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AN 2 9821-2

Mozart: Intégrale des sonates pour pianoforte et violon, vol.1: Sonates de Mannheim

Date de sortie 21 septembre 2004
Numéro de l'album AN 2 9821-2
Periodes Classique

Informations sur l'album

Mozart: le nom à lui seul évoque presque exclusivement l’image du compositeur et pianiste. Par conséquent, on oublie trop facilement (et trop souvent) que Mozart fut aussi un violoniste de premier rang et que le violon a joué un rôle primordial, non seulement dans ses premières œuvres, mais aussi dans ses premiers concerts.

Les sonates de Mannheim–Paris

À la fin de 1777, Mozart quitte la Cour et Salzbourg pour chercher fortune à Mannheim et à Paris. Bien qu’on souligne, au cours de cette tournée, surtout sa participation en tant qu’interprète de symphonies, de concertos pour piano, de messes et de musique de chambre, il continue néanmoins à se produire en tant que violoniste. C’est à Mannheim que Mozart prit connaissance des sonates pour violon de Joseph Schuster, natif de Dresde et compositeur d’église pour l’Électeur de Saxe.

Malgré leur publication à Paris, les sonates K.301, 302, 303, et 305 conservent d’étroits liens stylistiques et biographiques avec Mannheim. Les œuvres sont d’une grande variété stylistique. L’influence de Schuster est perceptible: le premier mouvement de K.303, par exemple, semble être modelé sur les sonates du compositeur de Dresde où une introduction Adagio présente le premier sujet qui revient à la récapitulation. De plus, comme la plupart des sonates de Schuster, cinq des K.301-306 comportent deux mouvements (contrairement aux sonates pour piano seul, écrites par Mozart à cette époque, qui en comportent normalement trois).

En ce qui concerne l’expression, cependant, c’est le style de Mannheim qui domine. Les changements fréquents vers le mode mineur, les dissonances fortes, la dislocation harmonique et rythmique des sonates révèlent une sensibilité plus proche de la musique de l’Allemagne du Nord. Les sonates de Mozart, caractérisées par une expressivité que l’on ne retrouve pas dans ses œuvres instrumentales antérieures, surtout celles de Salzbourg, gravitent clairement sur cette orbite.

Ceci n’est nulle part plus évident que dans K.304, la seule œuvre de Mozart en mi mineur: le début du premier mouvement en parfait unisson, le changement abrupt vers sol majeur qui ne dissipe jamais tout à fait le côté sombre du mineur, l’écriture en canon du développement avec ses dissonances mordantes, la récapitulation réharmonisée d’une manière surprenante et, dans le deuxième mouvement, l’épisode en majeur d’une douceur obsédante, en sont d’excellents exemples. Mais K.304, contrairement à ce que l’on pourrait penser, est une des deux pièces de la série qui n’aient pas été composées à Mannheim, mais à Paris.

La Sonate en la majeur pour clavier et violon K.305 a été composée à Paris au début du printemps de 1778. Une des plus enjouées des sonates écrites lors du voyage de 1777-1778, elle comprend deux mouvements: une introduction Allegro di molto et un thème et variations Andante grazioso. La mesure en 6/8 et les motifs sur l’accord parfait de l’allegro évoquent une atmosphère de chasse pastorale et bucolique où, toutefois, la poursuite dure plus longtemps qu’on ne l’aurait pensé: toute la première moitié du mouvement est consacrée à des gestes de cadence et des pédales d’une agitation croissante — la proie semble plus insaisissable qu’on ne l’aurait cru au premier abord. Le développement suggère la fuite, car le mode mineur domine une grande partie de cette section, mais l’ordre est rétabli à la récapitulation et la chasse se termine d’une manière satisfaisante. Par contre, des variations se dégage le style parfumé de Mannheim, en particulier dans le début élégant de la deuxième variation et dans l’adagio ad libitum de la quatrième (c’est un geste caractéristique, indiquant le rôle principal accordé au clavier, que le violon se taise durant la première variation). Cependant, la chasse n’est jamais loin et la variation allegro en temps ternaire qui conclut la série ramène l’atmosphère pastorale du début de la sonate.

