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AN 2 9959

Viola d'amore: Telemann, Biber, Graupner, Bach, Milandre, Petzold

Date de sortie 09 mars 2010
Numéro de l'album AN 2 9959

Informations sur l'album

Quoi de mieux pour célébrer l’amour qu’un instrument portant son nom: la viole d’amour. C’est avec bonheur que la violoniste Hélène Plouffe nous guide dans une exploration des plus belles pages écrites pour cet instrument aux sonorités capiteuses et enjôleuses. Quelques airs de la Passion selon St-Jean de J.S. Bach accompagnent des oeuvres marquantes de Telemann, Graupner (avec chalumeau basse), Biber, Petzold et Milandre.

Quelle belle aventure que ce projet de disque de viole d’amour ! Pour moi, faire un disque est la façon de laisser derrière soi une trace tangible — à un moment précis de sa carrière — de son expérience, travail et dévouement pour le métier. Bien que je ne referai jamais cette musique exactement de la même façon, car un artiste ne cesse de se redéfinir, je suis heureuse de vous présenter cet instrument, ce répertoire et les émotions que nous avons véhiculées pendant ce projet.

Pourquoi dédier un album entièrement à la viole d’amour ?

La viole d’amour est une spécialité à même la spécialité qu’est le métier de violoniste/altiste en musique ancienne. Je n’ai pas l’occasion de jouer de ce magnifique instrument aussi souvent que je le voudrais, métier oblige, et l’occasion qu’Analekta m’a donnée de partager avec vous mon amour pour ce répertoire me ravit. Quand j’entends le son de la viole se déployer près de mon oreille dans toute sa splendeur harmonique, cela me transporte dans un tout autre monde sonore.

La viole d’amour utilisée, ses accords et ses origines

Pour cet album, j’ai dû utiliser plusieurs accords, quatre pour être exact, et comme cet enregistrement a été réalisé avec un seul instrument, plusieurs facteurs ont contribué à dicter mes choix. Par exemple, j’ai décidé d’enregistrer la Partia de Biber dans le ton de ré mineur plutôt que dans le do mineur original, autrement il m’aurait fallu ajuster mon instrument de façon radicale (changer des cordes et ensuite laisser la viole se stabiliser) et le temps ne le permettait tout simplement pas. J’ai également adoré le défi de jouer en scordatura (accord inhabituel ou modifié d’un instrument à cordes) car cela oblige à devoir s’imaginer que la gamme change constamment d’endroit sur le manche de l’instrument, ce qui demande un ajustement de la part de l’interprète pour chaque pièce.

La viole d’amour dont je me sers a appartenu à Jean Rogister (1879-1964), compositeur (60 oeuvres dont 2 pour viole d’amour), interprète et pédagogue belge. Il a en outre fondé le Quatuor de Liège en 1925 et l’AMC (Association pour l’étude de la musique de chambre) en 1933, dont le répertoire était constitué de musique ancienne et moderne pour instruments anciens.

Cette viole compte 14 cordes (dont 7 cordes sympathiques). Elle est d’origine tyrolienne et date de la seconde moitié du 18e siècle. Sur l’étiquette à l’intérieur de l’instrument, on peut lire l’inscription : Carlo Antonio Testore figlio maggiore del fu Carlo Giuseppe in Contrada larga ad segno dell’Aquila Milano 1741. Le bout du manche est joliment orné d’une tête d’ange sculptée avec des ailes au niveau du cou. L’instrument est à Montréal depuis 1988 et appartient actuellement à la petite-fille de Jean Rogister, Lydia Rogister.

Le choix du répertoire

Mon premier concert à la viole d’amour fut la Passion selon saint Jean. Quelle découverte ! La découverte n’était évidemment pas l’œuvre de J.S. Bach, que je connaissais déjà, mais bien la sensation de jouer de la viole d’amour dans cette Passion. J’ai tout de suite été intriguée par les nouvelles possibilités de répertoire que cet instrument m’offrait. Par la sélection des pièces pour ce disque, j’ai voulu partager avec vous les différentes facettes de cet instrument majestueux.

