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Informations sur l'album

Un mot de Joseph Rouleau

«Si jeunesse savait et si vieillesse pouvait!» J’aime beaucoup cette phrase, mais j’ajouterais : «Si la chance me souriait». À l’occasion du 60e anniversaire des Jeunesses Musicales du Canada, la chance me sourit encore une fois à travers la présentation de cet album de trois disques compacts, réalisée grâce à François Mario Labbé et à la magnifique équipe d’Analekta. Les mots me manquent pour les remercier.

J’espère sincèrement que vous passerez quelques bons moments à l’écoute des extraits de ce répertoire de récital et d’opéra que j’ai choisis pour cette compilation. Permettez-moi de remercier mes pianistes Colombe Pelletier, Louise-Andrée Baril, Pierre Jasmin, feu Charles Reiner, feu Claude Savard et Henk Sprint.
Mille mercis à la Société Radio-Canada, à la Royal Opera House Covent Garden, à Radio VARA de Hilversum (Hollande) et à Radio France. Soyez assurés que je vous suis très reconnaissant.

Je désire dédier cet album à mon épouse Renée, à mes trois enfants, Diane, Jessica et Marc, et à mes neuf petits-enfants.

Amitiés à tous et à toutes, bonne écoute!

Joseph Rouleau C.C., G.O.Q, Dr h.c.

Joseph Rouleau, Hommage

Il a été encensé sur les plus grandes scènes lyriques du monde, a chanté aux côtés de Joan Sutherland, Victoria de Los Angeles, Maria Callas, Luciano Pavarotti, Cesare Siepi, Placido Domingo, de ses compatriotes Jon Vickers et Richard Verreau. Il transmet avec autant d’aisance Rossini, Verdi, Bellini, Moussorgski que Félix Leclerc. Conscient de la nécessité de défendre le répertoire d’aujourd’hui, il a participé à la première de Louis Riel d’Harry Somers et passé commande à Jacques Hétu pour son opéra Le Prix et Clermont Pépin pour la Messesur le monde. Il a transmis sa fièvre à une nouvelle génération de chanteurs pendant près de 20 ans à l’Université du Québec à Montréal, tout en acceptant la présidence des Jeunesses Musicales du Canada, fonction qu’il occupe depuis 1989, et qui lui aura permis de cofonder avec André Bourbeau le Concours Musical International de Montréal. Quoiqu’il fasse, où qu’il aille, qu’il chante ou qu’il partage des souvenirs d’une carrière que tous pourraient lui envier, une ferveur contagieuse habite Joseph Rouleau. Puisant dans les imposantes archives discographiques de la basse matanaise, Analekta présente ici non pas un testament, mais plutôt un témoignage de vivacité, de vitalité.

En 1949, quand, à l’âge de 20 ans, Joseph Rouleau remporte le prix Archambault, il ne réalise pas que sa vie est sur le point de basculer une première fois. Certes, on lui a déjà dit qu’il «avait une voix», mais il ne se sent pas encore prêt à y sacrifier toute son existence. Il chante, seul ou en groupe, pour le simple plaisir de la musique. En plus de la bourse de 100 $, le jeune interprète est invité à se produire avec la Société des concerts symphoniques de Montréal (qui deviendra l’Orchestre symphonique de Montréal en 1953), sous la direction de Wilfrid Pelletier. Séduit par la voix du jeune homme, ce dernier devient son mentor et le fait admettre sur le champ au Conservatoire de musique de Montréal, même s’il n’existe pas encore de classe de chant!
On retrouve dès lors Joseph Rouleau au sein des chœurs de Radio-Canada. Sans surprise aucune, il y obtient rapidement des solos, puis se voit confier une tournée par les Jeunesses Musicales du Canada, dont les cachets l’aideront à financer ses études en Italie. Criblé de dettes à son retour, il décide de se présenter au concours de chant New Orleans Experimental Theatre of America présenté par la New Orleans Opera Company en 1955. Seule basse distinguée par le jury, on lui offre une série de représentations dans lesquelles il incarnera notamment les rôles de Colline dans La bohème, du roi dans Aïda et du comte Des Grieux dans Manon.

En décembre 1956, deuxième coup du destin : on lui propose une audition avec David Webster, directeur du mythique Covent Garden de Londres. Le jour dit, Joseph Rouleau souffre d’une laryngite aiguë. Sur la recommandation de son agent, il consulte le docteur Reckford, laryngologiste attitré du Metropolitan Opera, qui lui prescrit le silence absolu. David Webster le réentendra trois jours plus tard à son retour de Chicago. Après lui avoir fait compléter quelques vocalises, le spécialiste confirme que Joseph Rouleau ne pourra chanter que trois arias. La basse choisit donc une page de Simon Boccanegra de Verdi, l’air de Sarastro «In diesen Heil’gen Hallen» de La Flûte enchantée de Mozart et celui de Philippe II de Don Carlos de Verdi. Subjugué, David Webster annonce: «My boy, would you like to join Covent Garden?»

