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AN 2 9836

En rêves

Date de sortie 04 septembre 2012
Numéro de l'album AN 2 9836
Genres Récit vocal

Informations sur l'album

En rêves

« De mes grands chagrins je fais de petites chansons; elles agitent leur plumage sonore et prennent leur vol vers le cœur de ma bien-aimée. » Publié pour la première fois en 1823, écho discret d’amours déçues, le Lyrisches Intermezzo d’Heinrich Heine reste l’un des recueils les plus intéressants de son auteur. Il ne faut donc pas se surprendre que Robert Schumann et Joseph-Guy-Marie Ropartz, tous deux élevés dans l’amour de la littérature, aient souhaité mettre certaines de ces perles en musique.

Schumann ne peut que reconnaître en Heine un double, un frère d’armes écartelé entre une vulnérabilité lyrique, presque tendre, et une ironie mordante, parfois grinçante, prolongement de celle, plus désabusée du compositeur. Si le Liederkreis opus 24 (qui utilise neuf poèmes de Heine) convainc déjà en février 1840, le Dichterliebe (Les amours du poète), complété quelques mois plus tard, se révèle un sommet du genre. Des 20 mélodies composant le cycle à l’origine, Schumann en gardera 16, palette étonnamment diversifiée, tant au niveau de l’inspiration que de la réalisation, passant de la transparence au foisonnement des textures, de la tendresse délicate à la fougue la plus brûlante. « Je ne peux pas évaluer si ces chants connaîtront le succès de façon publique. Je peux par contre affirmer que je n’ai rien écrit jusqu’ici avec autant d’amour », écrira Schumann en proposant le manuscrit à un éditeur berlinois.

Le piano devient ici prolongement du « moi » schumannien, deuxième personnage d’un dialogue intime. Il offre une écoute attentive, presque imperturbable (« Aus meinen Thränen sprießen »), soutient avec déférence « (Ich will meine Seele tauchen »), illustre avec finesse (« Und wüßten’s die Blumen »), se mue en fantôme (« Ich hab’ in Traum geweinet ») ou subjugue le propos (« Ich grolle nicht »). Les préludes et interludes instrumentaux permettent à la voix de s’émanciper du tapis sonore (« Im wunderschönen Monat Mai »), les longs postludes (« Hör’ ich das Liedchen klingen » et l’ultime « Die alten, bösen Lieder ») de s’éteindre en toute délicatesse. L’union entre poésie et musique devient naturelle, le piano suscitant l’image.

En s’appropriant les poèmes de Heine, en les articulant dans un ordre mûrement réfléchi, Schumann y superpose une trame dramatique, autobiographique, dans laquelle s’inscrit le récit de ses amours d’abord contrariées, enfin admises, avec Clara. Ce faisant, il transforme le cycle en un tout organique, qui nous laisse croire que l’œuvre n’appartient plus entièrement à Heine tant elle a été absorbée par Schumann.

« Une expression de l’âme voilà ce qu’est pour Ropartz la musique », avance Gabriel Le Bras dans sa préface de la monographie consacrée au compositeur de Louis Kornprobst. Directeur de conservatoire, critique musical chroniqueur, nouvelliste, fondateur de la revue littéraire L’Hermine, lui-même poète (on lui doit notamment les recueils Adagiettos et Modes mineurs), il était sans doute naturel qu’il souhaite retraduire quatre fragments du Lyrisches Intermezzo avec Pierre-René Hirsch. Le texte, publié de façon indépendante en 1891, servira de moteur à ses Quatre poèmes d’après l’Intermezzo d’Henri Heine en 1899. « On peut tout se permettre, souligne le compositeur. Un musicien qui possède son métier ne doit avoir d’autres lois que son bon plaisir, sa sincérité et sa passion. »

Dernière œuvre achevée par Ravel, le recueil Don Quichotte à Dulcinée, sur des poèmes de Paul Morand, était destiné au film de Georg Wilhelm Pabst. Sans en informer les principaux intéressés, Fédor Chaliapine avait commandé des cycles de mélodies auprès de plusieurs compositeurs. (On retiendra au final la version de Jacques Ibert.) Hommage au héros de Cervantès, les trois chansons permettent à Ravel de revisiter une fois encore l’imaginaire espagnol. « Chanson romanesque » se veut une déclaration d’amour fervent à Dulcinée, l’accompagnement rappelant la guitare. « Chanson épique » se lit comme un appel à la protection de la Vierge et des saints, le piano devenant orgue d’église sur un rythme de zortzico basque. « Chanson à boire », une énergique jota, clôt le triptyque.

Compositeur prolifique ayant à ce jour commis une vingtaine d’opéras dont Flight (repris dans 13 productions différentes), Tobias and the Angel, The Palace in the Sky, Man on the Moon et The Adventures of Pinocchio (œuvre familiale donnée plus de 80 fois depuis sa création en décembre 2007), Jonathan Dove (né en 1959) cherche avant toute chose à transmettre, à distraire, à susciter des réactions renouvelées chez l’auditeur. « J’ai écrit Three Tennyson Songs comme cadeau à Philippe Sly, pour célébrer une amitié musicale. Quand nous nous sommes rencontrés à Banff à l’été 2009, j’ai été ébloui par la pure beauté de sa voix et l’assurance de sa musicalité. L’accompagner fut un plaisir – d’abord dans Schumann, puis dans d’autres lieder. Plus tard, j’ai découvert qu’il pouvait improviser avec une rare aisance; nous choisissions alors un poème et improvisions ensemble. Depuis un moment déjà, je songeais à mettre en musique O Swallow, Swallow de Tennyson, ainsi que Dark House extrait d’In Memoriam, remarquable épanchement de douleur de Tennyson après la perte de son ami. J’ai choisi The Sailor Boy comme élément contrastant, en un exaltant finale. » L’œuvre, créée en avril 2011 par Philippe Sly, est enregistrée ici pour la première fois.

© Lucie Renaud

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À propos

Philippe Sly
AN 2 9112
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