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AN 2 8798 Ravel Debussy Sonates

Ravel, Debussy: Sonates

Date de sortie 09 mars 2018
Numéro de l'album AN 2 8798
Periodes XXe siècle

Ils en ont parlé

Informations sur l'album

Sur ce premier enregistrement, le violoniste Blake Pouliot et la pianiste Hsin-I Huang nous offrent des œuvres de deux compositeurs français majeurs de la première moitié du Xxe siècle: Maurice Ravel et Claude Debussy. Chefs-d’œuvre de maturité et de raffinement, les sonates pour violon et piano de ces deux maîtres de la musique moderne permettent d’apprécier les conceptions très différentes qu’ont les deux compositeurs de ce duo d’instruments: tandis que Debussy imbrique les timbres de violon et de piano jusqu’à les fondre, Ravel, lui, travaille dans le sens d’une plus grande individualisation des parties instrumentales. Deux autres morceaux choisis, Tzigane et Beau Soir, complètent ce panorama, où la sensibilité et la virtuosité des interprètes sont mises à l’honneur.

La Sonate pour violon et piano n° 2 en sol majeur de Maurice Ravel

Commencée en 1923, la Sonate pour violon et piano n° 2 en sol majeur, M. 77, de Maurice Ravel, ne sera terminée que quatre ans plus tard. Dans cette œuvre, qui est la dernière qu’il consacre à un ensemble de musique de chambre, Ravel poursuit l’entreprise de dépouillement amorcée dans la Sonate pour violon et violoncelle en do majeur (1921-1922) et mène l’indépendance des parties instrumentales encore plus loin que les Chansons madécasses (1925-1926): « Je me suis imposé cette indépendance, explique Ravel, en écrivant une Sonate pour piano et violon, instruments essentiellement incompatibles, et qui, loin d’équilibrer leurs contrastes, accusent ici cette même incompatibilité ».

Le premier mouvement, Allegretto, débute avec un thème d’une simplicité naïve, aux couleurs modales, joué d’abord au piano, puis partiellement repris par le violon à la quinte supérieure. Dans les interstices de cette mélodie de violon vient se glisser, au registre grave du piano, un motif plus mécanique, constitué de brèves notes répétées et d’un rapide saut de quarte. Quelques harmonies plus osées permettent de percevoir une certaine influence du jazz… qui sera affichée beaucoup plus clairement dans le deuxième mouvement, un blues au caractère improvisé avec ses ostinatos, son rythme syncopé et ses glissandos suggestifs. Le troisième mouvement débute par un rappel du motif «mécanique» du premier mouvement, suivi d’une accélération rythmique menant jusqu’aux doubles croches de violon qui, ininterrompues jusqu’à la toute fin de la pièce, en justifient le titre de perpetuum mobile, mouvement perpétuel.

L’origine de Tzigane

La correspondance de Maurice Ravel fournit certaines indications quant aux raisons expliquant la longue période de gestation de sa Sonate pour violon et piano: en janvier 1924, Ravel a le «cafard». Il pensait pouvoir la terminer pour le début du mois de février, mais ses idées noires l’empêchent d’y travailler: il devra remettre à plus tard la création de cette œuvre, qu’il avait pourtant promis de jouer lors d’un concert prévu à Londres au printemps. Pour la remplacer au programme, il écrit Tzigane, série de variations oscillant entre sérieux et parodie qu’il définit comme un « morceau de virtuosité dans le goût d’une rhapsodie hongroise ».

La Sonate n° 3 pour violon et piano de Claude Debussy

C’est dans les affres d’une longue et douloureuse maladie et dans une France ravagée par la Première Guerre mondiale que Claude Debussy écrit sa Sonate pour violon et piano. La guerre exacerbe le nationalisme du compositeur qui, s’inscrivant dans la tradition des grands maîtres français du XVIIIe siècle, entreprend en 1915 l’écriture d’une série de six sonates pour groupes d’instruments variés. De ce nombre, seulement trois seront complétées. Celle pour violon et piano, en sol mineur, est la troisième et dernière: « J’ai terminé enfin la Sonate », écrit-il à son ami Robert Godet, le 7 mai 1917. « Par une contradiction bien humaine, elle est pleine d’un joyeux tumulte. Défiez-vous à l’avenir des œuvres qui paraissent planer en plein ciel, souvent elles ont croupi dans les ténèbres d’un cerveau morose. »

Le premier mouvement, Allegro vivo, oscille entre intermèdes passionnés et moments de grand calme où le temps semble suspendu, à la faveur d’un rythme harmonique plutôt lent et de la répétition, au piano, de motifs d’accompagnement presque hypnotisants. Plus ludique, Fantasque et léger, le mouvement central laisse entendre, après une introduction capricieuse et une première section plutôt espiègle, d’indéniables influences espagnoles. Cette inspiration se retrouve également dans le final, Très animé. Celui-ci débute avec un rappel, lointain comme un écho, du thème initial du premier mouvement avant d’aboutir, comme le décrivait Debussy, « au jeu simple d’une idée qui tourne sur elle-même comme le serpent qui se mord la queue ».

Le poétique Beau Soir

L’album se conclut avec une mélodie de jeunesse du même compositeur, écrite vers 1891 sur un poème de Paul Bourget intitulé « Beau Soir » et transcrite pour violon par A. Walter Kramer autour de 1914. Ces quelques pages de musique parviennent à restituer, jusque dans leur version instrumentale, tout le caractère intime, contemplatif et résigné du poème:

Lorsque au soleil couchant les rivières sont roses
Et qu’un tiède frisson court sur les champs de blé,
Un conseil d’être heureux semble sortir des choses
Et monter vers le cœur troublé ;

Un conseil de goûter le charme d’être au monde
Cependant qu’on est jeune et que le soir est beau,
Car nous nous en allons, comme s’en va cette onde :
Elle à la mer, – nous au tombeau !

© Florence Brassard

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À propos

Blake Pouliot
Hsin-I Huang
AN 2 8745 Max Richter Portrait
AN 2 8745 Max Richter Portrait

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