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AN 2 8778 Reincarnation

Réincarnation : Schubert - Messiaen

Interprètes
Date de sortie 06 novembre 2020
Numéro de l'album AN 2 8778
Genres Piano

Informations sur l'album

Cet album a été conçu à un moment clé de ma trajectoire alors que j’avais dix-huit ans. Encore étudiante en deuxième année à l’Université de Yale, je venais de suivre mon premier cours d’architecture ; de là naquit une grande et profonde passion. Après plusieurs années d’études rigoureuses en musique, chercher à maîtriser une forme d’art complètement différente me paraissait presque insurmontable, mais la bonne voie à suivre.

Néanmoins, j’ai eu la grande chance d’être soutenue tout au long de mon parcours, notamment par mon grand mentor, le Professeur Kent Bloomer, considéré comme un des grands sculpteurs et designers américains vivants. Dès notre première rencontre, nous avons entamé une longue discussion sur les liens entre l’architecture et la musique, sur la manière dont les notions de rythme, de mélodie et d’harmonie peuvent être appliquées au sein d’une structure bâtie. Ces réflexions m’ont permis de passer d’un chapitre de ma vie au prochain, sans avoir besoin de tourner la page, de façon presque cyclique. Elles m’ont également ouvert de nouvelles perspectives – que j’ai tenté d’aborder dans cet album.

Les deux oeuvres interprétées dans cet enregistrement font partie d’un ensemble circulaire plus vaste ; elles évoquent la notion cyclique de la fin et du début : la réincarnation.

Tandis que la Sonate en si bémol de Schubert représente une négociation douloureuse et amère avec la mort, alors que le compositeur approchait la fin de sa vie, la Première Communion de la Vierge de Messiaen célèbre la joie glorieuse de la naissance et de la vie nouvelle. Les oeuvres sont liées par l’accord en si bémol majeur qui marque la fin triomphante de la sonate et qui ouvre également la Première Communion de la Vierge, cette fois-ci indiqué par la nuance piano et l’indication intérieur.

À travers sa sonate remplie de changements brusques et oscillatoires de tonalités, Schubert semble évoquer à la fois le souvenir du passé et l’illusion du futur, révélant ainsi sa lutte contre l’éventualité de quitter le monde humain sans avoir atteint de résolution. Néanmoins, sa finale, composée avant son premier mouvement, laisse percevoir une défaite glorieuse contre la mort, dotée d’une énergie également présente parmi les éclats de joie qui marquent la Première Communion de la Vierge.

Malgré sa nature méditative et contemplative, la Première Communion de la Vierge explore le mystère divin de la naissance de Jésus et de la « Parole faite chair » à travers quelques points culminants caractérisés par la répétition rythmique et accélérée de trois accords, qui représentent d’après Messiaen le « thème de Dieu ». Ce « thème de Dieu » revient à plusieurs reprises, parfois entrelacé avec des chants d’oiseaux et des lumières stalactites ; il sert de fil conducteur qui mène un regard spirituel sur le phénomène de la naissance et de la création.

Malgré les contrastes stylistiques qui distinguent les deux oeuvres, je souhaitais les associer sur cet album afin d’évoquer les thèmes du cycle et de la reconstruction, qui ont depuis toujours caractérisé la nature humaine, ainsi que ma propre trajectoire.

En mariant la musique de Schubert et de Messiaen, cet album cherche à communiquer ces sentiments profondément et fondamentalement humains qui, j’espère, vous toucheront et vous offriront réconfort et espoir en ces temps difficiles.

Cet album n’aurait pu se réaliser sans le mentorat de grands maitres tels que Maestro Alfred Brendel, Melvin Chen, Rita Wagner et Peter Frankl, dont le talent artistique exceptionnel et la sagesse ont inspiré et nourri ce projet.

Un merci tout spécial à ma famille, Mari Kodama, Momo Kodama et Kent Nagano, qui m’ont ouvert les portes sur l’art musical. Je suis très reconnaissante de leur soutien, leur accompagnement et leur amour indéfectible.

