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AN 2 9185 – Mathieu Gaudet Vol.5 Warmth

Schubert: Intégrale des sonates et oeuvres majeures pour piano, Vol.5 - Chaleur

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 22 octobre 2021
Numéro de l'album AN 2 9185
Periodes Romantique
Genres Piano

Informations sur l'album

Le matin suivant fut en effet
le plus beau jour du monde et dans le monde :
[le massif montagneux] brillait et scintillait
splendidement en plein soleil ou au contraire
à contre-jour.

– Franz Schubert, 1825

S’il est vrai que la musique de Schubert est souvent teintée d’une sourde mélancolie, elle est aussi parfois nimbée d’une lumière optimiste et généreuse qui célèbre ardemment la vie et dont la radieuse Sonate no 16 en ré majeur, D. 850, bénéficie. Dernier volet du triptyque de 1825, écrite pendant ses vacances d’été à la montagne lors d’un mois d’août ensoleillé, cette sonate est un vibrant témoignage de l’amour que Schubert porte à la grande nature et de l’énergie qu’elle lui insuffle.

Le premier mouvement est exceptionnellement exubérant. Indiqué Allegro à 2/2, c’est un perpetuum mobile écrit d’un seul souffle, regorgeant d’énergie et d’inventivité. La petite incursion un poco più lento e con capriccio qui interrompt le second thème est frappante d’originalité. Le second volet, marqué Andante con moto, est peut-être le morceau pour piano le plus passionné que Schubert ait jamais composé. La première partie, un ländler charmant qui module constamment, met la table pour l’extraordinaire envolée du deuxième thème. Ce dernier, composé tout en syncopes et en marches harmoniques, révèle une sensualité et une concupiscence inégalées. Le petit interlude pianissimo avec sourdine rajoute une aura féérique au mouvement.

Le Scherzo est d’une rare intensité. Allegro vivace, il avance inexorablement avec ses rythmes pointés, tantôt brave, tantôt badin, toujours souriant. Son Trio est une adaptation de la toute première sonate, D. 157. De conception homophonique, presque chorale, il apporte un contraste bienvenu. Seul le Rondo final, Allegro moderato, retourne à un langage schubertien typique : tout en subtilité, à l’intersection de la marche, de la danse et du chant, et jouant constamment des changements de couleur majeur-mineur pour infuser au langage une indicible nostalgie. Le second interlude est un moment particulièrement touchant.

Également très optimiste, mais d’un esprit davantage aristocrate que charnel, la Sonate no 5 en la bémol majeur, D. 557, est une œuvre purement postclassique, la plus conservatrice des six sonates de 1817. Composition charmante et emballante, elle comporte un second volet surprenant, où le traditionnel mouvement lent est remplacé par un Allegretto à 2/4 rempli d’humour et de verve. Son épisode central en mi bémol mineur, une mini toccate en triples croches, rappelle le contrepoint à deux voix de J. S. Bach et se veut certainement un hommage au maître de Leipzig.

Les Variations en la mineur, D. 576, sont basées sur un thème d’Anselm Hüttenbrenner (1794- 1868), qui fait partie du cercle des intimes de Schubert. Compositeur lui-même, Hüttenbrenner avait déjà utilisé ce même thème pour les variations du mouvement lent de son propre Quatuor à cordes en mi majeur. Le thème est un hommage évident au mouvement lent de la Symphonie no 7 de Beethoven. Schubert en avait déjà tiré la base de son lied La jeune fille et la Mort, D. 531. Plus tard, il le reprendra dans les variations du Quatuor à cordes en ré mineur, D. 810. On peut ainsi avancer que cette mélodie fait partie de celles qui ont hanté Schubert durant de longues années.

L’œuvre qui se compose d’un thème et de treize variations est étrangement uniforme de caractère et offre peu de contrastes, mais est néanmoins empreinte d’une énigmatique beauté. Malgré l’héritage viennois de Schubert, elle semble davantage référer à l’esthétique de la renaissance qu’à la forme classique du thème et variations. Plutôt qu’un parcours dramatique cohérent tel qu’en ont conçu abondamment Mozart et Beethoven, l’œuvre semble une méditation sur un sentiment unique, comme les images d’un kaléidoscope qu’on ne se lasse jamais de contempler sous de nouveaux angles, subjugué par son charme douloureux.

© Mathieu Gaudet

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À propos

Mathieu Gaudet
AN 2 9185 – Mathieu Gaudet Vol.5 Warmth
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