fbpx
AN 2 9127 Chopin Sonate 3 Polonaise-Fantaisie Nocturnes

Chopin: Sonate No. 3, Polonaise-Fantaisie, Nocturnes

Compositeurs
Date de sortie 25 septembre 2015
Numéro de l'album AN 2 9127
Periodes Romantique
Genres Piano

Ils en ont parlé

Informations sur l'album

FRÉDÉRIC CHOPIN (1810-1849)

Les oeuvres de Chopin proposées ici ont été écrites entre 1843 et 1846, période marquée par son état de santé toujours plus chancelant, le décès de son père et le lent effritement de sa liaison avec l’écrivaine George Sand. Il s’agit de la période où s’affirme véritablement le dernier style compositionnel de Chopin, issu d’une remise en question survenue quelques années plus tôt. Il ressort encore plus perfectionniste de cette reconsidération de ses choix esthétiques. « Trois lignes raturées sur quatre, voilà du vrai, du pur Chip-Chip ! », notera George Sand en marge d’une lettre datée d’avril 1844. Cet acharnement n’est pas étonnant, puisque l’écriture de Chopin se raffine et se complexifie considérablement : il apporte une attention accrue à l’organisation formelle de ses oeuvres ainsi qu’au contrepoint. Ces nouveaux moyens placent l’expression affective à une distance qu’on pourrait qualifier de philosophique. La spontanéité et les élans passionnés des oeuvres de jeunesse cèdent la place à un climat recueilli, méditatif, qui permet l’expression profonde d’une vaste palette d’émotions.

Durant l’été 1843, Frédéric Chopin trace quelques esquisses de sa Sonate en si mineur. Cette saison, passée chez George Sand à Nohant, semble avoir été le théâtre des derniers jours heureux du couple d’artistes. Le début de l’automne a probablement vu croître certaines dissensions intimes, car Chopin rentre seul à Paris le 28 octobre.

L’écrivaine l’y rejoindra un mois plus tard, faisant de cette séparation la plus longue depuis le début de leur relation. Chopin ne reprendra l’écriture de sa sonate qu’à l’été 1844, encore passé à Nohant, après un printemps assombri par le décès de son père. Publiée en 1845, cette sonate est souvent considérée comme le chef-d’oeuvre ultime de Frédéric Chopin. Un grand souci de cohérence unit ses quatre mouvements, qui s’allient pour former une seule et même narration, un peu comme si sérieux du reste de l’oeuvre. Le Largo présente une longue mélodie accompagnée, typiquement chopinienne, digne de ses plus beaux nocturnes. La section centrale donne lieu à un moment d’une poésie déchirante : l’accompagnement en croches presque hypnotique donne l’impression de suspendre le passage du temps pour nous plonger dans une profonde contemplation. Le thème initial revient ensuite comme un souvenir un peu effacé, distant. S’ensuit un Finale virtuose, frénétique, dont le niveau d’intensité augmente sans cesse, jusqu’à une coda extatique, toute la tension accumulée se relâchant dans un brillant tourbillon.

Le 12 décembre 1845, Chopin écrit : « À présent, je souhaiterais terminer la Sonate pour violoncelle et la Barcarolle, mais aussi quelque chose dont je n’ai pas encore trouvé le titre… ». Cette pièce encore sans nom deviendra la Polonaise-fantaisie, à laquelle il travaillera assidûment au printemps 1846. Il s’agit peut-être de l’une de ses oeuvres les plus complexes, notamment en raison de son riche contrepoint et de son audace harmonique. L’amalgame réalisé entre Polonaise et Fantaisie s’annonce dès les premières mesures : après des accords au caractère autoritaire typique de la polonaise, Chopin écrit des ornements très doux, en arpèges, qui ont le caractère improvisé de la fantaisie. Une section centrale, piu lento, fait entendre deux nouveaux thèmes : le premier nostalgique et résigné, le second suppliant, plaintif. La pièce se termine par une triomphante coda réunissant le thème initial et la mélodie nostalgique de la section centrale dans la lumineuse tonalité de la bémol majeur. En dépit de cette finale rayonnante, Franz Liszt décrit en ces mots le caractère global de la Polonaise-fantaisie : « Une élégiaque tristesse y prédomine, entrecoupée par des mouvements effarés, de mélancoliques sourires, des soubresauts inopinés, des repos pleins de tressaillements, comme les ont ceux qu’une embuscade a surpris, cernés de toutes parts, qui ne voient poindre aucune espérance sur le vaste horizon. »

Marquée par une sérieuse dégradation de la relation entre Chopin et Sand, principalement en raison de conflits par rapport aux enfants de l’écrivaine, l’année 1846 est donc celle où le compositeur termine la Polonaise-fantaisie et la Barcarolle. Il trouve également le temps et l’énergie de composer quelques pièces aux dimensions plus réduites : les quatre Mazurkas, op. 63 et les deux Nocturnes, op. 62.

Le premier des deux, en si majeur, avec sa mélodie douce-amère, chantée à mi-voix et embellie de plusieurs contrechants, a une texture proche de la polyphonie. Après un épisode central dont la longue mélodie, d’abord apaisée, devient Chopin avait tenté de répondre dans cette pièce à des critiques qui lui avaient été adressées pour sa Sonate, op. 35 – Robert Schumann entre autres lui ayant reproché une trop grande disparité entre les mouvements.

Le premier thème et le développement du mouvement initial portent indéniablement la trace d’une influence germanique. L’ingéniosité du contrepoint, qui prend parfois le dessus sur la recherche de beauté mélodique, confère à certaines parties une sonorité austère plutôt inhabituelle chez Chopin. Cette sévérité de l’écriture contribue à mettre en valeur la chaleur d’un deuxième thème au lyrisme très inspiré. Le Scherzo, dont les sections extérieures légères et humoristiques s’inscrivent comme des parenthèses dans la trame narrative de la sonate, établit un grand contraste avec le contenu plutôt tourmentée et inquiète alors qu’elle passe par plusieurs modulations imprévisibles, on assiste au retour du thème initial. Il se présente cependant de façon très différente, puisque toutes les notes de la mélodie sont cette fois-ci remplacées par des trilles. Ce procédé a un effet saisissant : le chant ainsi soutenu devient plus doux, plus plaintif, à la fois résigné et désespéré.

Si le premier nocturne, avec son harmonie complexe et audacieuse, est tourné vers l’avenir, le deuxième se rapproche davantage des premiers nocturnes. Commençant de façon plus traditionnelle et extrovertie que le premier, il se complexifie considérablement lors de sa section centrale très mouvementée, le contrepoint y atteignant un raffinement rarement égalé dans l’oeuvre de Chopin. Contrairement à la Sonate, op. 58 ou à la Polonaise-fantaisie, pièces dans lesquelles une brillante coda termine l’oeuvre, ces nocturnes s’éteignent calmement, dans une douceur nostalgique et résignée.

© Florence Brassard

Lire la suite

À propos

Charles Richard-Hamelin
AN 2 8745 Max Richter Portrait

Start typing and press Enter to search