Très sincèrement,
Karin

Franz Schubert : Sonate en si bémol majeur, D. 960 (1828)

Franz Schubert, tant dans sa vie personnelle que dans son travail, était le parfait archétype de l’époque romantique en devenir. Il menait une vie de bohème rejetant les conventions bourgeoises, passant ses journées à composer et ses soirées à faire la fête. Il mourut jeune, à l’âge de 31 ans, laissant derrière lui une quantité d’oeuvres considérable dont la plupart étaient complètement inconnues en dehors de son entourage.

La Sonate en si bémol majeur, D. 960, est l’une des trois sonates de grande envergure que Schubert a écrites dans la dernière année de sa vie. Celles-ci ont été composées simultanément, débutant par des ébauches au printemps 1828 et se terminant par la révision finale en septembre, deux mois avant sa mort. D’ailleurs, les sonates ont des liens thématiques et tonals profonds qui fascinent les musicologues et les interprètes depuis toujours.

Les thèmes de la mort et de la mortalité sont encore une fois très présents, comme dans l’ensemble de l’oeuvre de Schubert. Les deux premiers mouvements sont particulièrement imprégnés d’un sentiment méditatif et songeur qui évoque Schubert contemplant sa propre fin. En effet, l’oppressant trille sur le sol bémol du début du premier mouvement, répété avant la reprise de l’exposition, nous amène à cette interprétation – particulièrement dans le contexte de l’arrangement de Schubert du poignant poème de Goethe, The Erlking, par exemple, ou des variations sur un thème mélodique, tirées de La Jeune Fille et la Mort, dans l’éponyme quatuor à cordes en mineur. Pourtant, ce fatidique trille sur le sol bémol a aussi des implications musicales laissant présager l’importance formelle de la tonalité de sol bémol tant dans le premier mouvement que dans le suivant.

La Sonate en si bémol majeur, avec ses deux compagnes, est l’aboutissement des grandes et majestueuses constructions formelles de Schubert qu’on retrouve dans ses oeuvres d’envergure. Dans sa quête d’utiliser des tonalités éloignées, de mettre en évidence la ligne mélodique et son développement et de répéter des thèmes extramusicaux personnels ou universels, Schubert propose un modèle significatif pour les compositeurs des prochaines générations.

Olivier Messiaen : Première communion de la vierge

Tiré de Vingt regards sur l’Enfant-Jésus (1944)

Le compositeur français Olivier Messiaen était un fervent catholique et un avide collectionneur de chants d’oiseaux. Ces deux passions, en plus de son intérêt pour l’hindouisme et la numérologie, ont contribué à définir son langage musical particulier. Son style riche en complexités modernistes est mis au service d’une expression très personnelle de sa foi – la ferveur religieuse fusionnée à des techniques musicales prédéterminées. Or, William W. Austen, musicologue, a observé que le langage de Messiaen était : « un mélange éclectique de défis intellectuels novateurs et d’indulgence émotionnelle démodée. »

Cette myriade de caractéristiques sont présentes dans la Première communion de la vierge, le 11e mouvement de l’oeuvre monumentale pour piano solo, Vingt regards sur l’Enfant-Jésus, composée par Messiaen en 1944. La composition de l’oeuvre a débuté suite à la commande de 12 petites pièces pour piano servant à accompagner une émission de radio portant sur la poésie de la Nativité. Toutefois, l’oeuvre de plus de deux heures s’est éloignée considérablement de son modeste objectif de départ.

Il s’agit en fait de l’oeuvre la plus intense et la plus spirituelle de Messiaen. Celui-ci a beaucoup écrit au sujet de ses propres oeuvres et de son langage musical, mentionnant « Elles expriment les contemplations de l’Enfant Jésus dans la crèche et les regards qu’ils lui sont accordés ; de l’inexprimable Regards du père aux multiples Regards de l’Église d’amour jusqu’à l’incomparable Regards de l’Esprit de joie ».

© Joseph Stillwell

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À propos

Karin Kei Nagano
AN 2 9182 Schubert Intégrale Sonates Piano Vol. 2
AN 2 9182 Schubert Intégrale Sonates Piano Vol. 2

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