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AN 2 9184 – Schubert  Intégrale des Sonates vol. 4 – Mathieu Gaudet

Schubert: Intégrale des sonates et oeuvres majeures pour piano, Vol.4 - Explorations

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 19 mars 2021
Numéro de l'album AN 2 9184
Periodes Romantique
Genres Piano

Informations sur l'album

Volume IV : Explorations

Je ne suis venu au monde
que pour composer. 

– Franz Schubert 

 

Entre ses premières sonates « post-mozartiennes » et ses derniers chefs-d’œuvre de  dimensions symphoniques, Schubert passe les  années 1817 et 1818 à explorer les possibilités  de la sonate pour piano : relations harmoniques  inusitées, utilisation intensive des trilles, virtuosité exacerbée, longues répétitions d’accords,  contrastes extrêmes de nuances. La Sonate en fa  mineur, D. 625, est un des plus beaux exemples  de cette seconde manière, au romantisme  assumé, qui cherche à intégrer une communication émotive directe à une architecture solide.  Le premier mouvement est, au même titre que  celui de la Sonate en fa dièse mineur, D. 571,  une des pages les plus lyriques de Schubert.  Le mouvement lent, un Adagio en bémol  majeur, parvient à incorporer des modulations  surprenantes dans son développement, tout en  respectant la continuité de ton. Le Scherzo &  Trio est un des mouvements les plus énergiques  du compositeur, alternant des suites d’accords  répétés et des envolées de gammes-fusées. Il  est en outre écrit dans la lointaine tonalité de mi majeur. L’Allegro final se présente comme une chevauchée haletante entrecoupée de chorals  solennels, faisant allusion à tout un héritage de  mythologie médiévale européenne. 

Toujours en 1818, Schubert écrit une Fantaisie en do majeur dont on ne retrouvera la trace  qu’en 1962 à Graz. Ouvrant la voie pour sa  grande sœur la Fantaisie « Wanderer » de 1822,  elle développe et varie un thème unificateur en  différentes sections contrastantes, utilisant un  idiome pianistique d’une virtuosité ostentatoire,  assez étranger à Schubert. Il se pourrait qu’elle  ait été écrite, du moins en partie, par son ami  Anselm Hüttenbrenner. Elle n’en contient pas  moins des moments de pure félicité qui en font  une pièce à la fois touchante et rafraîchissante. 

Schubert a composé des dizaines de cahiers  de danses faciles d’abord, destinées à des  amateurs ou des étudiants, convenant parfaitement aux soirées mondaines où le brouhaha  des conversations prenait parfois le dessus sur  la musique. Malgré cette destination, ce sont  globalement de petits bijoux qui contiennent  toute l’essence de son génie. Les Trois danses  allemandes, D. 972, datent de 1823 et, malgré  le fait qu’elles tiennent chacune sur deux lignes,  elles parviennent à brosser de petits tableaux  dont la ligne naturelle du chant égale la clarté de  l’impulsion rythmique.

Les Moments musicaux, D. 780, écrits en 1823  et 1824, représentent les premiers essais de  Schubert dans la forme du « chant sans parole »  qui le mèneront ensuite aux huit Impromptus, D. 899 et 935, et aux trois Klavierstücke, D. 946.  Bien que le corpus soit un amalgame par l’éditeur de pièces isolées, l’œuvre est néanmoins  voilée d’une aura de beauté mystérieuse et jouit  d’une grande faveur auprès des mélomanes et  des interprètes.

Le gracieux menuet d’ouverture utilise d’emblée  l’alternance majeur-mineur pour installer un  climat harmonique ambigu. Son trio est un riche  choral irradiant une lumière crépusculaire. Le  deuxième volet explore les différents visages  de la psyché humaine en alternant entre une  méditation sur un rythme de berceuse et une  mélodie brûlante en fa dièse mineur, d’une  expressivité perçante. La répétition inattendue  de cette mélodie, transformée en cri de  désespoir venant du plus profond de l’être, crée  un tel choc musical que Mahler reprendra le  même procédé dans l’Andante moderato de sa  deuxième symphonie. La troisième pièce, tout  comme la Mélodie hongroise, D. 817, semble  jaillir d’une petite boîte à musique, avec son  rythme de marche sautillante et ses harmonies  d’Europe de l’Est. Le quatrième moment musical  est un hommage à Bach et à ses Inventions à  2 voix, mais toujours présenté à travers ce même  filtre de mystère. Le trio d’une élégance sublime  témoigne des profondes racines viennoises du  compositeur. La folle cavalcade qui constitue  le cinquième morceau, un exercice technique  redoutable, renforce par contraste la grande  poésie du mouvement final. Ce dernier est un  long postlude mélancolique bâti sur une suite de  soupirs, de grands gestes lyriques et de silences  lourds de sens. Clef de l’œuvre, il est une fenêtre  ouverte sur l’âme de Schubert et un cadeau  merveilleux que le musicien nous rapporte de  ses longues explorations intérieures. 

© Mathieu Gaudet

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À propos

Mathieu Gaudet
AN 2 9184 – Schubert  Intégrale des Sonates vol. 4 – Mathieu Gaudet

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