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AN 2 9119

Graupner: Frühling & Winter Partitas pour clavecin vol.6

Compositeurs
Interprètes
Date de sortie 27 mars 2007
Numéro de l'album AN 2 9119
Periodes Baroque

Informations sur l'album

Le programme de ce disque parcourt près de 35 ans de composition du maître. Il comporte deux œuvres qui nous sont parvenues en édition originale (celles de 1722 et de 1733) et deux œuvres qui nous sont parvenues en manuscrit, l’un autographe (vers 1750 – 1753), et l’autre de la main de Samuel Endler, le vice-cappelmeister de la cour de Darmstadt (vers 1720).

Martius en sol mineur (GWV 111)

C’est l’unique partita de clavecin de toute l’œuvre de Graupner composée dans la tonalité de sol mineur, ce qui est surprenant puisqu’il s’agit d’une tonalité très usuelle à l’époque baroque. On ne peut que constater ce fait, sans pouvoir y apporter d’explication. Graupner traite cette tonalité de façon sérieuse et assez grave, avec une certaine nostalgie et une grande douceur dans la Sarabande — une pièce magnifique qui rappelle son maître Kuhnau.

Le prélude comporte des éléments contrapuntiques. L’  » Allemande  » et le 2e couplet du  » Menuet en Rondeau  » utilisent une technique d’écriture qui relève du continuo. En effet, dans les deux cas, il s’agit d’une basse sur laquelle le compositeur compose des accords. Ces pièces auraient presque pu se lire avec un simple chiffrage. Bien qu’elle soit connue, c’est une technique d’écriture peu utilisée. La deuxième partie du deuxième menuet de la partita L’hiver (GWV 121) est aussi écrite de la même façon.  » L’Air en Bourrée  » rappelle les rigaudons enregistrés précédemment, avec ses notes répétées et ses allures de danse de marins. La  » Courrante  » est d’un style mixte propre à Graupner tel que nous en avons enregistré plusieurs précédemment dans cette collection

Partita en sol majeur (GWV 142)

Graupner avait environ 70 ans lorsqu’il composa cette partita, juste avant qu’il ne devienne aveugle. Il s’agit à notre connaissance de sa dernière œuvre de clavecin. Il est émouvant de penser qu’il revient alors à ses premières amours. Il avait en effet publié deux recueils importants de pièces de clavecin alors qu’il était dans la trentaine, en plus de celui de 1733.

Cette partita démontre une grande sérénité; elle est également amusante, joyeuse et pleine de trouvailles musicales. L’imagination du compositeur est toujours aussi vive! Il y utilise une de ses tonalités préférées, sol majeur, qui revient à sept reprises dans ses autres partitas. Seule la tonalité de do majeur sera plus utilisée par Graupner.

Dans le prélude, Graupner s’amuse à faire sonner les cordes dans des accords brisés en triolets sur une basse d’octaves. La  » Courante  » est déroutante : une première phrase dans le style français ancien, mais aussi des motifs rococo en fin de première partie. Le mouvement lent non titré que Grapner a littéralement coincé sur les cinq systèmes qui restaient libres après l’  » Air alla Polonese  » est un air très original, excessivement chantant et rempli de traits ornementaux (passaggi) ; il comporte aussi des éléments du style galant. La substance musicale de l’  » Air alla Polonese  » se retrouve aussi dans le mouvement éponyme de l’ouverture en sol majeur GWV 466 (composée vers 1733), ce qui a permis d’authentifier la partita de clavecin dont l’autographe n’est pas signé. Le style de cette œuvre cependant n’aurait laissé aucun doute sur sa paternité, même sans cet indice sûr d’authentification. Il s’agit de la seule polonaise de toute l’œuvre de clavecin de Graupner. Elle rappelle celle en ré majeur de C.P.E. Bach que l’on retrouve dans le petit livre d’Anna Magdalena Bach.

Il semble qu’un motif unificateur puisse être identifié comme celui du  » cor de chasse « . En effet, dès la deuxième mesure du prélude, on entend un motif d’appel de cors avec un écho (comme un écho en forêt). Ce motif se décline plus loin dans la partita en un ornement de trois notes successives descendantes ou montantes le cas échéant et qu’on entend à la fin de l’  » Allemande « , dans la deuxième partie de la  » Courrante « , dans le premier  » Menuet  » et dans l’  » Air alla Polonese « . Ce motif ornemental peut aussi nous faire penser à un galop de cheval.

