fbpx
FL 2 3075

Haydn: Les derniers quatuors à cordes: en sol majeur op.77 no.1, en fa majeur op.77 no.2 & Quatuor inachevé op.103

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 01 octobre 1996
Numéro de l'album FL 2 3075
Periodes Classique
Genres Musique de chambre

Informations sur l'album

L’image du bon « papa Haydn », telle que léguée à la postérité, est l’image d’un homme bienveillant, affable, un peu bon enfant, doté d’un grand sens de l’humour. C’est oublier qu’il fut également un être audacieux, énergique et fier, un réaliste à l’esprit pragmatique et un homme d’affaires avisé. C’est oublier qu’il fut, de son temps, un génie acclamé dans toute l’Europe, à qui personne n’aurait contesté le statut de « père de la musique moderne ».

Le quatuor à cordes se développe à partir des années 1760. C’est alors un genre musical tout à fait nouveau. Ses origines sont très diverses et il puise ses sources en Italie, en France, en Autriche et en Bohême. Contrairement à la symphonie, qui dérive de l’ouverture d’opéra, le quatuor à cordes n’est pas le résultat de l’évolution d’un genre musical précis plus ancien. Il s’est développé peu à peu, fruit de multiples expériences individuelles. Celles de Joseph Haydn, à cet égard, furent les plus déterminantes: il peut être considéré comme le véritable créateur du genre.

Ses dix « Quatuors à Fürnberg » (v. 1757-1760) sont constitués d’une suite de cinq mouvements, ce qui les apparente davantage à des « divertissements pour qua-tuors à cordes ». Par contre, les 18 quatuors opus 7, 17 et 20 (1769-1772) comprennent tous quatre mouvements, incluant un menuet. Ils sont d’un caractère plus relevé, plus expressif et plus sérieux (plusieurs quatuors de l’opus 20 se terminent par une fugue). Lorsque Haydn publie en 1781 les six quatuors de l’opus 33, il déclare: « Ils sont d’un genre tout à fait nouveau et particulier, car je n’en ai pas écrit depuis dix ans. » Ces œuvres eurent un grand impact. Elles influencèrent de nombreux compositeurs, dont Mozart. La raison en est l’ampleur encore jamais vue accordée au travail thématique. Ces quatuors réalisent également la synthèse équilibrée entre le « style galant » et le « style savant ». Le quatuor à cordes venait d’acquérir ses lettres de noblesses. Haydn en écrivit par la suite un grand nombre et chacun d’eux fut un champ d’expériences recelant d’innombrables trésors cachés. Il composa en tout 78 quatuors à cordes.

En 1799, le prince Lobkowitz commande à Haydn de nouveaux quatuors, sans doute une série de six, comme c’était l’usage. Le prince Lobkowitz, l’un des principaux mécènes de Haydn et de Beethoven, fut lui-même un musicien accompli: violoniste et violoncelliste, il était aussi chanteur (il chanta à plusieurs reprises la partie de basse de La Création). Haydn se mit à la tâche, mais, à la fin de l’année, il n’avait pu terminer que deux quatuors: il avait été tout absorbé par l’important travail que lui imposait la composition de l’oratorio Les Saisons, qu’il ne terminera qu’en 1801.

Dans une lettre datée du 1er juillet 1800, Haydn confie à l’éditeur Breitkopf Härtel, de Leipzig: « Les difficultés que j’éprouve à composer Les Saisons et ma faiblesse actuelle m’empêchent de travailler à deux choses à la fois. » C’est aussi à partir de 1779 que G.A. Griesinger agit comme intermédiaire entre Breitkopf Härtel et Haydn qui avait la fâcheuse habitude de ne pas répondre régulièrement aux lettres de l’éditeur. Les lettres de Griesinger à Breitkopf Härtel témoignent de façon vivante de la progression du travail de composition de Haydn. Dans une lettre datée du 4 juillet 1801, il note que « Haydn travaille en ce moment à six quatuors pour le prince Lobkowitz ». Le 24 juillet, il écrit que « quatre seulement sont pour l’instant terminés », ce qui est erroné. Vers la même époque, Haydn doit se consacrer à la composition de sa Schöpfungsmesse (Messe de la Création) dont la première audition aura lieu le 13 septembre. Griesinger, le 4 novembre, se contente de dire que les quatuors « ne sont pas tous terminés ». Le 20 janvier 1802, il rapporte, au sujet des deux quatuors qui sont achevés, que le « maître de chapelle de Lobkowitz, Wranitzky, a demandé à Haydn la permission de les faire graver chez Artaria. Haydn aurait préféré attendre que tous les six soient disponibles, mais il a donné son accord ».

Quelques semaines plus tard, le 20 mars, Griesinger précise que « Artaria devra attendre pour éditer les deux quatuors de Haydn qu’il en ait composé un troisième, tâche à laquelle Haydn se consacre actuellement ». Le 3 avril, il raconte qu’il a entendu jouer les deux quatuors chez le baron Spielmann et qu’ « ils ont l’un et l’autre été très applaudis ». À la même époque, Haydn doit laisser de côté le quatuor qu’il vient d’entreprendre pour concentrer ses forces sur l’Harmoniemesse qui, commencée au début de 1802, sera créée le 8 septembre suivant. C’est la dernière grande œuvre achevée de Haydn.

