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Informations sur l'album

 » La dolce vita « , la douce vie. Contrairement à ce qu’on pourrait penser de prime abord, le titre de cet enregistrement ne renvoie pas au célèbre film de Fellini qui évoquait en 1960 les nuits dissolues d’une certaine bourgeoisie intellectuelle, cultivée et raffinée, qui, revenue de tout, ne sait plus que faire pour tromper son ennui. Non.  » Dolce vita  » renvoie ici à un siècle et demi plus tôt, à l’époque où, en Italie comme ailleurs en Europe, cette bourgeoisie alors naissante, pas encore désabusée, découvrait l’art de prendre son temps, de prendre du bon temps. Et, pour se faire, apparaît entre autres un nouveau genre d’établissement : le café.

On y vient tous les jours rencontrer des amis ou faire de nouvelles connaissances, refaire avec eux le monde après avoir lu les journaux que les cafetiers mettaient à la disposition de leurs clients, fixés sur de longues lattes de bois pour les manipuler plus facilement. Ou encore, on y vient tout simplement pour flâner, se la couler douce comme on dit, y observer distraitement la faune. Et, à cette époque qui ne connaissait ni radio ni gramophone, il n’était pas rare qu’une guitare ne vienne compléter cet environnement doucereux de sa délicate touche sonore, parfois accompagnée d’une flûte ou d’un violon. C’est ainsi qu’à partir des années 1800, le café contribua à l’émergence d’un délicieux répertoire d’œuvres pour flûte ou violon et guitare.

Mais rapidement, plusieurs instrumentistes virtuoses, principalement italiens, devaient donner à ce genre de duo ses premières lettres de noblesse et lui ouvrir les salles de concerts. Mauro Giuliani (1781-1829) fut l’une des premières grandes célébrités de la guitare. Comme, en Italie, il y avait nombre d’excellents guitaristes et peu d’intérêt pour la musique en dehors de l’opéra, il s’installa en 1806 à Vienne, second paradis des cafés après l’Italie. Mais par son jeu d’exception, il provoqua chez les Viennois un étonnant engouement pour cet instrument jusque-là considéré comme marginal, bon pour les cafés justement. Mais dès 1808, par la création de son premier concerto pour guitare et orchestre, Giuliani finit de confondre les sceptiques.

L’impératrice Marie-Louise fait du guitariste un  » virtuoso onorario di camera  » de sa cour et, dans ce contexte, il a l’occasion de participer régulièrement à des concerts de musique de chambre avec les meilleurs musiciens de l’heure dont le violoniste Louis Spohr. C’est donc probablement pour eux deux que Giuliani composa la plupart de ses œuvres pour violon et guitare, mais toujours en ayant à l’esprit que le violon puisse être remplacé au besoin par une flûte, comme l’indique la page titre de la plupart d’entre elles.

De la quinzaine de  » grands duos  » pour violon/flûte et guitare de Giuliani, l’opus 85 est le plus connu car il fit l’objet d’une réédition dès 1920. Composé en 1817, cet opus est, comme la plupart des autres grands duos, une sonate en bonne et due forme suivant le plan en quatre mouvements établi par les classiques viennois. Le premier est une forme sonate bithématique où flûte et guitare exposent à tour de rôle le premier et le second thèmes. Le second mouvement,  » Andante molto sostenuto « , révèle chez Giuliani un sens amène du cantabile, alors que le troisième est l’unique  » Scherzo  » vivace qu’il ait composé, s’étant toujours par ailleurs tenu au menuet classique. Dans le finale,  » Allegretto espressivo « , il développe de manière originale le rondo, menant l’ensemble, après un épisode orageux, à un paisible dénouement.

Des quatre compositeurs réunis sur cet album, Niccòlo Paganini (1782-1840) est certainement le plus célèbre. Violoniste d’une virtuosité transcendante, il contribua grandement à faire avancer la technique de son instrument dans des œuvres qui font aujourd’hui partie du grand répertoire. Adulé à travers l’Europe, il devait cependant, par son attitude excentrique tant sur scène qu’à la ville, entretenir des rumeurs sulfureuses si persistantes que, à sa mort, l’Église lui refusa des funérailles religieuses. Cela dit, Paganini était aussi un excellent guitariste et, en marge des oeuvres pour violon, il a laissé plus d’une centaine de pièces pour guitare et plus de 75 sonates pour les deux instruments combinés. Celle que Simila présente ici, dans une version pour flûte et guitare, fait partie d’un recueil intitulée  » Centone di sonate « .  » Centone  » voudrait dire quelque chose comme  » pastiche « ,  » pot-pourri « ,  » mélange « , presque au sens de  » courtepointe « . Probablement commencé après 1828, l’année où sa carrière prit son envol paneuropéen, ce recueil de 18 sonates est resté à l’état de manuscrit et ne fut publié qu’en 1955.

On sait peu de chose de Filippo Gragnani (1767-18??). On ne trouve rien sur lui dans les ouvrages modernes sur la musique. Mais, dans un vieux dictionnaire de la musique français, on peut lire le compte-rendu suivant :  » Gragnani (Philippe), guitariste distingué de son temps et compositeur, naquit à Livourne en 1767. Après avoir appris le contrepoint sous la direction de Luchesi, il étudia les meilleurs ouvrages théoriques et pratiques, pour compléter son éducation de compositeur de musique d’église; mais le hasard lui ayant mis une guitare entre les mains, il s’attacha à cet instrument, et en étendit les ressources par la musique qu’il écrivit. Gragnani vivait encore en 1812, et n’était âgé que de quarante-cinq ans : j’ignore ce qu’il est devenu depuis lors.  » L’auteur donne ensuite la liste des œuvres qu’il connaît de lui. En plus des pièces pour guitare seule, on trouve des œuvres de musique de chambre pour diverses combinaisons d’instruments, parfois inusitées, comme un Quatuor pour deux guitares, violon et clarinette et un Sestetto pour flûte, clarinette, violon, deux guitares et violoncelle. Contrairement au grand duo de Giuliani, la sonate de Gragnani retenue pour cet enregistrement respecte le plan italien de la sonate en trois mouvements contrastés vif-lent-vif, dont les origines remontent à la période baroque. Ce qui n’enlève rien pour autant à son charme.

Mort à l’âge vénérable de 87 ans, Luigi Rinaldo Legnani (1790-1877) mena une quadruple carrière de chanteur d’opéra, violoniste, guitariste et facteur de guitares. Mais c’est comme guitariste qu’il aura le plus marqué la scène musicale. L’année même où, en 1819, Giuliani quitte Vienne pour la cour de Naples, Legnani s’y installe et prend littéralement sa relève. De là, il rayonnera à travers l’Europe pendant plus de 30 ans avant de se retirer en 1850 à Ravenne, où il se consacra à la facture, apportant à la guitare plusieurs importantes innovations. Legnani fut un compositeur prolifique, son œuvre compte plus de 250 opus et de Vienne, Paris, Milan, Londres, les plus grandes maisons d’éditions musicales rivalisaient pour les publier. Il composa, entre autres, plusieurs œuvres spécifiquement pour flûte et guitare, dont ce Gran duetto, op. 87. Si Legnani y reprend le modèle viennois en quatre mouvements suivi par son prédécesseur Giuliani, le  » recitativo  » par lequel commence le troisième mouvement révèle cependant une autre influence significative : celle de Beethoven qui fut l’un des premiers à utiliser cette forme vocale remontant au tout début du baroque dans un contexte purement instrumental.

© Guy Marchand

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AN 6 1041
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