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FL 2 3184

Janequin: Chansons élégiaques et pittoresques

Compositeurs
Date de sortie 18 mai 2004
Numéro de l'album FL 2 3184
Periodes Renaissance
Genres Chant choral

Informations sur l'album

Clément Janequin: Un maître de la chanson polyphonique de la Renaissance

Clément Janequin incarne un paradoxe caractéristique de la Renaissance: comme il fut à la fois prêtre et musicien, on aurait pu s’attendre à ce qu’il fut d’abord un compositeur de musique religieuse; mais il s’est rendu célèbre par une vaste production de quelque 250 chansons profanes, allant du plus pittoresque au plus émouvant, en passant par le franchement grivois.

Janequin serait né à Châtellerault entre 1480 et 1490. Son ami Ronsard, dont il mit en musique plusieurs poèmes, en fait un disciple de Josquin des Prés, mais cela ne veut pas dire qu’il fut directement son élève. En fait, on ne sait rien de sa formation musicale ni des études qui l’ont mené à la prêtrise. Le plus ancien document à son sujet date de 1505. On y apprend qu’il vient d’entrer à titre de clerc au service de Lancelot du Fau, président des enquêtes au Parlement de Bordeaux, vicaire général de l’archevêché puis évêque de Luçon à compter de 1515. À sa mort en 1523, Clément Janequin passe au service de Jean de Foix, évêque de Bordeaux. Étant déjà ordonné prêtre, il est nommé chanoine de Saint-Émilion en 1525; il vivra aussi d’autres prébendes mineures et peu lucratives. Lorsque Jean de Foix meurt à son tour en 1529, Janequin s’est déjà fait remarquer comme compositeur, tant en France qu’en Italie.

Plusieurs de ses chansons avaient été publiées l’année précédente dans deux recueils collectifs respectivement publiés à Paris et à Rome. Par la suite, il ne se passera pratiquement pas une année sans que quelques-unes de ses chansons ne trouvent leur place dans un de ces recueils. En 1531, il agit comme maître de chœurs d’enfants à la cathédrale d’Auch. En 1534, on le retrouve maître de chapelle à la cathédrale d’Angers où vit son frère Simon. L’année précédente, en 1533, l’éditeur parisien Pierre Attaingnant venait de publier un premier livre entièrement consacré à ses chansons. Trois autres suivront jusqu’en 1540 et, en 1541, sa réputation est telle qu’un éditeur italien n’hésite pas à publier un volume de différents auteurs français en attribuant toutes les œuvres à Janequin. En 1537, pour des raisons inconnues, Janequin est remplacé à la cathédrale et on perd sa trace jusqu’en 1548 alors qu’un acte notarié le cite comme étudiant à l’université d’Angers et curé d’Unverre. Dès l’année suivante, il s’installe à Paris. Il est, semble-t-il, sans le sou et, malgré la soixantaine, il s’inscrit à l’université, probablement pour profiter des quelques avantages que procurait le statut d’étudiant. Il se lie au groupe formé de Pierre Certon, Marc-Antoine Muret et Claude Goudimel, qui met en musique les Amours de Ronsard. Il cherche la protection de notables comme le cardinal Jean de Lorraine et le duc François de Guise en leur dédiant des œuvres (le duc en fera son chapelain). En 1555, alors que ses plus célèbres chansons sont rééditées, il parvient à entrer à la chapelle royale comme « chantre ordinaire » sous la direction de Claudin de Sermisy. Il obtient alors le titre envié de « compositeur ordinaire du roi » mais il semble que, malgré tout cela, il ait vécu jusqu’à la fin dans la gêne. Après 1558, on perd sa trace. On ne connaît ni la date ni les circonstances précises de sa mort.

Contrairement à des contemporains comme Certon et Sermisy, Janequin eut de la difficulté à conserver un emploi stable en musique. Peut-être avait-il un tempérament difficile? C’est ce que semble indiquer le fait qu’il se ruina en procès contre son frère aîné, l’accusant de lui avoir volé sa part de l’héritage familial. Mais ce bouillant « défaut » est peut-être la « qualité » qui explique l’originalité de sa musique.

Janequin se distingue par un sens du pittoresque unique en son genre. L’imitation musicale de phénomènes naturels n’avait rien de nouveau, mais personne avant lui n’avait su le faire avec autant de vivacité, de réalisme… et d’humour. Le chant des oyseaulx commence de manière on ne peut plus anodine mais, à plusieurs reprises, le souple contrepoint se métamorphose en un riche piaillement bigarré, véritable catalogue sonore d’ornithologie. La guerre imite quant à elle fanfares, tambours, cris de batailles, canons et autres bombardes pour commémorer, dit-on, la célèbre victoire que remporta François Ier à Marignan en 1515.

Les cris de Paris nous plongent dans l’ambiance des marchés publics avec une « exactitude digne d’un magnétophone » (J.C. Margolin), tous les marchands lançant en même temps à la volée, dans une joyeuse cacophonie, l’annonce de leurs primeurs. Enfin, La chasse met en musique un dialogue entre veneurs en quête d’un grand cerf. Ici, point de galop, ni de coup de fusil, car seule la première partie a été enregistrée mais on y sent l’atmosphère tendue de la traque, les interpellations stratégiques et les courses à travers la forêt. Ces chansons descriptives furent publiées une première fois en 1528 (Les cris de Paris en 1530) et assurèrent dès le début à leur auteur une renommée qui ne s’est jamais démentie par la suite.

L’originalité de Janequin ne se limite pas à son sens du pittoresque. Il fut un maître dans tous les genres, que ce soit la chanson à boire comme Rions, chantons, passons temps ou rustique comme Ce moys de may, ou encore le chant d’amour élégiaque, plus sérieux, moins souvent représenté sur disque et qu’une grande partie de cet enregistrement entend faire découvrir. En témoignent les chansons plus tardives qui, à part Puisque mon cueur, sont toutes de la dernière période parisienne: Doulens regretz, ennuys, soupirs, Ce faux amour, Il s’en va tard, Herbes et fleurs, Nature ornant la dame, Ce n’est pas moy et les deux poèmes de Ronsard, Bel aubépin verdissant et Pourquoy tournez vous vos yeux. On y découvre un Janequin tout aussi raffiné dans l’expression des nobles sentiments qu’il avait pu l’être dans le pittoresque.

© 2004 Guy Marchand pour Traçantes, le service de recherche, de rédaction et de traduction de la Société québécoise de recherche en musique.

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FLX 2 3073
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