C’est aussi en septembre 1802 que paraissent finalement chez l’éditeur viennois Artaria les deux quatuors composés en 1799. Ils portent le numéro d’opus 77 et sont dédiés au prince Lobkowitz. Breitkopf Härtel les publie à son tour en octobre de la même année. Ils seront également édités à Londres et à Paris. Pendant ce temps, la composition du troisième quatuor ne progresse guère: le 2 novembre, Griesinger avoue que « les quatuors en sont toujours au même point ». Il semble bien que Haydn ait pu travailler sur son quatuor durant l’année 1803, car Griesinger signale, le 25 janvier 1804, qu’ « en ce qui concerne son quatuor, il a terminé l’allegro, un andante à variations et le menuet et trio, il ne manque plus qu’un allegro ». L’existence de l’allegro initial est plus qu’improbable. De même, l’allegro final ne verra jamais le jour car Haydn, vieillissant, voit sa santé décliner irrémédiablement depuis 1799-1800. Constamment fatigué, affligé de pertes de mémoire et incapable de se concentrer, il ne peut plus composer.

C’est avec émotion que Griesinger, dans une lettre du 21 août 1805, raconte ceci: « Sa carcasse devient malheureusement de plus en plus fragile, le moindre courant d’air le dérange. Il a lui-même renoncé à l’espoir de mener à bien le quatuor qu’il a commencé. » Le 2 avril 1806, Griesinger envoie à Breitkopf Härtel les deux mouvements complétés du quatuor. Haydn lui déclare, à propos de cette œuvre: « C’est mon dernier-né, mais il me ressemble encore. » Le quatuor paraît en octobre 1806, accompagné de la carte de visite de Haydn qui reproduit les premières mesures de la mélodie de son quatuor vocal Der Greis (Le Vieillard) ainsi que les premiers vers sur lesquels elle se chante: « Toutes mes forces s’en sont allées, je suis vieux et faible. » La page titre indique: « 82ème et Dernier Quatuor… Dédié à Monsieur le comte Maurice de Fries ». Haydn protestera d’ailleurs, se référant à l’édition complète de ses œuvres entreprise par Pleyel, que ce quatuor est en réalité son 83ème. Le mois suivant, l’œuvre est publiée chez l’éditeur André avec le numéro d’opus 103. Artaria, pour sa part, édite le quatuor en mai 1807 sous le titre « 3ème et Dernier Quatuor…Œuvre 77 », soulignant ainsi ses liens avec les deux autres quatuors de l’opus 77.

Ces quatuors, bien qu’appartenant à la dernière période créatrice de Haydn, ne sont pas l’œuvre d’un esprit vieilli. Bien au contraire, jusqu’à ce que l’âge et la maladie aient eu raison de son corps, le compositeur est resté en pleine possession de ses moyens: même dans ses œuvres ultimes, son inspiration pétille d’une imagination débordante et d’une exquise sensibilité gouvernés par l’équilibre de la raison. C’est avec une maîtrise incomparable qu’il bâtit des thèmes pour ensuite jouer avec leurs composantes dans des combinaisons toujours nouvelles et imprévues. Son esprit créateur, lui, n’a pas pris une seule ride.

Le premier mouvement du Quatuor en sol majeur opus 77 no 1 est un Allegro moderato qui se caractérise par le rythme de marche bien scandé de son thème principal, tandis que son deuxième thème, plus chantant, apporte un sentiment d’une plus grande densité. Suit un superbe Adagio de forme sonate monothématique sans reprises. Son thème, exposé par les instruments à l’unisson, s’inspire directement d’éléments empruntés aux thèmes du mouvement précédent. Le troisième mouvement, un Menuetto noté Presto, est en fait un Scherzo animé d’une fougue surprenante, notamment de la part du premier violon qui explore le re-gistre aigu jusqu’à des hauteurs vertigineuses et qui n’hésite pas à exécuter des sauts de deux octaves et plus. Le finale, marqué Presto, est de forme sonate monothématique. Tout comme pour les deux mouvements précédents, le thème est d’abord exposé à l’unisson. Animée par des accents d’allure populaire, son écriture est agrémentée de plusieurs séquences en canon.

Le Quatuor en fa majeur opus 77 no 2 débute aussi avec un Allegro moderato. Le premier thème, paisible et expressif, s’insère discrètement sans le second thème, dans la partie jouée par le second violon. Le Menuetto, lui aussi noté Presto, occupe ici la deuxième position et non, comme d’habitude, la troisième. Il se distingue surtout par le jeu rythmique entre les pulsations binaires et les pulsation ternaires. Le trio, qui doit être joué pianissimo, crée un contraste tout à fait ravissant qui surprend l’auditeur. Le troisième mouvement est un Andante serein et tranquille qui tient à la fois de la sonate, de la variation et du rondo. Le thème est d’abord exposé par le premier violon et le violoncelle auxquels s’ajoutent, au retour du thème, le second violon et l’alto. La richesse de l’invention avec laquelle Haydn varie les retours du thème relève de la plus haute inspiration. Le finale, Vivace assai, également de structure monothématique, est une « polonaise à la hongroise » vive et rayonnante.

Le Quatuor opus 103, inachevé, est animé par la même abondance dans l’inspiration. Il commence par un Andante grazioso en si bémol majeur, imprégné d’une douloureuse mélancolie. Il adopte une forme ternaire A-B-A’ suivie d’une coda. Le second mouvement, en ré mineur, est un Menuetto ma non troppo Presto instable, nerveux et tendu à l’extrême. Le trio, en ré majeur, revêt un caractère plus majestueux, presque sacré, sans doute en raison de son écriture plus dépouillée.

© Mario Lord

Lire la suite

À propos

AN 2 9867
AN 2 9867

Start typing and press Enter to search