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FL 2 3129

Schubert: Quatuor à cordes no.8, op. 168 en si majeur; Quatuor à cordes no.14 en ré mineur dit " La jeune fille et la mort "

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 15 octobre 1998
Numéro de l'album FL 2 3129
Periodes Romantique

Informations sur l'album

Une des particularités de la musique de chambre de Franz Schubert (1797-1828) est son évolution en pente douce, par opposition à Haydn ou à Beethoven, dont la manière en ce domaine a connu des mutations plus soudaines.

Dès les premières œuvres de Schubert en ce genre, composées pour des exécutions domestiques centrées autour du quatuor familial (ses frères Ferdinand et Ignaz aux violons, lui-même à l’alto et son père au violoncelle), la musique possède déjà en son essence ces touches et cet esprit si personnels qui vont graduellement s’affiner et gagner en cohérence jusqu’aux derniers quatuors et le Quintette, D. 956 (qui ne devaient connaître aucune exécution publique du vivant de Schubert). Malgré les influences et les emprunts, et parfois même les gaucheries des tout premiers quatuors qui nous sont parvenus (composés, il faut le dire, lorsque Schubert n’avait que quinze et seize ans), on y découvre ces mélodies aux tournures inimitables, ces changements subits entre modes majeur et mineur, cette sensibilité aux modulations harmoniques, qui font que ces œuvres sont aussi « schubertiennes » que celles de la maturité. À ce propos, l’accession à la maturité chez Schubert a fort heureusement été très rapide, et la pente douce de son évolution, comprimée dans une vie si brève et franchie par un travail si acharné, prend alors une allure plus escarpée, mais toujours sans saccades. Et puis, peut-on vraiment parler d' »accession à la maturité » chez un artiste dont le parcours génial a été anéanti à l’âge de trente et un ans?

Quoi qu’il en soit, en 1814, Schubert ne pensait pas à la mort, mais à son art et à son avenir. Il espérait avant tout d’échapper à la profession d’instituteur à laquelle le destinait son père, et à cet effet, il avait entrepris ce qu’il croyait, finalement à tort, pouvoir le mener à la réussite: la composition d’un opéra, Des Teufels Lustschloss, terminé en octobre 1814. L’œuvre demeura muette. Cependant, il eut plus de succès avec sa première Messe complète, celle en fa majeur, terminée au cours de l’été de la même année, et qui fut jouée à deux reprises au mois d’octobre.

Quatuor en si bémol majeur, D. 112

Tout absorbé qu’il était par ces œuvres vocales, Schubert trouva le temps — et il en fallut peu! — pour composer le Quatuor en si bémol majeur, D. 112. Il en avait commencé le premier mouvement le 5 septembre, pour l’achever le jour même, « en 4 heures 1/2 », comme il l’a écrit au bas de sa partition. S’il est vrai que Schubert avait déjà amorcé ce mouvement en tant que Trio, ce qui a du lui faciliter la tâche lorsqu’il entreprit le Quatuor, il est quand même extraordinaire de voir cet homme pouvoir « composer la musique aussi vite qu’il la copie », comme le disait Alfred Einstein dans son livre sur Schubert. Dans le court développement de cet Allegro ma non troppo, nous avons un exemple assez frappant de ce dont nous parlions plus haut, où chaque énoncé dans un ton majeur est aussitôt repris dans sa forme mineure. Écrit du 6 au 10 septembre, l’Andante sostenuto, en sol mineur, dégage une sombre sérénité que quelques instants de bonne humeur n’arrivent pas à dissiper. Ici, certains échos des mouvements lents des quatuors « Les dissonances », K. 465 et « Hoffmeister », K. 499 de Mozart se font entendre. Le Menuetto a été complété en un jour, le 11 septembre. Sa section Trio, en rappelant le premier mouvement et en annonçant un peu le dernier, constitue un bel élément d’unité. D’ailleurs, tout le quatuor profite d’une certaine unité de ton, cette sorte de sérénité un brin triste du second mouvement, qui démontre un souci de sérieux chez Schubert. Le Presto final, terminé le 13 septembre, se défait autant qu’il le peut de cette chape trop lourde en affichant plus d’esprit et de verve. Aussi, et surtout, il fait entendre en germe bien des éléments du Scherzo de la « Grande » Symphonie en do majeur. Ce quatuor ne fut publié qu’en 1863.

Quatuor en ré mineur, D. 810, dit  » La jeune fille et la mort « 

Tout ce qui était potentiel dans le Quatuor, D. 112 — ce qui d’ailleurs ne lui enlève rien — le voici réalisé au centuple dans le Quatuor en ré mineur, D. 810, dit « La jeune fille et la mort ». Composé en 1824 (et peut-être terminé en 1826), son titre lui vient du second mouvement, une série de variations, érigé sur un thème tiré de l’introduction au piano du lied éponyme composé en février, 1817.

Le thème tel qu’utilisé dans le quatuor consiste en une sorte de marche funèbre sans lenteur ni pathos, en sol mineur mais finissant, par consolation, en sol majeur. Dans les cinq variations qui suivent, ainsi que dans la coda, la tonalité demeure inchangée et le thème est toujours reconnaissable, en passant d’un instrument à l’autre. Le premier violon, surtout, s’emploie à colorer de ses feux, tel un prisme, les nuances successives du thème. La lueur consolatrice de la fin du thème prend vie dans la quatrième variation, en majeur, mais s’épanouit pleinement à la toute fin du mouvement. Si cet Andante con moto est en définitive le noyau du quatuor, les mouvements qui l’enveloppent sont d’une aussi pure splendeur.

L’unité de l’œuvre est ici assurée en grande partie par la parenté des motifs rythmiques qui la traversent, et le caractère vigoureux du quatuor se manifeste dès les premières mesures, inoubliables. Cet Allegro initial est d’ailleurs d’une telle force dans le traitement des motifs et dans sa construction même, qu’il va continuer à en imprégner jusqu’au Scherzo et au Presto final.

À ces piliers robustes s’intègrent parfaitement, comme pour en compléter l’architecture, les doux moments de grâce tels le second thème du premier mouvement, le Trio du troisième, et bien entendu, le mouvement avec variations. Il était déjà loin le temps où la famille Schubert se réunissait pour jouer les quatuors de Franz.

Le Quatuor en ré mineur, comme tant d’œuvres de Schubert, n’a pas connu d’exécution publique de son vivant, nous l’avons dit, mais il a été joué en privé par le quatuor du violoniste Ignaz Schuppanzigh (le quatuor « officiel » de Beethoven) en 1826. Une triste histoire nous est parvenue de cette lecture, rapportée en 1881 par un témoin oculaire, le compositeur et chef d’orchestre Franz Lachner: « Le premier violon Schuppanzigh, qui en raison de son âge avancé n’était plus, il faut le reconnaître, à la hauteur de la tâche, a déclaré au compositeur après avoir joué l’œuvre de bout en bout: ‘Mon cher frère, ceci n’a rien de bon, laisse donc tout cela; retourne plutôt à tes chansons!’ — après quoi Schubert ramassa en silence ses feuilles de musique et les rangea dans son tiroir pour toujours […] » Les faits relatés sont peut-être obscurcis par les cataractes du temps, mais il demeure que l’œuvre ne fut publiée qu’en 1831, après la mort de Schubert.

© Jacques-André Houle

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FL 2 3103
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