Partita en do mineur (GWV 132)

L’  » Allemande  » que j’interprète ici provient d’une autre suite en do mineur de ce même Livre de clavecin de Darmstadt. Elle ressemble aussi à une autre allemande en do mineur de ce livre, enregistrée précédemment, dans laquelle un motif — que l’on peut identifier comme celui de  » l’oiseau  » — ressort dans certaines sections, interprétées ici librement au clavier supérieur du clavecin. Les autres mouvements de la partita dégagent une atmosphère tranquille, simple et profonde. La courante appartient au genre  » mixte  » particulier à Graupner dans lequel la première et la dernière phrase de la pièce sont de style français, alors que le reste du mouvement est dans le style italien.

Partita l’Hiver (GWV 121)

Les Quatre partitas pour le clavecin intitulées Les quatre saisons ont été publiées à Darmstadt en 1733, gravées de la main de Graupner, dont la préface du compositeur mentionne la tâche fastidieuse que représente la gravure sur cuivre. Il s’y astreint de nouveau puisque, dit-il, son recueil, les Monatliche Clavir Früchte de 1722, a eu beaucoup de succès. C’est le dernier recueil de pièces de clavecin publié par Graupner, qui a alors 50 ans. Seule la première partita de ce cycle, l’Hiver, nous est parvenue, les trois autres étant malheureusement perdues.

Dans sa préface, Graupner nous apprend que les titres n’ont aucune velléité d’être représentatifs. Il mentionne aussi des éléments de doigtés. Il cite Fux au sujet de la simplicité de la musique dont le but premier est de faire plaisir à l’auditeur et d’aller au cœur. Puis il reprend un proverbe courant qui convient parfaitement à ses galanteries :  » La simplicité est difficile « .

La tonalité de fa mineur, utilisée ici, n’est qu’une seule autre fois entendue dans l’œuvre de clavecin du maître. Elle présente des affects de tranquillité et d’introspection, mais aussi un certain côté  » cassant  » dû au tempérament musical. Il est surprenant de constater que l’Hiver des Quatre saisons d’Antonio Vivaldi (L’inverno, op. VIII, no 4 (RV 297), dans Il cimento dell’armonica e dell’inventione, Amsterdam, 1725) est également en fa mineur…

Ici aussi, Graupner prend à cœur de faire sonner l’instrument avec des arpèges, des accords brisés et des notes harmoniques tenues.

Les deux seuls  » Airs en Sarabande  » des partitas de clavecin de Graupner sont enregistrés sur ce disque. Graupner a certainement un goût particulier pour les sarabandes, qui sont souvent des pièces hautement expressives. La nuance entre  » un air  » en forme de danse et une danse à proprement parler est difficile à faire. Dans le cas des sarabandes, celles de Graupner ont presque toujours une connotation vocale. Mais les deux  » Airs en Sarabande  » de ce disque sont particulièrement poignants et intensément vibrants, malgré une très grande simplicité d’écriture.

Le prélude, noté Largo, comporte une longue section fuguée, notée Un poco Allegro, fait rare chez le compositeur. Les menuets alternatifs sont triples, fait unique dans son oeuvre de clavecin. La forme qui en découle est la suivante : Menuet I, Menuet II, Da Capo Menuet I, Menuet III, Da Capo Menuet I. Le troisième est dans la tonalité de fa majeur, de la même façon que le deuxième menuet de la partita en sol majeur enregistrée ici était en sol mineur. Ces cas d’alternance de mode sont rares dans l’œuvre de Graupner.

La partita L’hiver est particulièrement élaborée et elle est plus longue que presque toutes les autres partitas de Graupner. L’  » Allemande  » et la  » Courrante  » sont deux pièces hautement élaborées qui utilisent entre autre les octaves à la main gauche. Une technique d’écriture absolument nouvelle, présente dans le 2e couplet de la  » Bourrée en Rondeau  » et dans l’  » Allemande « , vise sans doute à utiliser le maximum de résonnance de l’instrument. Il s’agit d’une ligne de basse en octaves brisées qui soutient une extrapolation rythmique et ornementale d’un accord sur deux voix à la main droite. Jusqu’à sa dernière collection imprimée, Graupner aura su nous surprendre !

© Geneviève Soly, Montréal, 17 septembre 2006

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AN 2 2014
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