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FL 2 3133

Bach: Suites, Sonates, Airs & Dances

Interprètes
Date de sortie 02 octobre 2001
Numéro de l'album FL 2 3133
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Œuvres de JS Bach et CPE Bach

Dans son ouvrage intitulé Empire and Communication, l’historien canadien de renom Harold Innis soutient que la « codification » est un phénomène historique qui empreint la société, à certains moments de son histoire, de « sévérité » ou de « rigidité » en ce qui a trait à la culture, la jurisprudence et la politique. La culture musicale du dernier siècle a vu le piano devenir l’instrument standard pour l’interprétation des œuvres pour clavier de JS Bach, alors que celles de CPE Bach sont restées dans l’oubli jusqu’à la fin du vingtième siècle.

JS Bach était un transcripteur, un innovateur et un hardi « synthétiseur » des styles musicaux qui avaient cours à son époque. Son utilisation du terme « clavier » ne renvoyant pas à un seul usage, cette désignation pouvait s’appliquer soit au clavecin (claviers et jeux), au clavicorde (clavier unique, sans jeux, tangentes de métal), à l’épinette, ou au virginal (clavier unique, cordes pincées par becs). Une telle perspective semble le ranger directement du côté des modernistes, où la rigidité n’a pas sa place, mais où les idées, le degré d’imagination et des considérations pratiques articulent la vision artistique.

Vue sous cet angle, la souplesse de Bach quant à sa propre désignation instrumentale appelle une palette plus large et colorée, tant au point de vue sonore qu’interprétatif. Le musicologue Phillip Barford fait remarquer que CPE Bach a exploré les dynamiques de fusion et de tension comme elles s’appliquaient aux oppositions tonales dans l’allegro de forme-sonate, et que c’est bien son imagination qui a créé de nouvelles lois de fusion à travers cette exploration des antithèses.

Le présent enregistrement s’attache à découvrir le vaste paysage musical tracé par un père et son fils, à l’intérieur d’une période de moins de dix-sept ans (1725, 1727 et 1742), une musique articulée à l’origine selon la forme binaire et ensuite développée en suites, en sonates, en airs et en danses. Le choix de l’accordéon est en parfait accord avec l’esprit des œuvres du père et du fils Bach.

JS Bach a toujours été féru de nouvelles sonorités et d’instrumentations originales. Les sonates de CPE Bach requièrent le son et le toucher propres au clavicorde, un rubato sensible, et une palette expressive susceptible de saisir les nuances du clair-obscur. L’accordéon possède toutes les qualités requises pour satisfaire à ces exigences; il jette un nouvel éclairage sur les œuvres de ces deux compositeurs et fournit à l’auditeur une expérience musicale originale.

Suite anglaise no3 en sol mineur

Les Suites anglaises ont été écrites entre 1717 et 1725. Formant un corpus moins homogène que les recueils pour clavier qui ont suivi, ces suites sont restées sans éditeur mais furent copiées, réunies et disposées dans leur ordre définitif en 1725. Forkel avance que les œuvres ont été commandées pour un anglais, une affirmation confirmée par les mots « fait pour l’Anglois » inscrits sur le manuscrit appartenant à Johann Christian Bach.

Pour les distinguer des six Suites françaises, plus courtes, qui ont suivi au cours des années 1720, on appelle les Suites anglaises les six « Grandes Suites ». Les Suites anglaises sont des œuvres majeures au point de vue structurel en ce que Bach a su créer des préludes, des sarabandes et des gigues de dimensions et d’envergure monumentales — une évolution importante par rapport au modèle français qui prévalait alors. La technique contrapuntique légendaire de Bach a porté la forme de la suite à un niveau que n’avait pas atteint le modèle français plus homophonique. Il a également noté tous les aspects de l’ornementation avec une précision et une cohérence sans précédent.

Comme nous venons de le mentionner, le prélude, l’allemande et la courante ont tous une forme et une composition unique et innovatrice. La sarabande constitue la plus originale, la plus profonde et la plus extraordinaire de toutes les sarabandes que Bach aient écrites. Très chromatique et expressif, ce mouvement est moderne dans sa couleur — son dernier accord exprime à la fois une tension et une nostalgie que seul un accordéon peut créer. Les gavottes de Bach ont une vigueur et une dimension narrative qui appellent une interprétation nerveuse; Bach va encore plus loin et ajoute quelques touches humoristiques — encore une fois, il s’agit d’une différence notable par rapport aux conventions de l’époque. Dans la gigue, les harmonies de Bach donnent un élan qui appelle une cadenza juste avant la fin de la reprise de la section B.