J’ai choisi la Partia de Biber pour deux violes d’amour, car l’écriture de cette pièce maximise les résonances naturelles des violes. Quand un compositeur joue de l’instrument pour lequel il compose, on le sent tout de suite. Le côté intense et grandiose de cette œuvre me touche particulièrement. Chloe et moi avons eu un plaisir fou à tester les différents débits rythmiques et respirations possibles pour mettre en lumière toutes les dimensions de cette composition.

Milandre a été une découverte pour moi. En faisant mes recherches, j’ai déniché sa Méthode facile pour la viole d’amour : l’air Ah que l’amour est un morceau qu’il prescrit comme exercice pour se familiariser avec l’instrument. Cet air tantôt optimiste, tantôt nostalgique, tantôt serein, vous est offert sous des dehors d’une belle simplicité.

Telemann unit la viole à la flûte traversière. Comme la tessiture des instruments est rapprochée, il y a ici beaucoup de complicité dans les échanges avec la flûte. Je qualifierais ce trio de lumineux, positif et plein d’énergie. Dans le dernier mouvement, on y sent même la fête villageoise.

Bach utilise la viole d’amour dans quelques-unes de ses œuvres seulement et quand il le fait, il utilise une orchestration très modeste, qui nous permet d’apprécier la couleur sonore de l’instrument avec toutes ses subtilités. Ici, nous avons l’impression que les violes ont un son encore plus pénétrant. La lenteur du premier air, par exemple, nous a permis d’aller le plus largement possible avec notre bras d’archet afin de créer une grande intensité.

Dans le trio de Graupner, la viole dialogue avec un chalumeau basse qui, par sa sonorité enveloppante, vient remplir l’espace sonore et entoure le son de la viole. Ici, Graupner laisse beaucoup de place aux instruments solistes en écrivant une basse parsemée de silences. Graupner est un des compositeurs qui a le plus écrit pour la viole d’amour.

La suite de danses de Petzold nous donne l’exemple du rôle qu’un musicien de l’époque pouvait tenir. Il m’a fallu imaginer les danseurs pour juger de l’esprit des danses et également consolider les tempi avec l’écriture de Petzold, qui n’est pas évidente ici pour la viole. Cela dit, étant seule et sans accompagnement pour cette suite, mon plaisir a été de profiter de ma « liberté » et de jouer au gré de l’inspiration du moment, le tout dans le respect du style.

Remerciements

Vous savez, dans ce milieu de travail à la pige dans lequel j’évolue, nous avons la chance de collaborer avec un grand nombre de musiciens, d’ici et d’ailleurs. Je veux vous dire que ce disque a été conçu avant tout dans un esprit convivial, chaleureux, stimulant et inspirant. Chaque musicien a apporté ses idées, ses
émotions, son expérience et son professionnalisme. Nous étions tristes de terminer ce projet, mais il est facile d’évaluer la compatibilité des artistes de l’équipe quand le bonheur dans le travail est palpable. Je me compte chanceuse d’avoir pu faire mon disque avec ces musiciens.

J’ai eu beaucoup de chance dans mon métier, mais je dois dire qu’avoir accès à un si bel instrument est exceptionnel. Lydia Rogister me permet d’utiliser son instrument qui, à son tour, m’inspire et me stimule à chercher du répertoire. Merci.

Merci à Denis Juget pour le bel orgue, les accords de l’instrument et les encouragements.

Merci à Mark Simons de nous avoir ouvert ses portes pour répéter, en plus d’avoir logé chez lui un clavecin et un orgue pendant une grande partie de l’été.

Un chalumeau basse est un instrument qui se fait rare en Amérique du Nord. J’ai eu la chance d’être entrée en contact avec Adam Gilbert, directeur du département de la musique ancienne à la Thornton School of Music, University of Southern California. Il m’a rendu la tâche vraiment facile. Sans cette précieuse collaboration, je n’aurais pu avoir le trio de Graupner sur cet album.

© Hélène Plouffe

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