Un demi-siècle plus tard, Joseph Rouleau est encore habité d’une émotion vive quand, assis dans son bureau des Jeunesses Musicales du Canada, il revit cet instant. On lui propose un contrat de six mois, qui comprend cinq représentations de La bohème et cinq de La Flûte enchantée, avec une option de renouvellement de contrat pour la saison 57-58. Plutôt que de chanter 10 représentations, il participera à 37 représentations de 5 opéras, lors de la première d’une trentaine de saisons pendant lesquelles il arpentera les corridors du Covent Garden et y donnera plus de 1000 représentations de 49 opéras différents. «Mon père disait que, dans la vie, nous avons trois chances de réussir des choses hors de l’ordinaire, se rappelle-t-il. J’en ai profité et le vent a tourné en ma faveur, mais je n’ai jamais oublié que j’étais un Gaspésien, même lorsque je chantais dans le monde entier.» Avant chaque concert ou opéra, encore aujourd’hui, il admet adresser à son père une prière : «Papa, aide-moi… Fais que je donne le meilleur», et se répète : «Mon Dieu, que je suis loin de Matane!»

Tout au long d’une carrière éblouissante, le chanteur a laissé son empreinte indélébile sur certains rôles-clés. Il voue une passion sans borne à celui de Don Quichotte, personnage auquel il s’associe et dont les aventures ont longtemps reposé sur sa table de chevet, et aura incarné Méphistophélès plus de 500 fois à la scène, que ce soit dans les relectures du mythe de Faust de Gounod, de Boito ou de Berlioz. Mais le rôle qui l’a sans contredit consacré reste celui de Boris Godounov. «Selon moi, Boris est le rôle le plus parfait pour un artiste lyrique, que ce soit au point de vue dramatique, vocal ou de comédien. On passe par toutes les émotions possibles – et le public avec nous. Je me compte chanceux et honoré d’avoir pu interpréter une œuvre aussi remarquable.»

Pour Joseph Rouleau, une voix de basse atteint sa plénitude vers l’âge de 35 ans et il était clair qu’il n’aborderait pas avant le rôle. «Il faut savoir évoluer lentement, être patient et aborder les grands personnages tels que Boris, Méphistophélès, Philippe II ou Don Quichotte en pleine maîtrise vocale, technique et même psychologie, explique-t-il dans la biographie À tour de rôles. En plus, il faut posséder une expérience scénique qui permette une totale sécurité. […] Ainsi, lorsque sir Georg Solti a voulu me diriger vers le répertoire wagnérien lorsque j’avais 30 ans, j’ai résisté. J’ai sûrement manqué un certain nombre d’engagements. Mais j’étais réellement convaincu que si j’allais vers Wagner, je ne pourrais pas chanter pendant un demi-siècle, comme je l’ai fait. L’artiste doit, dans une totale honnêteté envers lui-même, déterminer ce qu’il est capable de réaliser et surtout renoncer à ce qu’il ne peut bien servir.» Homme de conviction, il chantera des extraits de Boris Godounov, en russe, sous la direction de Wilfrid Pelletier, à l’âge de 35 ans. Il chantera le rôle dans son intégralité, en septembre 1966, à Kazan, en ex-Union soviétique, lors d’une première tournée triomphale, la critique le comparant même à Feodor Chaliapin.

Quand on le questionne sur ce qui lui a permis de connaître une carrière d’une telle longévité, Joseph Rouleau réfléchit un instant, avant d’avancer de sa voix profonde : «Cela prend un instrument, beaucoup d’études et de préparation, une très bonne technique, des nerfs de fer, une mémoire bien développée, un travail de tous les instants au niveau des langues et de la comédie, en restant conscient qu’il y a peut-être cent chanteurs en arrière qui attendent de prendre votre place. Comment ai-je passé à travers les obstacles? Cela relève pour moi du mystère, encore aujourd’hui. Une réponse? Un talent vocal, musical et de comédien, dans la même personne.» Combinaison gagnante, certes, qui aura fait ses preuves à de multiples reprises. «J’ai beaucoup aimé chanter et j’espère que j’ai apporté du plaisir à plusieurs personnes. Le spectateur fait un effort, achète des billets, s’assoit au théâtre. Si nos interprétations réussissent à le convaincre, il oubliera la dure journée qu’il vient de passer et retournera à la maison avec le sourire. Au fond, le public est notre ami et nous récompense par ses applaudissements; nous sommes chanceux de pouvoir exercer cette profession.»

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À propos

AN 2 8798 Ravel Debussy Sonates
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