastant – une ligne mélodique doucement ondulante aux violons qui sert de contraste –, mais c’est surtout le premier thème (le motif) qui est développé. L’Adagio est annoncé par des points de pédale à l’orgue et se déploie paisiblement en une contemplation aérienne et noble. Après une longue pause, on découvre un mouvement agité ressemblant à un scherzo, d’une incroyable énergie. Des fragments du motif original sont intégrés au premier thème nerveux (des éclairs aux bois). Les moments les plus triomphants sont réservés à la dernière section, annoncée par un gigantesque accord de do majeur à l’orgue. Des frissons sonores se multiplient afin de nous mener vers de plus grands sommets encore et la symphonie se termine sur un triomphal do majeur.
© Robert Markow
Traduction française de Lucie Renaud

Samy Moussa
Né à Montréal, le 1er juin 1984
Habite maintenant Berlin et Paris
A Globe Itself Infolding pour orgue et orchestre
Première mondiale – Commande de l’OSM

Né à Montréal, le compositeur et chef d’orchestre Samy Moussa mène une carrière florissante, tant au Canada qu’en Allemagne, où il habite présentement. En plus de A Globe Itself Infolding créée les 29 mai et 1er juin 2014, l’OSM lui a commandé jusqu’ici une pièce pour une Matinée jeunesse ainsi que trois courtes pièces qui ont été entendues à la salle Wilfrid-Pelletier. Une quatrième oeuvre, Nocturne, était enfin présentée en février 2015. Notons enfin que son deuxième opéra, Vastation, a été créé à la Biennale de Munich le 8 mai de cette même année et aura été présenté à dix reprises.

Samy Moussa a étudié à l’Université de Montréal, en particulier sous la tutelle de José Evangelista. Il a aussi travaillé en République tchèque avec Paolo Bellomia, en Finlande avec Magnus Lindberg et à Munich, à la Hochschule fu?r Musik und Theater avec Matthias Pintscher et Pascal Dusapin. Le compositeur confie que l’écriture d’une oeuvre courte pour orgue et orchestre s’est révélée un réel défi, même si la question de l’équilibre entre l’instrument et la masse orchestrale ne se posait pas ici (contrairement à un concerto pour violoncelle ou à un lied accompagné, par exemple).

Dans A Globe Itself Infolding, l’orgue est d’abord traité comme unité indépendante, jusqu’à ce que, après une courte cadence, il se retrouve progressivement intégré à l’orchestre et se fonde dans son tissu jusqu’à la fin. Si l’écriture se veut idiomatique et tombe parfaitement sous les doigts de Jean-Willy Kunz, Samy Moussa admet avoir traité l’oeuvre plutôt comme un mouvement de concerto pour piano. L’orgue donne toutes les impulsions de la pièce, mais le compositeur a conféré une certaine ambiguïté à sa palette : on se demande en effet par moments si la couleur de l’orgue se mêle à celle de l’orchestre ou si c’est plutôt l’orchestre qui colore l’orgue, le titre de l’oeuvre, une citation de William Blake et du Tanakh, prenant ici tout son sens.

Samy Moussa a fait le choix d’une partition claire, très annotée, qui ne susciterait pas de questionnement au niveau du jeu, mais laisserait une grande liberté interprétative. Il avait surtout envie d’écrire une pièce qui pourrait être intégrée au répertoire après sa première et qui pourrait bien devenir le premier mouvement d’un concerto pour orgue de plus larges proportions.
© Lucie Renaud

Kaija Saariaho
Née à Helsinki le 14 octobre 1952
Habite maintenant Paris
Maan Varjot, pour orgue et orchestre

Première mondiale – Commande conjointe de l’OSM, de l’Orchestre national de Lyon et du Southbank Centre de Londres

« Bien peu [de compositeurs] ont osé rêver des
images sonores d’une telle puissance magnétique
que celles conjurées par la compositrice finnoise
Kaija Saariaho dans sa musique. […] Quand on
voyage à travers la musique de Saariaho, on est
confronté aux dimensions les plus sombres et les
plus éblouissantes de son subconscient et l’on peut
apercevoir les voyages existentiels qu’elle a faits
pour trouver ces pièces. » Voici en quels termes Tom
Service évoquait la musique de Kaija Saariaho dans
The Guardian.

Elle fait indéniablement partie des compositeurs contemporains les plus importants de son pays. Après des études à l’Académie Helsinki, Saariaho a travaillé avec Brian Ferneyhough à Freiburg, en Allemagne. Elle a reçu des commandes d’oeuvres des plus prestigieuses organisations musicales, dont le New York Philharmonic, le Lincoln Center, le Festival de Salzbourg, le Théâtre du Châtelet (Paris) et la BBC, et de nombreux prix importants dont le prix Grawemeyer en 2003 pour son opéra L’amour de loin. Saariaho puise fréquemment son inspiration dans des sources extramusicales telles la littérature, l’environnement ou le ciel nocturne. En 2008, elle a été nommée « compositrice de l’année » par Musical America.