Suite française no2 en do mineur

Les Suites françaises ont été composées entre 1721 et 1724. La structure de leurs tonalités a connu diverses métamorphoses avant de trouver l’ordre définitif qu’on leur connaît encore aujourd’hui. Les Suites françaises semblent davantage sensuelles que les Suites anglaises. On y trouve une richesse d’invention dont témoigne le caractère libre et distinctif de chacun de leurs mouvements. Cette approche transparaît dans tous les mouvements: une allemande au ton déclamatoire, une courante qui partage de nombreuses caractéristiques avec le modèle italien, un arioso au souffle frais et lumineux dans la sarabande et une gigue qui illustre une virtuosité ornementale typiquement baroque.

Les Sonates prussiennes

CPE Bach (1714-1788), deuxième fils de JS Bach, fut également le plus renommé. Il a composé les œuvres présentées ici à l’âge de 26 ans, alors que leur structure était déjà un concept formel, qu’il allait investir de matériau dynamique et subjectif. Comme le souligne Phillip Barford, « il ne se trouve rien d’original dans la première sonate de Beethoven qui ne soit déjà présent dans les Sonates prussiennes de CPE Bach ». La « forme-sonate » telle que développée par CPE Bach a constitué une élaboration de la forme binaire présente chez JS Bach, (notamment dans les Suites anglaises, françaises et les Partitas), chez les clavecinistes français, ainsi que chez Haendel; mais la différence thématique était nivelée chez ce dernier, et le schéma des modulations se voyait accorder une plus grande importance chez le premier. Toutes les œuvres pour clavier de CPE Bach conviennent particulièrement au timbre évocateur de l’accordéon. Les thèmes contrastés, l’ornementation et le lyrisme inhérent à ces œuvres mettent en évidence les qualités de l’accordéon de concert, qui jette à son tour un éclairage nouveau sur les œuvres de CPE Bach.

Sonate prussienne no2 en si bémol majeur

La sonate en si bémol majeur montre un haut niveau d’intégration. Les traits rapides que l’on retrouve dans l’extraordinaire développement anticipent déjà des techniques semblables de développement utilisées dans nombre de sonates de Haydn et Mozart. L’adagio du second mouvement a un caractère de récitatif baroque suivi d’une cadenza, et l’allegro virtuose du troisième mouvement témoigne d’une grande maturité créatrice — la phraséologie asymétrique, la réévaluation harmonique et une écriture mélodique caractéristique sont les témoins d’un classique en pleine possession de ses moyens.

Sonate prussienne no6 en la majeur

La dernière sonate du recueil prussien, imposante à tout point de vue, est une œuvre forte et dramatique où deux mouvements extrêmes encadrent un bref mais émouvant adagio. Le développement du premier mouvement est particulièrement intéressant en ce qu’il conjugue une variété harmonique, une originalité mélodique et un esprit qui se rapproche de l’improvisation. L’adagio est intégré à la structure globale de l’œuvre, avec des parentés de thèmes et d’intervalles dans l’introduction et le développement du premier mouvement. Il termine par l’obligatoire cadenza. L’allegro du finale est nourri par le développement en profondeur d’un trait qui semble d’abord être un contrepoint à deux voix et qui partage également un lien structurel avec le premier mouvement, notamment cette mélodie: sol, fa, mi, ré, do, dans une version considérablement augmentée.

À titre de modernistes, tant JS Bach que CPE Bach ont su découvrir de nouvelles avenues en laissant rayonner la force de leur imagination et de leurs idées. Leur souplesse et leur quête hardie de nouvelles sonorités et structures pour une expression artistique plus approfondie ont inspiré la réalisation de ce projet. L’accordéon se trouve donc en bonne compagnie; et non en dépit de sa nature propre, mais bien à cause d’elle.

© Joseph Petric, juillet 2001.
Traduction: Marc Hyland

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À propos

AN 2 9521 Jordan Pal Into The Wonder
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