Les sonates que Mozart compose lors du voyage Mannheim-Paris ne sont pas toutes publiées à ce moment-là; la Sonate en do majeur pour clavier et violon K.296, écrite à Mannheim le 11 mars 1778 pour son élève Thérèse Pierron, ne paraît qu’en 1781 quand Mozart la publie avec les sonates K.376-380. Le rôle principal dans ces sonates appartient au piano; déjà dans la sonate K.296 (qui comporte trois mouvements, un Allegro vivace, un Andante sostenuto et un Allegro final), au passage difficile en double-croches dans le développement du premier mouvement, le clavier domine comme dans un passage semblable de la section centrale de l’Andante. Le charmant final en rondeau comprend une mélodie que Mozart va utiliser comme thème dans son Rondo pour piano, K.485.

C’est à Paris que Mozart compose la sonate K.306 qui rompt avec la structure stylistique et expressive de l’ensemble par ses trois mouvements, ses élans virtuoses, pleins d’énergie et le plus souvent libres de la disjonction quelque peu tortueuse des autres sonates. Le violon est un partenaire plus égal dans le dialogue musical et l’écriture pour le clavier, ni retenue, ni frugale, se rapproche en quelque sorte du style orchestral. À certains égards, elle rappelle à la fois la Symphonie « parisienne » K.297 et les œuvres symphoniques que Mozart a entendues à Mannheim.

Les sonates viennoises

La sonate K.454, écrite pour la violoniste de Mantoue Regina Strinasacchi (1761-1839), marque une innovation non seulement par le fait que Mozart l’ait conçue comme œuvre autonome (comme le seront les sonates ultérieures), et non en tant qu’élément d’un cycle — comme le seront les autres sonates ultérieures, cette œuvre est conçue en elle-même —, mais aussi dans la façon dont Mozart équilibre les deux instruments. Tandis que les œuvres antérieures dans ce genre accordaient la primauté à la partie de piano, la sonate Strinasacchi annonce un équilibre où les instruments dialoguent à part égale (malgré le fait que Mozart ait continué à les décrire comme étant des « sonates pour clavier avec accompagnement de violon »). Dans le cas de K.454, ce changement n’est pas surprenant; Strinasacchi avait commandé l’œuvre à Mozart pour la jouer à son concert public au Kärntnerthor-Theater, le 29 avril 1784. K.454 diffère des autres sonates pour violon de par l’inclusion d’une importante introduction lente, qui affirme l’égalité des deux instruments, et de par son Andante richement orné (marqué Adagio à l’origine) qui commande une variété de gestes dynamiques subtils.

La dernière des sonates avec violon, K.547, est un peu un mystère. Mozart la décrit dans son catalogue comme étant « une petite sonate pour débutants, avec violon ». Son autographe a été perdu et l’œuvre n’a pas été publiée du vivant du compositeur. La première édition connue, publiée par la maison viennoise de T. Mollo, date de 1805. Il est possible que Mozart, vers le milieu de 1788, ait reçu une commande pour une série de pièces faciles, conçues surtout à des fins pédagogiques. Il se peut qu’un éditeur les lui ait commandées ou qu’il ait décidé, de sa propre initiative, de les composer. Mais, dans ce cas-là, le fait que la sonate n’ait pas été publiée serait d’autant plus étrange. Il existait, en effet, un marché important et enthousiaste pour ce genre de musique. Une interprétation plus fantaisiste prendrait comme point de départ d’autres œuvres écrites par Mozart à ce moment-là: les deux sonates furent écrites pendant que Mozart travaillait intensément à ses trois dernières symphonies. L’effort soutenu de cette production phénoménale n’aurait-il pas pu générer chez Mozart un contre-geste, c’est-à-dire des sonates non moins sophistiquées dans leur style, mais ramenées aux proportions normales du jour?

© Cliff Eisen
Traduction: Ariane Dind

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