Saariaho était organiste lors de ses études, mais admet ne pas avoir beaucoup écrit pour l’instrument. Maan Varjot est dédiée à la mémoire de l’exceptionnel compositeur français Henri Dutilleux (1916-2013). Son titre, que l’on peut traduire par « Les ombres de la terre » fait référence au poème de Shelley Adonais : An Elegy on the Death of John Keats : « L’unique reste, le multiple change et passe
/ La lumière du ciel luit pour toujours, les ombres de la terre volent. » La compositrice évoque sa pièce
en ces termes : « Maan varjot est divisée en trois mouvements. L’orgue et l’orchestre sont côte-à-côte, deux “instruments” riches et puissants, avec plusieurs points en commun permettant d’établir des liens entre eux. Mais plutôt que de m’attarder à ces
points communs, j’étais plus intéressée par ce qui sépare les instruments et constitue leur identité. Par exemple, l’orchestre a une grande flexibilité qui vient de sa capacité à créer la microtonalité, des glissandos, des textures riches avec des bruits instrumentaux ou des nuances délicates multidimensionnelles.

L’orgue, d’un autre côté, peut produire des textures riches et très précises contrôlées uniquement par un musicien, de même que de longues notes tenues sans les contraintes de la respiration ou de longueur d’archet. Je ne considère pas cette pièce un concerto pour orgue, mais plutôt une oeuvre avec une partie soliste à l’orgue proéminente, un compagnonnage fructueux et inspirant, qui permet la cohabitation de deux personnalités fortes mais civilisées. »
© Robert Markow
Traduction française de Lucie Renaud

Franz Liszt
Né à Raiding, Hongrie (maintenant en Autriche),
le 22 octobre 1811
Mort à Bayreuth, le 31 juillet 1886
Fantaisie et fugue sur B.A.C.H., pour orgue et orchestre (trans. J.-M. Cochereau)

Il est tout à fait approprié que la Fantaisie et fugue sur B.A.C.H. soit sur cet enregistrement, non seulement parce que cette oeuvre met magnifiquement en valeur les couleurs variées et la puissance colossale de l’orgue, mais aussi quand on tient compte des circonstances ayant mené à sa création. Liszt l’écrivit en 1855 pour l’inauguration de l’orgue Ladegast de la Cathédral Saint-Jean-Baptiste de Merseburg, une petite ville à l’ouest de Leipzig.

(Le chef Klaus Tennstedt et la soprano Elisabeth Schumann font partie des citoyens illustres de cette ville). Le jeune organiste de la cathédrale Alexander Winterberger donna la première le 13 mai 1856 devant un public enthousiasmé par la sonorité de l’alors plus imposant orgue allemand, avec ses 4 claviers, 81 jeux et 5 700 tuyaux. Dans la notation allemande, la lettre B correspond au si bémol, A au la, C au do et H au si bécarre. Il est donc possible de créer un motif musical avec ces quatre lettres et plusieurs compositeurs, dont Bach lui-même (dans L’Art de la fugue), l’ont fait. Le motif est quelconque en lui-même, mais la fantastique et splendide variété de transformations et de permutations que lui fait subir Liszt soutient l’attention de l’auditeur tout le temps que dure la pièce. « Jamais auparavant les lettres de Bach n’avaient produit un trésor aussi riche de ressources harmoniques et mélodiques », écrit le spécialiste de Liszt Alan Walker.

Les premières notes entendues, jouées aux pédales, constituent le motif, joué encore et encore. L’auditeur remarquera que la nature hautement chromatique du motif était parfaitement adaptée à la sensibilité artistique de Liszt, caractéristique entendue dans la majorité de sa musique pour piano. Après plusieurs minutes de fantasia développée librement, ponctuée d’accords imposants, le sujet fugué est repris pianissimo, misterioso.

Les 12 demi-tons de la gamme sont intégrés au lent déroulement de son contenu. Aventures harmoniques audacieuses, contrastes de nuances surprenants, feux d’artifi ce virtuoses spectaculaires et clameurs se révèlent idéaux pour accueillir le Grand Orgue Pierre-Béique, dont les spécifi cations techniques excèdent assurément celles de l’orgue de Merseburg.

La pièce est ici présentée dans une transcription pour orgue et orchestre, réalisée par le chef d’orchestre français Jean-Marc Cochereau (1949-2011), fils du célèbre organiste de Notre-Dame Pierre Cochereau.

© Robert Markow
Traduction française de Lucie Renaud

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À propos

Orchestre symphonique de Montréal (OSM)
Kent Nagano
AN 2 9940-1
AN 2 9940-1

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